Le chat et l’oiseau : autres rencontres
Quelques rencontres du chat et de l’oiseau sans intention libidinale…
Madonne à la caille
Pisanello, vers 1420, Musée de Castelvecchio, Vérone
Pas de chat encore dans ce tableau, mais deux espèces d’oiseaux.
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Les deux chardonnerets dans le rosier grimpant dont des symboles courants de la Passion du Christ. En effet, ces oiseaux, connus pour leur propension à se nicher dans les plantes épineuses, auraient selon la légende essayé de soulager les souffrances de Jésus en arrachant avec leur bec les épines de sa couronne, d’où la tâche rouge sang sur leur front.
Ils font ici écho aux deux anges dans le ciel, tandis que la caille unique, sur le sol, renvoie manifestement à la figure de l’Enfant.
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La caille est avant tout un splendide dessin animalier. La raison de sa présence est peu claire : on en a fait un symbole de l’amour maternel (parce qu’elle s’occupe bien des ses enfants), du Printemps ou de la Résurrection (parce que c’est un oiseau migrateur), de l’obéissance et de la fidélité (je ne sais pas pourquoi), de la sensualité (parce que son corps est très chaud), de l’abondance et de la Divine providence (parce qu’elle accompagna la manne qui vint rassasier les Hébreux dans le désert , selon Exode 16-1 ou Nombres 11-4).
C’est bien la référence à la manne qui justifie sa présence dans le tableau, comme l’explique le Christ lui-même :
« En vérité, en vérité, je vous dis : Moïse ne vous a pas donné le pain qui vient du ciel, mais mon Père vous donne le véritable pain qui vient du ciel. Car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel, et qui donne la vie au monde… Moi, je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; et celui qui croit en moi n’aura jamais soif » (Jean 6:32-35).
La caille, qui représente le Pain du Ciel, donc la Chair de Jésus, complète les chardonnerets, qui font allusion à son Sang.
Vierge à l’enfant avec chat et oiseau
Giovanni Martino Spanzotti, 1475, Museum of Art, Philadelphia.
La formule de la Madonne au chardonneret se perpétuera longtemps. Celle-ci est remarquable par la présence du fil à la patte, qui en fait un jouet pour l’Enfant Jésus, et par l’apparition du chat, coincé par celui-ci dans le bord du tableau : on comprend que la présence de Jésus met fin aux mauvais instincts du félin.
Le chat et la colombe
Annonciation
Maître silesien, vers 1500, National Museum, Varsovie
Cette autre composition, très originale, met en présence sur le sol de la chambre, au centre du panneau, un chardonneret côté habitant du ciel, et un chat blanc côté Marie. Le chat se détourne de l’oiseau ,montrant par là la pacification qui advient.
Annonciation, volets de l’orgue de la cathédrale
Cosmé Tura, 1470, Museo del Duomo, Ferrare
La composition rappelle l’idée de Cosme Tura mettant en balance, mais par directement en confrontation, côté Ange un volatile et côté Vierge un écureuil (celui-ci, animal qui se faufile facilement, serait une allusion à l’accouchement sans douleur de Marie, échappant à la malédiction d’Eve [1]).
« Alors que la tradition byzantine, dont l’art italien est issu, répugne à introduire dans l’icône de l’Annonciation des animaux dont la tradition scripturaire ne fait pas mention, la Renaissance, très tôt, introduit une présence animale. Loin de faire courir le risque du divertissement, voire de la perversion, le nouveau bestiaire insuffle au propos imagé une nouvelle dimension symbolique et par là méditative. Cette présence animale relève le plus souvent du détail, notion nouvelle, en correspondance avec l’esprit analytique des Latins. Une démarche inédite se met en place avec l’avènement des mentalités nouvelles promues par l’humanisme renaissant, celle de l’énigme spirituelle, qui ne se substitue pas à la célébration du Mystère, mais qui se met à son service. » [1]
Le chat et le chardonneret
Le chat, troisième enfant (SCOOP !)
Madonne à la Chatte,
Barocci, 1595-1600, Musée des Offices, Florence.
La Sainte Famille (Joseph, Marie, Jésus) reçoit la visite de sa famille-miroir (Jean-Baptiste enfant, Elisabeth cousine de Marie et Zacharie). Couché au centre, le félin fait figure de troisième enfant, sa présence étant justifiée par une légende médiévale selon laquelle une chatte avait accouché en même temps que Marie.
Le chat, antagoniste du chardonneret (SCOOP !)
Vingt ans plus tôt, Barroci avait déjà introduit un félin auprès de la Sainte Famille, mais en position marginale et dans une intention moins souriante:
La Vierge au Chat (La Madonna del Gatto)
Barocci, 1575, National Gallery, Londres
Dans ce tableau privé, destiné au palais du Comte Brancaleoni, Barrocci invente une iconographie originale : Jean-Baptiste brandit un chardonneret sous les yeux d’un chat prêt à bondir, que la mère désigne à l’enfant.
Blason des Brancaleoni, comtes de Piobbico
On a dit que le chat, qui se dresse juste sous la croix en roseaux de Saint Jean Baptiste, était un clin d’oeil amusant aux armes des Brancaleoni. Mais la gravure tirée du tableau comporte une légende en latin qui suggère une justification plus profonde à la présence des deux animaux :
Gravure de Cornelis Cort, d’après Barocci, 1577
Jean joue, Jésus le regarde et se tait. |
Ludit Joannes, tacitus miratur JESVS. Fedricus Barotius Urbinensis Inventor. |
Jean-Baptiste, à cause de son séjour dans le désert, est comparé à l’Homme chassé du Paradis ; Jésus déjà, sait qu’il en sera le Rédempteur, grâce à son sacrifice.
Graphiquement, le thème de l’anticipation de la Passion est évoqué, de deux manières, par les mains de Jean Baptiste :
- la gauche presse le pied de l’Enfant, geste classique pour suggérer le clou inéluctable (voir 1 Toucher le pied du Christ : la Vierge à l’Enfant) ;
- la droite éloigne le chardonneret du chat : l’oiseau de la Crucifixion est encore à distance du prédateur.
Ainsi le couple antagoniste du chardonneret et du chat symbolise ici, de manière très inventive, le Christ victorieux du démon.
Une surenchère de Goltzius (SCOOP !)
La Sainte Famille avec Saint Jean Baptiste enfant
Goltzius, 1593
Goltzius produira sa propre version du thème, soit d’après le tableau de Barocci qu’il avait pu voir à Rome, soit d’après la gravure de Cort.
Le Précurseur du Seigneur, allaité au sein de sa mère, |
Praecursor Domini lactantis ab ubere matris Quem praecognovit aliens utero abditus, hunc et |
Le troisième vers fait allusion à la Visitation : encore dans le ventre d’Elisabeth, Jean Baptiste avait tressailli à l’approche de Jésus, dans le ventre de Marie (Luc 1,39-45). Le quatrième vers rappelle le geste essentiel de Jean-Baptiste adulte, désignant Jésus comme l’Agneau de Dieu (Jean 1, 26,30).
C’est ici la Vierge qui, en touchant le pied, signale le thème de la préfiguration de la Passion. En surenchérissant sur Barocci, Goltzius invente deux autres métaphores, si originales qu’elles sont passées inaperçues :
- pour « cajoler » l’enfant, Jean Baptiste lui a offert trois cerises tenues vers le haut mais, dans une ambiguïté graphique calculée, la main peut être aussi bien celle qui donne que celle qui reçoit : ce geste bizarre ne peut s’expliquer que comme métaphore des trois clous sanglants, plantés dans la chair de Jésus ;
- au même moment, les griffes du chat s’enfoncent dans la chair du chardonneret.
Ainsi la scène apparemment charmante compte un sous-texte tragique.
Le perroquet, substitut du chardonneret
La Sainte Famille avec sainte Anne, sainte Elisabeth et saint Jean-Baptiste enfant
Frans Floris (et atelier), 1654, Musée de Hazebrouck
Une invention
La signature « S. D. b. d. : F F. inve. et pxt 1564 » souligne l’originalité de cette iconographie : « Frans Floris a inventé (INVenit) et peint (PiXit) »
Sainte mais complexe
L’invention concerne Sainte Elisabeth, à la fois tante et cousine de Marie, qui apparaît deux fois dans le tableau : celui-ci a donc pour objectif de résoudre graphiquement une équation familiale compliquée.
Dans le coin en haut à droite du tableau s’entassent Anne, son mari Joachim qui a pour frère Zacharie , lequel est le mari d’Elisabeth. L’unique homme du tableau est donc un mari interchangeable, celui des deux frères que l’on voudra : l’important est de montrer qu’Anne et Elisabeth sont deux femmes âgées, deux belles-soeurs de la même génération.
Le reste du tableau, sous la couronne de l’ange, revêt un caractère sacré : c’est le lieu des deux naissances miraculeuses, celle de Jean Baptiste précédant celle de Jésus. Ici Elisabeth n’est plus la tante, mais la cousine de Marie : deux mères d’exception partageant la même aventure.
La saynette animale
Pour un regard moderne, les animaux du premier plan figurent la paix universelle que promet la venue de l’Enfant-Jésus :
- le chien n’attaque plus le chat,
- le chat n’attaque plus le perroquet.
Un regard pieux y verra plutôt une double métaphore, dans laquelle un symbole marial, le perroquet (voir -Le symbolisme du perroquet ) voisine avec un symbole christique : la grappe de raisin.
Un regard de théologien en conclura que Marie (le perroquet) communie en absorbant son propre fils (le raisin). De même qu’Elisabeth, tante et cousine, court-circuite les générations, de même Marie se trouve être à la fois la mère du Christ et la première chrétienne.
Un regard plus simple remarquera que la saynette animale reproduit la scène principale : de même que Sainte Elisabeth embrasse l’Enfant-Jésus, le perroquet baise la grappe avec respect :
la Pureté faite femme rend hommage au Fruit prodigieux,
tandis que la Luxure (le chat) regarde ailleurs.
Van Der Werff
Artiste misanthrope et quelque peu sceptique sur l’innocence enfantine (voir L’oiseau envolé ), Adriaen Van Der Werff nous propose ici le spectacle moralisateur d’une double cruauté.
Enfants jouant avec un chat
Adriaen Van Der Werff, fin XVIIème
Les enfants étaient censés nourrir l’oisillon (voir la paille dans le bol). A la place, c’est le chat qui le mange.
Cette image forte cultive plusieurs paradoxes, plusieurs Vanités à méditer :
- le nourri devient nourriture,
- le favori devient proie,
- l’objet chéri devient chair,
- le jeu devient drame.
Le chat blanc, innocent car sa cruauté est naturelle, est mis en parallèle avec l’enfant lui aussi habillé de blanc, dont le rictus est équivoque entre l’effroi et le surexcitation. Qu’il ait commis la faute involontairement ou pas importe peu, car le désordre qu’il a causé est biblique : le prédateur s’est emparé de ce qui était interdit. L’enfance est ici présentée comme l’âge de l’infraction.
Un tel sujet ne pouvait pas sortir du néant : Van des Werff l’a développé à partir des oeuvres de son maître, Eglon van der Neer :
Le même thème y est traité, mais avec moins de cruauté : sans doute les deux enfants fermeront-ils la cage au dernier moment, pour se moquer de la frustration du prédateur.
Dans la version féminine, la jeune maîtresse joue son rôle habituel de pacificatrice entre ses protégés.
Chat guettant un oiseau
Pieter van Slingelandt ,fin XVIIeme, Musée des Beaux Arts, Rennes
Ce n’est pas seulement le pot à oiseaux qui est suspendu au clou, mais l’ensemble de la composition : à ce dernier instant juste avant le saut et l’envol, le quadrupède qui décolle fait contrepoids au volatile qui marche. Et l’oeil jouit, dans cet effet combiné de suspension et de suspens,de la fragilité d’un équilibre sur le point de se rompre.

Les Enfants à la Cage
Le Nain, milieu XVIIème, Staatliche Kunsthalle, Karslruhe
Ce tableau semble fait tout exprès pour déjouer les interprétations. Sa gravure par Elluin s’intitule « Le voleur trahi », titre de circonstance sans doute inspiré par la main du garçon posée entre le chat et la cage. Mais cette tentative d’élucidation reste partielle : comment le chat aurait-il ouvert la cage fermée, ne serait-ce pas un des enfants qui a volé l’oiseau ou l’a laissé s’échapper ?
Deux d’entre eux portent des vêtements sans déchirures et semblent d’un meilleur niveau social ( le garçon à la toque de fourrure et la fille assise par terre). Sont-ils les propriétaires de la cage, les deux autres étant les maîtres du chat ?
Trois personnages regardent vers la terre (le garçon à la toque, la fille de gauche et le chat) : signe de culpabilité ou de douleur ? Le chat pourrait très bien regretter un compagnon emplumé.
A moins qu’il ne s’agisse, en plus cryptique, du même message moralisateur que celui de Van der Werff :
les petits d’homme ont, par la cruauté originelle de l’espèce, fait bouffer un de leurs favoris par l’autre.
La position des objets rajoute à la confusion : la cage, symbole féminin de séduction (retenir l’amoureux) est située entre les deux garçons ; la baguette, symbole masculin de domination, est située entre les deux filles : comme si Le Nain nous dissuadait de nous aventurer sur la voie des interprétations sexuées.
Les Enfants à la Cage,
Le Nain, milieu XVIIème, Collection privée
Cette autre version n’apporte pas d’éléments de comparaison décisif : les gestes des quatre enfants sont exactement les mêmes. La nature morte du premier plan est plus fournie : à la miche de pain et à la cruche s’ajoutent des plats, et un grand pot. La scène s’est passée de l’extérieur à l’intérieur, mais il s’agit toujours d’une ruine.
La charrette
Le Nain, 1641, Louvre, Paris
Ce détail d’un tableau bien plus célèbre montre le même appentis sommaire adossé à un mur ruiné.
C’est dans ce décor dévasté – celui de la région de Laon au temps des Le Nain, qu’il faut peut être chercher la « moralité » du tableau.
Une maison en ruine, un tonneau vide, une cage vide, un animal familier disparu :
« On pourrait se demander si Le Nain ne fait pas connaître à ces enfants tout simplement la perte d’un objet d’amour, et l’expérience du deuil, sans qu’il soit besoin de recourir à la fiction de la faute sexuelle. » Démoris, Esthétique et poétique de l’objet au dix-huitième siècle, Presses Univ de Bordeaux, 2005, p35
Autoportrait avec sa femme
Giuseppe Baldrighi, après 1756, Galleria nazionale di Parma
Dans ce tableau privé, le peintre de cour se représente dans son luxueux atelier, en train de corriger la pose du modèle : Adelaide Nougot, la belle et riche américaine qu’il a épousée.
Son portrait, à peine ébauché à la craie, est placé sur le chevalet, derrière la banquette : sans doute le peintre va-t-il le déplacer vers l’avant, à côté de la boîte à peindre fermée et des pinceaux propres, pour commencer la séance. Le chat de la maison, qui n’ a pas compris que l’oiseau fait partie du décor, a sauté sur les genoux de la dame, incident imprévu qui insuffle un peu de vie dans cet ordonnancement très officiel.
On peut aussi considérer que le tableau ne représente pas un moment précis, mais constitue plutôt un portait en gloire de Baldrighi posant au peintre devant ses oeuvres anciennes et futures (le tableau « Hercule délivrant Prométhée » et le portrait en cours), entouré des preuves de sa réussite : sa femme, ses animaux, son mobilier.
Les pinceaux déployés font écho à l’éventail de la dame :
nécessaire de peinture contre accessoire de beauté,
l’habilité technique rend hommage à l’art de séduire.
Les enfants Graham
William Hogarth, 1742, National Gallery, Londres
Dans ce portait de famille, un chat est également utilisé en tant qu‘élément de surprise : mais son irruption va ici bien au delà d’une simple astuce narrative.
A droite, Richard, sept ans, tourne la manivelle d’une serinette (voir La douce prison ), qui déclenche le chant du bouvreuil en cage, lequel déclenche l’arrivée du chat.
A gauche, bébé Georges tend la main vers les cerises que lui propose sa grande soeur Henrietta, neuf ans. Il est assis dans une voiture d’enfant ornée d’une colombe dorée qui bat des ailes.
Au dessus de lui, sur l’horloge, un Cupidon doré brandit une faux, un sablier posé à ses pieds. Il faut savoir que la réalité tragique rattrapa la scène plaisante: Bébé Georges mourut avant l’achèvement du tableau. Et les deux ornements dorés, la colombe et l’enfant-ailé, font allusion à sa petite âme figée dans son envol, à son petit corps fauché avant l’heure.
Bébé Georges, qui tend ici la main vers sa dernière nourriture terrestre, était l‘oiseau chéri de la famille, plein d’amour comme la colombe, de gaité comme le bouvreuil… mais guetté par un prédateur implacable .
Charles Joseph Grips
L’occasion fait le larron (Opportunity Makes a Thief)
Charles Joseph Grips, 1875, Collection privée
Dans les maisons hollandaises, même le désordre fait rangé : le tapis est roulé, la chope couchée sur le plat pour éviter la casse, pendant que la domestique balaie.
Nous sommes chez un artiste cossu, à voir la presse incrustée d’ébène à laquelle un drapé de satin rose est accroché.
Petite astuce visuelle : on pourrait croire que, pour se rapprocher du canari, le chat a grimpé sur cette presse. En fait, il est assis sur un objet posé en avant, sur la table, dissimulé sous le drapé (une grande boîte ?), ce qui justifie le titre.
Intérieur domestique
Charles Joseph Grips, 1881
Dans cette version simplifiée, la servante n’a laissé que son balai, la pelle et le baquet pour expliquer le remue-ménage. Le grand pot de porcelaine chinoise est monté sur la chaise, changeant de place avec la chope couchée dans le plat. Le drapé est devenu doré, illuminé par la rayon de soleil en oblique.
La fascination réciproque du prédateur pour sa proie est momentanément interrompue : le chat a tourné la tête vers un intrus – la servante qui vient reprendre son balai, ou le spectateur.
L’atelier de l’Artiste
Charles Joseph Grips, 1882
Dans le bric-à-brac habituel, le chevalet, à demi voilé par un drapé bleu, a remplacé la presse pour justifier le titre.
Dessus, sur un tableau à peine esquissé, nous retrouvons la servante, occupée à peler des légumes devant une cheminée. Astuce visuelle : le manteau de cette cheminée virtuelle prolonge le manteau de la cheminée réelle, dans la pièce de l’arrière-plan :
l’Art du Peintre traverse les murs !
Inconscient de ces raffinements, le chat de la maison contemple le canari en cage, qui le contemple d’en haut, en toute sécurité.
Dans la pièce du fond, le rayon de lumière qui tombe en diagonale jusqu’au sol matérialise le désir du félin :
mettre à terre la proie aérienne.
La tétée
Charles Joseph Grips, 1849, Collection privée
Dans cette oeuvre plus ancienne, pas de ménage en cours. L’ordre naturel règne : la mère nourrit son bébé, le chat veut croquer le poulet, accroché par précaution à une sorte de suspension en fer forgé. Faute de mieux, Minet se contente de pourchasser la pelote, tombée juste à l’aplomb du poulet.
Enfant dormant dans son berceau
Charles Joseph Grips, Collection privée
Cinquième apparition du même chat noir et blanc, cette fois couché sur une chaufferette, à côté d’un berceau dans lequel un bébé dort. Dans le couloir du fond, la mère lève les bras pour nourrir l’oiseau en cage.
En séparant le couple fatidique du chat et l’oiseau, la composition remplace le thème convenu du tableau précédent – la nourriture – par un thème plus original : celui du soin. La mère au pied de la cage et le chat au pied du berceau remplissent la même fonction :
l’une veille sur le petit oiseau, l’autre sur le petit homme.
L’oiseau domestique (the pet bird)
Charles Joseph Grips, 1874, Collection privée
Dans cette composition fortement charpentée, nous retrouvons le même mobilier : la presse (cette fois vue de côté), la chaise et la table à deux plateaux du peintre, ici reléguée à la cuisine.
Victime aviaire de substitution, un canard mort (nourriture humaine) a libéré le canari (nourriture féline) de son statut de proie : plus de chat dans les parages..
Du coup, le dialogue vertical a changé de sens : l’oiseau favori se trouve désormais en contrebas d’une prédatrice d’amour, sa maîtresse qui le contemple d’un air songeur. D’un index elle porte l’oiseau, de l’autre elle désigne sa propre joue, soulignant leur affection réciproque.
Eugenio Zampighi
Pour amuser bébé, Eugenio Zampighi
On pourrait retrouver un écho lointain de la composition de Barrocci dans cette scène paysanne où le grand fils, tel Jean-Baptiste, tend un oiseau au petit, sous le nez d’un chat intéressé. D’autant que le tamis crucifère, pendu au mur, pourrait faire suspecter une intention religieuse.
Jeux d’enfant, Eugenio Zampighi
En fait, ce détail revient dans pratiquement toutes les oeuvres de Zampighi, infinies variations sur la famille, les chats et les oiseaux, dans le même intérieur rustique [2]. C’est donc probablement au hasard de cette combinatoire que s’est présentée, un beau jour, la même composition que Barrocci.
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