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Les pendants de Schalcken

24 mars 2020

Schalcken est un « peintre fin », spécialiste des éclairages à la bougie. Six de ses sept pendants en contiennent une, souvent portée à hauteur du visage de manière assez artificielle : le sujet, parfois obscur, n’est que le prétexte à la mise en scène du savoir-faire de l’artiste [1].

Autoportraits

Schalcken 1679 Autoportrait Liechtenstein Museum
Autoportrait
Schalcken 1679 Francoise_van_Diemen,Liechtenstein Museum
Son épouse Françoise van Diemen

Schalcken, 1679, Liechtenstein Museum

Dans ce pendant marital réalisé probablement à l’occasion de son mariage en 1679, Schalcken se présente en peintre-gentleman, portant des habits raffinés et comblé par une resplendissante épouse : les deux portent la main droite sur leur coeur, signe de promesse d’amour.


 

Schalcken 1679 Autoportrait Liechtenstein Museum detail
Autoportrait
Schalcken 1679 Francoise_van_Diemen,Liechtenstein Museum detail
Son épouse Françoise van Diemen

Les détails du fond dénotent une union idéalisée [2] :

  • derrière l’époux (36 ans), le tableau avec Vénus endormie signifie ostensiblement que la déesse du Sexe s’est effacée devant les joies du mariage, tout en rappelant aux amateurs les capacités du peintre à peindre noblement de belles femmes ;
  • derrière l’épouse (19 ans) , la statue de Diane rend hommage à sa chasteté.

Le couple aura dix enfants, dont un seul leur survivra.



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Schalcken 1706 Self_portrait coll priv
Autoportrait
Schalcken 1706 Francoise Van Diemen coll priv
Son épouse Françoise van Diemen

Schalcken, 1706, Collection privée 

Dans ce second pendant marital réalisé l’année de sa mort, Schalcken a 63 ans. Il tient fièrement un médaillon à l’effigie de son patron, l’électeur palatin Johann Wilhelm, qui l’avait fait venir à Düsseldorf. [3]


van dyck Autoportrait au tournesol 1632 Coll part

Autoportrait au tournesol
Van Dyck, 1632, Collection particulière

La pose s’inspire ouvertement du célèbre autoportrait de van Dyck (gravé en 1644).  Schalcken se montre ici à la fois

  • courtisan – en égalant son patron allemand au Roi d’Angleterre, que symbolise le tournesol (voir Substituts du miroir)
  • et courtois – en comparant son épouse, en robe orange et cape vert foncé, à la rayonnante fleur solaire.



Pendants mythologiques

 

Schalcken 1690 Venus_overhandigt_Amor_een_brandende_pijl_-_GK_307_-_Museumslandschaft_Hessen_Kassel
Vénus donne à l’amour une flèche enflammée, ou L’effet de la lumière artificielle
Schalcken 1690 Venus_aan_haar_toilet_in_gezelschap_van_Amor Museumslandschaft_Hessen_Kassel
Vénus à sa toilette, ou L’effet de la lumière du Jour

Schalcken, 1690, Museumslandschaft Hessen, Kassel

Deux sujets mythologiques classiques sont ici enrôlés au service des effets d’éclairage :

  • flèche enflammée sur ciel d’orage,
  • rais de lumière tombant sur l’épaule et la chevelure blonde de la Déesse.


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Schalcken 1691 Jupiter_en_Semele Schloss_Weissenstein
Jupiter et Sémélé
Schalcken 1691 Pan_en_Syrinx_Schloss_Weissenstein
Pan et Syrinx

Schalcken, 1691, Schloss Weissenstein, Pommersfelden

Même recherche d’éclairages rares et contrastés dans ces deux scènes de demoiselles en danger :

  • la foudre de Zeus va carboniser Sémélé terrorisée (union fulminante dont naîtra Dionysos) ;
  • sous un ciel fuligineux, la chaste nymphe Syrinx va se transformer en roseaux pour échapper à la convoitise de Pan.

Le rideau et le manteau rouges mettent en valeur les anatomies recto verso.

Assez subtilement, un troisième personnage ajoute du piment et de la complexité aux deux scènes :

  • la femme derrière le rideau n’est pas juste une voyeuse : le geste de son index nous fait reconnaître  Héra (l’épouse jalouse de Jupiter) qui, déguisée en servante, avait conseillé à Sémélé de demander à Zeus de lui montrer sa foudre et ses éclairs ;
  • à droite Cupidon semble aider à dégager les roseaux : mais son geste (n’embrasser que des tiges) préfigure surtout ce qui va arriver à Pan.



Scènes de genre

 

Schalcken 1690 ca A useless Moral Lesson Mauritshuis
Allégorie de la Chasteté, ou L’avertissement inutile
Schalcken 1690 ca The Medical Examination Mauritshuis
L’examen médical

Schalcken, 1680-85, Mauritshuis, La Haye

Ce pendant moralisateur se déchiffre en deux temps.

Une femme âgée (la canne) et sage (le livre) morigène (l’index) une jeune fille qui rêve à l’amour (l’Hermès derrière la tête) et se prépare à laisser envoler l’oiseau qu’elle garde précieusement dans sa boîte (sur cette métaphore de la virginité, voir L’oiseau envolé).



Schalcken 1690 ca The Medical Examination Mauritshuis detail

Un médecin voit dans l’urine de la même jeune fille affligée la preuve irréfutable qu’elle est enceinte, et non malade : le clystère posé sur la table symbolise à la fois le mal qui l’a frappée, et l’impossibilité d’un remède.



Schalcken 1690 ca The Medical Examination Mauritshuis detail 1

Son jeune frère rigole en faisant, près d’un montant de chaise évocateur, le geste obscène de la figue (voir Faire la figue).


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Schalcken 1670-75 Every one his fancy Rijksmuseum
A chacun sa fantaisie (Every one his fancy)
Schalcken 1670-75 Verschil van smaak Rijksmuseum
Des goûts différents

Schalcken, 1670-75, Rijksmuseum, Amsterdam

Ce pendant plus énigmatique repend un peu le même thème.

Dans l’enfance, les préférences sont simples : se goinfrer de bouillie à la cuillère, ou gober un oeuf salement (voir la coulure sur sa serviette). Le grand frère au bel habit, admiré par sa soeur et son grand-père, se moque ouvertement de la naïveté gloutonne du petit : car il y a sans doute un sous-entendu sexuel dans l’oeuf brisé (comme plus tard chez Greuze, voir Les pendants de Greuze), synonyme de défloraison pour une fille, et de vigueur sexuelle pour un garçon.

Le second tableau illustre les préférences qui se présentent à un garçon plus âgé : fumer sa pipe en solitaire en rêvant à on sait bien quoi, ou courtiser une jolie fille au coin du feu.



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Schalcken 1682 Meisje_en_jongen_die_een_varkensblaas_opblazen_-_G_2340_-_Staatliches_Museum_Schwerin
Jeune garçon faisant souffler une vessie de porc à une jeune fille
Schalcken 1682 Girl_about_to_take_a_bite_of_a_piece_of_apple_Staatliches_Museum_Schwerin
Jeune fille mangeant une pomme à la chandelle

Schalcken, 1675-80, Staatliches Museum, Schwerin

Ce pendant assez déconcertant oppose un couple d’enfants, en lumière naturelle, et une petit fille solitaire, à la bougie. Formellement, l’appariement des deux scènes repose uniquement sur le geste de la jeune fille de porter un objet à sa bouche.

Mais il y a probablement un arrière-plan symbolique, les jeux d’enfants dénonçant ce qui guette les adultes : la futilité des plaisirs (la vessie) et l’appétit coupable (à voir le geste suspendu de cette petite Eve, surprise en flagrant délit de gourmandise).


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Schalcken 1685-90 Brieflesendes Madchen_Gal.-Nr._1786_-_Staatliche_Kunstsammlungen_Dresden
Jeune fille lisant une lettre à la chandelle
Schalcken 1685-90 Ein Madchen mit brennender Kerze Staatliche_Kunstsammlungen_Dresden
Jeune fille à la chandelle

Schalcken, 1685-90, Staatliche Kunstsammlungen, Dresde

Le fait qu’il s’agisse du même modèle dans les deux tableaux laisse imaginer là encore une histoire en deux temps [4] :

  • la jeune fille rêve en lisant une lettre d’amour ;
  • puis elle s’est établie (collier de perles, coiffe, tableau au mur) mais rêve toujours à l’amour, en jetant un coup d’oeil sur le spectateur.



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Schalcken attr 1690-1706 Een_meisje_plaatst_een_kaars_in_een_lantaarn_en_een_jongen_verzorgt_een_vuurtest_voor_een_stoof_Rijksmuseum_SK-A-370
Jeune fille mettant une bougie dans une lanterne et jeune garçon préparant une chaufferette
Schalcken attr 1690-1706 Een man met een pijp en een man, die zich een glas inschenkt Rijksmuseum SK-A-371
Homme avec une pipe et homme qui se verse un verre

Schalcken (attribution), 1690-1706, Rijksmuseum

Dans ce pendant tardif désormais attribué à Arnold Boonen, un élève de Schalcken [5], l’appariement est de plus en plus gratuit :

  • à l’office, une jeune fille prépare une lanterne et un jeune garçon souffle sur le brasero qu’il va glisser dans la chaufferette ;
  • au tripot (cartes sur la table), un buveur se verse un verre et un fumeur allume sa pipe a un petit brasero portatif qu’il tient à bout de bras.

La principale justification à ce pendant semble purement formelle, les gestes se répondant deux à deux :

  • remplir la lanterne et remplir le verre ;
  • amorcer la chaufferette et à allumer la pipe.

Mais puisque le second tableau représente ouvertement les Plaisirs (le jeu, la boisson, le tabac), il est fort probable que le premier fasse allusion, avec l’hypocrisie propre aux scènes d’enfants, à des activités moins innocentes : « ranimer la braise » et « combler la lanterne ».



Références :
[1] Liste des pendants étable d’après la thèse de Cornelia Moiso-Diekamp, « Das Pendant in der holländischen Malerei des 17. Jahrhunderts ».
[4] Thierry Beherman,« Godfried Schalcken «  , 1988
[5] Nicole Elizabeth Cook, « GODEFRIDUS SCHALCKEN (1643-1706) : DESIRE AND INTIMATE DISPLAY », p 39 http://udspace.udel.edu/bitstream/handle/19716/20679/2016_CookNicole_PhD.pdf