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Tour Fenestrelle

6 janvier 2011

Un soir de mai dans cette ville provinciale
Comment cataloguer la douceur vespérale
Le couchant effleurant les frontons rosissants
Comme un marquis la joue d’un siècle finissant

Le parc où s’amusaient douairières et bergères
Un orchestre de jazz y joue Washington Square
Et les balustres blonds où Racine rêvait
Ont le même horizon de jardins potagers

Les ombres sans façon se joignent pour la nuit
Sur l’esplanade vide et les martinets fuient
La nasse fuselée de la Tour Fenestrelle
Où la lune a laissé sa monnaie de nickel

Tout est désert qui mène au palais grand-ducal
Une ampoule oubliée brille comme un fanal
Dans l’escalier crasseux d’une tour citadine
Où les regrets ce soir tiennent leur officine

Seule blottie au pied d’un portail dix septième
Training rose entrouvert sur sa peau d’égyptienne
Aïcha nonchalamment caresse son chat noir
En pensant aux garçons en pensant au départ

Gardienne à son insu de la douceur des choses
Elle ne savait pas que tout se recompose
Le temps n’est qu’un soupir soufflant sur un bassin
Un jour une accalmie restaure le dessin

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