- Le décor révélateur

Profils de femmes modernes

28 mars 2015

Dans son style très graphique, le peintre américain Harry Wilson Watrous s’est fait une spécialité du papier-peint révélateur, en arrière-plan de beautés quelque peu sulfureuses.

Solitaire,

1900, Harry Wilson Watrous, Collection Privée

Harry Wilson Watrous - Solitaire, 1900


Scènes de chasse

Comme dans le tableau de Crane (voir La chasse imaginée), le papier-peint développe un motif de chasse moyenâgeuse, atmosphère que renforce le coffre posé sur le sol.

Dans le registre du haut, devant un château-fort, un archer vise, sans flèche, un cerf poursuivi par un chien.

Dans le jardin du registre inférieur, un serpent se livre à une chasse moins caricaturale : lové en trois anneaux, il attend sa proie (qui pourrait bien être l’archer aux mollets appétissants).


Une femme dangereuse

La composition laisse entendre que la jeune femme, qui se détourne de son jeu de Solitaire pour observer l’arrivant, partage la tactique du serpent : patience, séduction et piqure mortelle.

Le dossier de la chaise, qui l’enferme derrière ses entrelacs complexes, ainsi que les motifs en chauve-souris de la table rouge (1), participent à la mise en garde : cette femme est dangereuse.

harry-willson-watrous-lotos

(1) Cette table existait réellement : on la retrouve  dans Les lotus, typique de l’autre veine de Watrous, la nature morte orientaliste.


Leonard Campbell Taylor Patience 1906

Patience

Leonard Campbell Taylor, 1906, Collection Privée

Pour comparaison, cette autre dame en blanc d’un peintre anglais de la même époque, explore les mêmes harmoniques négatives.


Trois attributs de la Femme Fatale scandent la composition :

  • au premier plan, les narcisses, fleurs toxiques faussement innocentes, développent leur parfum entêtant ;
  • à l’arrière-plan, le haut de forme posé sur le guéridon ne fait pas le poids à côté du mortier et du pilon  ;
  • au centre, les cartes, étalées pour ce qui n’a d’un jeu que l’apparence, prédisent le destin de soumission qui attend le naïf chevalier-servant :

car la carte qui manque est un Valet de Coeur.


Sophistication

Harry Wilson Watrous, 1908 Haggin Museum, Stockton

Harry Wilson Watrous Sophistication, A Cup of Tea, a Cigarette, and She 1908 Haggin Museum, Stockton


 

Un clin d’oeil à Omar Khayyâm

Le titre que Watrous donna à ce tableau lors de son exposition à la Nation Academy of Design en 1908 – « Une Tasse de Thé, une Cigarette et Elle » (A Cup of Tea, a Cigarette), paraphrase et modernise un verset connu des Rubaiyat de Omar Khayyam – “une Jarre de Vin, une Miche de Pain, et Toi » (« a Jug of Wine, a Loaf of Bread – and Thou »).

Ce zeste de Khayyâm rehausse l’impression d’hédonisme, de liberté et de raffinement.


Une déesse autarcique

Le dossier noir aux sinuosités étranges et la table rouge sang reprennent les principes graphiques de la femme blanche de Solitaire. Mais ici, cette déesse autarcique, gantée, corsetée et chapeautée de noir, semble plus occupée à se contenter d’elle-même qu’à attaquer la proie qui passe.


Les tableaux coupés

Harry Wilson Watrous Sophistication, A Cup of Tea, a Cigarette, and She 1908 Haggin Museum, Stockton detail

Sur le tableau de droite, on devine un riche propriétaire en haut de forme, tenant son cheval par la bride, devant une ferme ou une usine à la cheminée fumante : image du Possédant, que daigne frôler le toupet en plume de coq de la belle : quelqu’un à caresser, mais de loin.

Le tableau de gauche montre un paysage de campagne vide, au delà d’une borne : le véritable idéal de cette Femme Moderne : la Liberté.

Les prétendants (the suitors)

Harry Wilson Watrous, vers 1910, Collection Privée

harry wilson watrous_the_suitors_c1910


Une croqueuse d’hommes

Ce tableau reprend de manière plus explicite le thème de la croqueuse d’hommes.


harry wilson watrous_the_suitors_c1910 detailDe son coffre à jouets, la belle a extrait, pour examen, un gentlemen miniature qui la salue chapeau bas.

La robe noire suggère une Veuve qui n’en est pas à son premier milliardaire.


harry wilson watrous_the_suitors_c1910_oiseau

Sur le papier peint, un motif en forme de globe bleu suggère que c’est ainsi que vont les choses sur cette Terre : l’échassier au plumage magnifique et au long bec se nourrit d’insectes choisis.


Harry Wilson Watrus The dregs 1915

Les rebuts (the dregs)
Harry Wilson Watrous, 1915, Collection Privée

Même idée de la Femme Supérieurement Libre qui abandonne à la danseuse et aux femelles enchaînées le vil fretin dont elle ne veut pas : le peintre, le sculpteur et le violoniste.


Charles Dana Gibson s Life illustration The Vanishing Sex

Le sexe en voie de disparition (The Vanishing Sex),
Charles Dana Gibson, illustration pour Life

Charles_Dana_Gibson00
Le sexe faible (The Weaker Sex),

Charles Dana Gibson, illustration pour le Collier’s Weekly v. 31 (July 4, 1903), p 12-13

Charles_Dana_Gibson vers 1920
Charles Dana Gibson, vers 1920

Nell Brinley American Weekly magazine 25-10-1925_PrudencePrim
Les aventures de Prudence PrimIllustrations de Nell Brinley, American Weekly magazine 25-10-1925

Courtesy Giantess Shrine

L’iconographie de l’homme réduit à un jouet miniature, voire à une une sorte d’insecte,  était  très populaire à l’époque. Sur les origines et l’évolution de ce thème qui trouve à l’époque son point culminant, voir La femme et le Pantin.

Enoch Bolles Couverture de Film Fun avril 1924Enoch Bolles
 Couverture de « Film Fun », avril 1924



Jeune femme au miroir

Harry Wilson Watrous,Collection Privée

Harry-watrous-girl-with-the-mirror

La femme se satisfait de son image tandis que sur le papier-peint, à peine distincts du support, des perroquets dorés s’ébouriffent et rivalisent pour lui plaire.

Pour d’autres exemples de volatiles énamourés, voir L’oiseau chéri.



Confidences

Harry Wilson Watrous, 1909, Collection Privée

Harry Wilson Watrous -_1909_Confidences

Puissamment attirante quand elle est solitaire, la femme qui s’associe à une autre forme une sorte de combinaison moléculaire qui expulse toute présence masculine.


Khayyâm comme sous-titre

Le sous-titre de ce tableau détourne, encore une fois, un verset d’Omar Khayyâm : « Some little talk awhile of Me and Thee » peut se comprendre au sens propre comme « Une courte conversation de Moi et Toi ».

Mais replacée dans son contexte, la phrase prend une dimension bien éloignée de la scène de genre du tableau :

Voici la Porte à laquelle je ne trouverai point Clef,
Voici le Voile au travers duquel je ne pus voir : Pourquoi
Quelque temps parla-t-on un peu de Moi et de Toi,
Et plus tard, ne parlera-t-on plus jamais de Toi ni de Moi ?
There was the Door to which I found no Key;
There was the Veil through which I might not see:
Some little talk awhile of Me and Thee
There was–and then no more of Thee and Me.
Omar Khayyâm,Robaiyyat, n° 2
Traduction M Ramasani, Padideh, Téhéran, 1981


En réduisant l’angoisse métaphysique de Khayyâm à un papotage dans une confiserie, Watrous s’incline devant la capacité des femmes entre elles à rendre prosaïque ce mystère (la Porte sans Clef, le Voile impénétrable) qu’elles représentent pour l’homme.


Deux types de femme

Les deux jeunes femmes s’opposent par leur attitude : la brune pérore de manière démonstrative (une main sur le coeur, l’autre sur sa cravache) et la blonde l’écoute avec une attention soutenue (une main suspendue sur la cuillère, l’autre sous l’oreille).

Il est clair que la fille de droite, avec son chapeau d’homme, son habit d’écuyère et son chien sous la table, a l’ascendant sur la blondinette, qui se penche en avant pour boire ses paroles.


Les tableaux coupés

Harry Wilson Watrous -_1909_Confidences-detail
De quoi parlent-elles ? Les trois tableaux coupés nous en donnent quelques indices :

  • sur le premier, des escarpins quittent le sol face à des bottes : sans doute s’agit-il du rêve de la blonde – un homme fort qui la soulève ;
  • sur le tableau du centre, des sabots sous une robe : peut être ce que la brune reproche à la blonde – des ambitions de paysanne.
  • sur le tableau de droite, des jambes d’homme en redingote, des bottes de cavalier, les pattes d’un cheval devant la barrière d’un champ de course : la conception du monde de la brune - miser, cravacher, faire courir.



Seulement deux filles (Just a Couple of Girls)

Harry Wilson Watrous, 1915, Brooklyn Museum, New York

Harry Wilson Watrous Just a Couple of Girls, 1915 Brooklyn Museum

Ce tableau est devenu une icône lesbienne, sans doute non sans quelque fond de vérité : Watrous est connu en effet pour sa prise de position courageuse vis à vis d’une autre revendication de liberté des moeurs, celle du mariage interracial (voir son tableau datant également de 1915 « La goutte sinistre » ou « La goutte de batardise » “The Drop Sinister »: https://ajoconnell.wordpress.com/2010/11/09/the-drop-sinister/)


Deux types de femme

Les oppositions, plus discrètes que dans « Confidence », semblent suivre le même schéma :

  • la fille de gauche, celle qui écoute, est vêtue de manière stricte ;
  • la fille de droite, qui lit un livre de poèmes (pourquoi pas d’Omar Khayyâm), joue le rôle d’initiatrice, avec une plus d’audace vestimentaire : petit bonnet, chemisier fleuri et transparent ; jupe longue qui est peut-être une chemise de nuit.

Toutes deux portent les cheveux courts et ont renoncé au corset : deux filles très modernes pour 1915.

Harry Wilson Watrous Just a Couple of Girls, 1915 Brooklyn Museum detail

A noter la prudence de Watrous dans le maniement de ce thème puissamment explosif : la main qui pourrait caresser les cheveux est posée bien sagement à plat. Et impossible de savoir si la lectrice est assise sur la chaise ou à demi allongée sur le sofa, la jambe droite cachée par sa compagne.


Le papier-peint

Suffragette
Les deux iris violet et jaune font peut être allusion à la bannière violet/blanc/jaune des suffragettes, dont le combat battait son plein en 1915. Si les deux fleurs renvoient aux deux filles, l’iris mauve du côté de l’initiatrice semble logique, puisque cette couleur symbolisait l’homosexualité depuis la décennie 1890.


Harry Wilson Watrous Just a Couple of Girls, 1915 Brooklyn Museum carpe

La carpe koï est un symbole de virilité, mais surtout de persévérance, pour ces deux filles qui remontent courageusement le courant des préférences  ordinaires.

La chasse imaginée

7 avril 2012

Walter Crane est surtout connu comme illustrateur de livres pour enfants.  Mais en tant que membre du mouvement des Arts & Crafts, il toucha à de nombreux domaines artistiques : peinture, céramique, papier peint, tapisserie…

Le portrait qu’il fit en 1872 de sa jeune femme Mary reflète parfaitement l’éclectisme de l’artiste, et de l’époque…

At Home: A Portrait

Walter Crane, 1872, Leeds Museums and Galleries

Walter_Crane_At_Home Portait Mary

At home

Le chat statique près de l’âtre qui rougeoie, les tapis et la tenture historiée, la cheminée avec ses carreaux de porcelaine, la jeune femme qui lit avec son châle et ses pantoufles, tout respire le charme cosy, légèrement teinté d’ennui, d’une demeure britannique.

Et pourtant, c’est à Rome que ce portrait a été peint, lors du très long voyage de noces qu’y firent Mary et Walter. « At home » devrait donc plutôt s’intituler « A casa nostra ».

Le coin italien

Sur le pot en faïence bleue et blanche, on lit une inscription qu’aucune substance médicinale ne justifie : « MARIA » est bien sûr la forme latinisée de Mary. Le pot  contient une branche de laurier. A gauche, une lampe à huile florentine. Les objets de la cheminée sont, pour ceux qui savent, un clin d’oeil au lieu de la scène.

La tapisserie

Derrière la jeune Miss Crane, une tapisserie de style médiéval occupe la moitié du tableau : on y voit, de bas en haut, un page tenant en laisse des lévriers blanc et noirs ; une  écuyère portant sur sa main un faucon et sur son front un croissant de lune. Dans le sous-bois une biche saute par dessus un ruisseau, pourchassée par un chasseur à cheval.

Toutes ces présences tissées s’organisent autour du livre que tient la jeune femme, comme des apparitions autour d’une lampe.


Une décoration de fantaisie

Dans ses mémoires, Walter Crane explique les circonstances de cette composition.  Lors de leur séjour à Rome, les Crane s’étaient lié avec un autre couple, les Sotheby :

« Mme Sotheby se passionnait pour tous les arts italiens, et  fut une des premières, après Mme Morris et Lady Burne-Jones, à faire revivre les travaux d’aiguille dans l’art décoratif. Elle travaillait avec des fils de coton romain colorés, sur une toile de lin. Mon épouse et les demoiselles Barclay, les soeurs du peintre, travaillaient à cette époque sur différents ouvrages, dont je fournissais les cartons. Mr Sotheby recherchait de courtes inscriptions latines pour  mettre sur des banderoles dans ces peintures à l’aiguille : un peu dans l’esprit des tapisseries médiévales qu’ils appréciaient beaucoup, et qu’ils avaient achetées pour décorer leur appartement.

Je peignis ma femme dans notre salon avec, en arrière-plan, des décorations de fantaisie dans ce style. Et les Sotheby furent si intéressés par cette manière de traiter un portrait qu’ils m’en commandèrent un de Mme Sotheby, dans le même esprit : je la dessinai de profil en robe blanche de mousseline indienne, avec dans ses mains un vase de verre vénitien portant des jonquilles, et en arrière-plan une vieille soirie italienne sous une banderole portant le vers <de Dante>   » Nel tempo dolci che fiorisce i colli. » (en ce doux temps où les collines fleurissent). »

An artist’s reminiscences, The Macmillan Company, New York 1907, p 132

La tapisserie représentée ici n’a donc jamais existé, mais elle s’inspire des ouvrages de style médiéval que réalisait à cette époque le jeune couple : dessin Walter, broderie  Mary, texte Mr Sotheby.


Le cartouche

Walter_Crane_At_Home_inscription

Il est temps de nous intéresser au texte qui figure, non pas dans une banderole, mais dans le cartouche en bas de la tapisserie, tenu par la tête d’un renard. Il est tiré du Livre 3 des Géorgiques de Virgile :

VOCAT INGEN
TI CLAMORE
CITHAERON TAY
GETIQUE CANEM

« Cependant suivons les Dryades dans leurs forêts, et cherchons des sentiers inconnus aux Muses latines. C’est par ton ordre, ô Mécène, que j’entreprends cette oeuvre difficile. Sans toi, mon esprit ne forme aucun projet élevé. Eh bien ! triomphe de ma longue paresse, allons ! Le Cithéron nous appelle à grands cris ; j’entends aboyer les chiens du Taygète, hennir les chevaux d’Épidaure, et l’écho des bois nous renvoie, en les redoublant, ces bruyantes clameurs. »

Nous comprenons alors que la branche de laurier dans le vase évoque la couronne du Poète et place le salon des Crane sous l’égide des Muses Latines.

La chasse imaginée

Walter_Crane_At_Home_chasse

Le livre que lit Mary est donc les Géorgiques, et  Walter joue à l’imagier médiéval pour les illustrer :  par delà la chasse de Saint Hubert, les lévriers sont les chiens du Taygete, le cerf s’enfuit vers le Cytheron, les chevaux sont ceux d’Epidaure.

La tapisserie n’est pas seulement un souvenir du voyage à Rome : c’est surtout un objet fusionnel, le symbole de la collaboration du couple à cette époque, où se mêlent intimement le savoir-faire de l’illustrateur et la rêverie de la lectrice. Ce vers de Virgile a été choisi parce qu’il est un appel à l’imagination : une exhortation  pour l’un à dessiner, pour l’autre à entendre la clameur du torrent et les aboiements des chiens. La tenture nous donne à voir l’imaginaire conjugal.

Walter_Crane_At_Home_Portrait Mary Tapisserie
Et la puissance combinée de la peinture et de la poésie conspirent à projeter la scène peinte dans la scène rêvée, le salon dans la tapisserie :  la branche d’olivier s’y retrouve sous forme d’arbre, la lectrice se transforme en Diane chasseresse et le livre en faucon sur son poing. Quant au chat  assis à ses pieds, c’est en chien  courant qu’il se métamorphose.

Walter_Crane_At_Home_Chat

Les époux Crane ne sont pas les seuls rêveurs de la pièce : avec un humour certain, Walter campe un autre chasseur sur son tapis, entouré de proies imaginaires : oiseaux ou poissons faits non pas de fils colorés, mais de porcelaines bleus et blanches…


Voici un autre tableau victorien  dans lequel l‘imaginaire d’une  miss se projette dans l’ameublement.


Un nuage passe (A passing cloud)

Arthur Hughes, vers 1908, Collection privée

Arthur Hughes - A Passing Cloud ca 1908


Une fille qui ne lit pas

Le livre fermé est posé sur la cheminée. Et la lettre qu’elle n’aurait pas voulu lire pend inerte au bout du  bras.

La tête appuyée sur l’autre main, la jeune fille fixe le foyer vide.


Arthur Hughes - A Passing Cloud ca 1908 detail miroir

Au dessus du livre fermé, d’autres objets relaient cette impression de vanité, de vacuité : les pensées cueillies pour rien, le miroir-soleil qui ne reflète qu’un intérieur terne.

L’imaginaire en point de croix

Arthur Hughes - A Passing Cloud ca 1908 detail cadre
A quoi rêvent les jeunes filles tristes ? A leur « home », telle la maison naïvement brodée dans le cadre au dessus de sa tête. Maison familiale, celle qu’elle aime mais va devoir quitter pour fonder sa propre maison.

Le compagnon fidèle

Arthur Hughes - A Passing Cloud ca 1908 detail chien

L’épagneul, inquiet de ce chagrin incompréhensible, lève les yeux vers sa maîtresse. Mais celle-ci ne lui renvoie pas son regard.

Le bas-relief mythologique

Arthur Hughes - A Passing Cloud ca 1908 detail cheminee
Elle contemple, avec une ironie amère, le bas-relief en porcelaine de Wedgwood. On y devine une femme tenant un arc, face à un Cupidon adossé à un arbre. Sans doute s’agit-il du thème  de Diane désarmant Cupidon (car il avait fait des avances à ses nymphes).


Diana and Cupid Pompeo Batoni 1761 MET

Diane désarmant Cupidon, Pompeo Batoni, 1761;

Metropolitan Museum, New York.

Du coup, l’épagneul au pied de la jeune fille prend valeur d’emblème, et la place dans le camp de Diane, parmi ses vierges qui se tiennent à distance des flèches et de ceux qui les tirent.


Shakespeare à la rescousse

http://artifexinopere.com/wp-content/uploads/2012/04/Arthur-Hughes-A-Passing-Cloud-ca-1908-detail-fenetre.jpgSouvent, lorsqu’un artiste anglais se trouve en difficulté avec un thème quelque peu  ambitieux, il lui suffit de faire appel à Shakespeare. Voici donc les quelques vers écrits au dos du tableau :

« Oh ! que le printemps de l’amour ressemble bien
à l’éclat incertain d’un jour d’avril,
qui tantôt montre toute la beauté du soleil,
et qu’à chaque instant un nuage vient obscurcir ! « 
« O how this spring of love resembleth
The uncertain glory of an April day
Which now shows all the beauty of the sun
And by and by a cloud takes all away »

Shakespeare, The Two Gentlemen of Verona  I, 3


Ainsi la fenêtre montre au spectateur ce que la jeune fille ne voit pas, perdue dans ses nuages  intérieurs :

le jardin fleuri et son ciel bleu, le Printemps de sa propre vie









 

A l’issue de la longue carrière de Hughes, « Un nuage passe » est une sorte de retour en arrière, un hommage personnel à un thème qui l’avait rendu célèbre.


Amour d’Avril (April Love)

Arthur Hughes, 1855-6, Tate Gallery, Londres

April Love 1855-6 by Arthur Hughes 1832-1915


Bleu et Noir

Tout tend vers le bleu : les  yeux, la robe somptueuse, le lilas par la fenêtre, les pétales de rose sur le sol.
Et pourtant tout est sombre : la tonnelle et l‘homme qui pleure dans la pénombre, le visage posé sur les mains.

Le lierre, associé à la fidélité et à la vie éternelle, prend ici  valeur d’antiphrase : car bien sûr le thème est la fugacité des amours printanières.

Ruskin, qui voulait absolument que son père achète la toile, décrivait ainsi le visage de la jeune fille :

« entre joie et peine, comme un ciel d’Avril dont on ne sait si la partie sombre est le bleu, ou le nuage »

(between joy and pain… like an April sky when you do not know whether the dark part of it is blue – or raincloud).


Tennyson à la rescousse

Pour  son exposition, le tableau était accompagné d’un passage du poème de Tennyson, La Fille du Meunier ( ‘The Miller’s Daughter’) :

« L’amour devient un regret vague
Les yeux pleurent des larmes vaines
De vaines habitudes nous lient encore
Qu’est ce que l’Amour ? Car nous oublions.
Ah non non. »
Love is hurt with jar and fret,
Love is made a vague regret,
Eyes with idle tears are set,
Idle habit links us yet;
What is Love? For we forget.
Ah no, no.