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Le miroir transformant 2 : transfiguration

Abordons maintenant le pouvoir de Transfiguration, par lequel le miroir arrange ou aggrave   la réalité.

En commençant par le cas le moins courant : celui du miroir gratifiant.

Sirene Breviaire à l usage de Besancon. Rouen, avant 1498
Sirène
Bréviaire à l’usage de Besançon, Rouen, avant 1498

Associée à la musique, à la vanité et à la coquetterie, la sirène aux longs cheveux a mauvaise réputation.

Pourtant qu’est-ce qu’une sirène ? Une pauvre fille qu’on croit  séductrice, alors que son peigne compulsif la rassure sur sa féminité et que son miroir lui cache sa moitié inférieure, puissant objet de répulsion.

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Betty Page sirene

Betty Page

Qu’est-ce  qu’une pin-up ? Une pauvre fille qu’on croit  séductrice, alors que son peigne compulsif la rassure sur sa féminité et que son miroir lui cache sa moitié inférieure, puissant objet de fascination.

Ecailles ou nylons, la sirène et la pinup sont pareillement dépossédées de l’usage naturel de leurs jambes :

grâce à ce que le miroir leur fait voir, elles restent à leurs propres yeux des femmes.


 

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Betty Page
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Pinup pour Halloween, Olivia de Berardinis

Il suffit de deux cornes rajoutées au cadre pour que le miroir transforme la pinup en une gentille sorcière.

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L’aurore

Delvaux, 1937, Fondation Beyeler

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Ici, l’imagerie de la sirène se recycle dans la femme-tronc.



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Sur un autel, qui est la seule construction achevée du décor,  le miroir réduit à un sein rend hommage à qui reste de féminité à ces femmes-colonnes :  la capacité lactaire, symbolisée par le noeud florissant.

Le rameau qui pousse derrière le miroir et les arcades couvertes de buissons fleuris justifient le titre du tableau : du sein sort l’aurore blanche aux doigts de rose.


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Paul-Delvaux Le Miroir 1936 Collection privee

Le miroir
Delvaux, 1936, Collection Privée

Le miroir transforme :

  • l’intérieur en extérieur,
  • la lumière artificielle en lumière solaire,
  • les motifs alignés du papier-peint en rangées d’arbres,
  • la  décrépitude en sérénité,
  • l’habit corseté en nudité.

Toutes transformations positives et libératrices. Mais malgré l’alibi théorique, le  miroir dénudant  de Delvaux est le rêve du voyeur, surtout gratifiant pour le spectateur.

Imaginons la transformation inverse (la femme habillée dans le miroir, la femme nue dans la pièce) :  un miroir costumant traduirait plutôt le point de vue subjectif du modèle sur sa propre apparence.

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Rockwell Retour a la vie civile 1945
Retour à la vie civile (Back to Civvies)
Norman Rockwell , couverture du Post, 15 décembre 1945
Norman Rockwell The-Prom-Dress
La robe de bal (The Prom Dress)

Norman Rockwell , couverture du Post, 19 mars 1949

Rockwell a traité deux fois le thème du « miroir costumant » qui permet de voyager dans le temps, vers le passé ou vers le futur.

A gauche, l’aviateur vient de reposer son sac sous le poster qui le faisait rêver, dans sa chambre d’adolescent  au plafond bas. Il a accompli son désir de hauteur, et  s’amuse de voir si étriqué  le costume de son ancienne vie.

A droite, l’adolescente garçonnière se confronte à une image stupéfiante d’elle-même : ici, la transfiguration instantanée ne s’adresse qu’à la jeune fille, non  au spectateur qui comprend bien, à voir la chambre, tout le chemin qui reste à faire.

 


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Julius Hare Dressing up 1885

Costumée (« Dressing up »)
Julius Hare, 1885, Collection privée

Le sujet de ce tableau est  très proche, dans les noirs, de l’adolescente de Rockwell essayant la robe blanche de sa mère : cette  très jeune fille a également emprunté la robe, le chapeau à plume d’autruche et la houpette à poudre,  pour un relooking adulte.

Nous la voyons non pas au moment où elle se poudre dans le miroir, mais au moment où elle nous prend à témoin de sa transformation.

Le spot du miroir surajoute sa lumière blanche à la blancheur de la poudre.


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Raoux _la-jeune-fille-au-miroirThe Wallace Collection
Jeune femme au miroir Jean Raoux, 1720-30,The Wallace collection , Londres
raoux_la-jeune-fille-au-miroir
Jeune femme au miroir
D’après Jean Raoux Collection privée

Le pouvoir blanchissant du miroir avait déjà intéressé  Jean Raoux, ce grand maître des éclairages théatraux dans les portraits du XVIIIème siècle.

La blancheur de porcelaine était à l’époque l’optimum de la Beauté : le miroir contribue à cet idéal, en forçant le contraste entre la partie inférieure et la partie supérieure du visage.

Ainsi sont mis en valeur les appas et les appétits, tandis que la pensée  reste dans l’ombre.

Le miroir de toilette, porté  dans les bras de la jeune fille au lieu d’être posé sur la table, et dont la forme  galbée fait écho à sa silhouette, est ici plus une confidente qu’un accessoire de coquette.


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jean raoux lady at her toilet 1727
Femme à sa toilette
Jean Raoux, 1727

Raoux a repris le même tête-à-tête au sein d’une composition plus large, qui lui fait perdre son intimité. Plus de pouvoir transformant ici  : le miroir sert à rappeler la jeune femme à ses devoirs en lui faisant voir, derrière elle, son époux en grand uniforme. L’absence du guerrier est suggérée par le bureau vide,  la  lettre reçue et les deux montres qui, comme les  deux coeurs, battent toujours à l’unisson.

Le miroir-rétroviseur, par lequel le seigneur et maître  garde l’oeil  sur la toilette de sa femme, illustre cette grande hantise des nobles au XVIIIème siècle :

que la voie des honneurs publiques mène à celle du déshonneur privé.


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Van_Mieris Fra ns_van_-_Woman_before_the_Mirror_-_c._1670 Munich Alte Pinakothek

Femme devant un miroir
Frans  Van Mieris, 1670, Munich Alte Pinakothek

Bien avant les surréalistes, Van Mieris nous montre une jeune femme désinvolte contemplant, la main sur la hanche, son portrait en femme rangée : les deux bras sagement croisés.

Comme le prouve le biseau, il ne s’agit pas d’un portrait peint, mais bien d’un miroir arrangeur…


Van_Mieris Fra ns_van_-_Woman_before_the_Mirror_-_c._1670 Munich Alte Pinakothek perspective
…qui respecte parfaitement la perspective.


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Premier sentiment de coquetterie, 1804 Pauline-auzou
 
Pauline Auzou,1804, Collection privée

Voici un autre  exemple de ce thème rare : l‘éveil de la féminité grâce au miroir.

Sur la cheminée sont posés , à hauteur de sécurité,  des objets pour grandes personnes, hommes et femmes : une bouteille de liqueur, un verre vide, un coussin pour épingles à cheveux.

La petite fille, ceinte d’un collier de perles trop long, prend appui du bout des orteils sur un tabouret de velours rouge : elle atteint ainsi tout juste le miroir de toilette , qu’elle incline  pour s’admirer.

On peut se demander si la scène de genre charmante ne  cache pas une leçon de de morale. Car  en faisant basculer le miroir,  la petite fille, comme piégée par la cheminée, voit son visage enfantin nimbé de flammes et sa croupe menacée par ces compagnons dangereux que sont la pince et et le  pique-feu.

Ici le message gratifiant se double d’un  avertissement.


Passons maintenant à la transfiguration inverse, dans laquelle le miroir se fait carrément menaçant.

mirror_pinup Women's health magazine

Illustration de TAVASKA pour le  Women’s health magazine

Cette illustration amusante  a le mérite de résumer le problème :

  • s’agit-il d’une transfiguration subjective (à la Rockwell)  – le miroir montre à la jeune femme l’image qu’elle se fait d’elle-même ;
  • ou  d’une transfiguration objective (à la Delvaux) – le miroir montre au spectateur  la réalité  qui viendra ?



A noter qu’il s’agit là d’un remake d’une pinup de Gil Elvgren :

Gil Elvgren

Plus modeste quant à la transfiguration, celle-ci se limitait au bronzage.


Autres cas de transfiguration grossissante, chez les animaux :

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La transfiguration négative la plus fréquente est celle  du miroir macabre, dont il existe de multiples exemples.

1450 Miroir des dames Wolfenbuttel Herzog August Bibliothek
Enluminure du Miroir des dames
Vers 1450,  Herzog August Bibliothek,Wolfenbuttel

Tandis que le livre est offert à la Reine, le miroir montre aux belles Dames (qui probablement ne savent pas lire) la fin qui les attend.


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Geoffroy de La Tour Landry, Marquart von Stein Der Ritter von Turn von den Exemplen der Gotzforcht vnd Erberkeit Basel, 1513 (d apres Durer 1498)

L’anus du Diable
Illustration pour « Der Ritter von Turn von den Exemplen der Gotzforcht vnd Erberkeit », 
Geoffroy de La Tour Landry,  Marquart von Stein Michael Furter, 1493 (bois attribué à Dürer)

« D’une noble dame qui se tient devant un miroir, se brossant, et qui voit dans le miroir le Diable qui lui montre son derrière ».
« Von eyner edlen frowen wie die vor eym spiegel stund, sich mutzend vnnd sy jn dem spiegel den tüfel sach jr den hyndernzeigend »

En transformant le visage en anti-visage et la bouche en anus, le miroir montre que le plus noble peut cacher le plus abject.


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Sculpture allemande 16°s. - la Vanite
La Vanité
Sculpture allemande du XVIème siècle

La Sirène a gardé son miroir et retrouvé ses jambes, devenant cette Coquette  qui voit apparaître son futur dans son dos.

Le miroir, accessoire de Vanité, devient instrument de Vérité.

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Portrait du peintre Hans Burgkmair

avec son épouse Anna

Lucas FURTENAGEL , 1529, Kunst Historisches Museum, Vienne

FURTENAGEL  1527

Il est possible que Burgkmair, qui devait mourir deux ans plus tard et était  déjà malade, ait confié la réalisation de ce double portrait à son jeune disciple de 24 ans  : d’où sa main gauche vide, incapable de tenir la palette.


Les inscriptions

On en compte cinq sur cette oeuvre ambitieuse et très théorique :

  • sur le cartouche, le nom et l’âge des époux  : Joann Burgkmair M[aler] 56 Jar alt et Ann Allerlaiin Ge[mahe]l 52 Jar alt.
  • sur la tranche du miroir : Erken dich selbs (Connais-toi toi-même).
  • sur le cadre du miroir : O, mors,  (Oh, mort)
  • sur le manche  du miroir : Hoffnung für die Welt (Espoir pour le monde).
  • au-dessus de l’homme : Sollche Gestalt unser baider was. Im Spiegel nix aber das dan- Ainsi était notre Forme à tous deux. Mais dans le miroir, rien n’en est resté.

 

Les mains du couple

FURTENAGEL  1527 main droite FURTENAGEL  1527 main gaucheLe peintre montre sa main gauche vide, pour nous prendre à témoin de son  impuissance. La bague qu’il porte à l’index de cette main gauche est identique  à celle que sa femme porte à l’annulaire de sa main droite, celle qui tient le miroir.

La composition interdisant de montrer l’anneau de mariage (la main gauche de l’épouse étant masquée), un autre  bijou commun a été choisi pour  affirmer la solidarité du couple.

 

Une vieille sirène ?

Dans cette femme sans jambes, à la chevelure dénouée et tenant un miroir, nous pourrions facilement reconnaître une vieille sirène : d’autant que deux de ses congénères, qui décorent sa ceinture, nous mettent sur cette voie.

FURTENAGEL 1527 detail

Mais l’idée de la composition est encore plus profonde…


Une sirène à deux têtes

Illustration pour CIRCE ou LE BALET COMIQUE DE LA ROYNE  Girard de Beaulieu 1582Illustration pour CIRCE ou LE BALET COMIQUE DE LA ROYNE 

Girard de Beaulieu 1582

Les sirènes, habituellement, ont deux queues et une seule tête. Ce que le tableau nous montre, objectivement, est  une « sirène siamoise », à deux têtes et deux mains, dont l’une tient le miroir du couple, et l’autre manifeste son commun renoncement :

ne plus se peigner, ne plus peindre.


FURTENAGEL  1527 miroir

Le miroir devient à la fois la palette et le tableau du vieux maître invalide.

Cet objet qui d’habitude ment en transformant les sirènes en femmes, nous dit ici la Vérité (Connais-toi toi-même), en transformant les deux vieillards en  un couple de crânes jumeaux réunis pour l’éternité.

Vérité terrible (O Mors) mais vérité rassurante (Espoir pour le monde) : d’où les trois  inscriptions sur le miroir.

https://artmirrorsart.wordpress.com/2012/01/08/atoning-efficacy-of-mirrors/
http://hominisaevum.tumblr.com/post/31593824026/lucas-furtenagel-the-painter-hans-burgkmair-and

 Vanitas

Jan Sanders van Hemessen, 1535, Palais des Beaux-Arts de Lille

Jan Sanders van Hemessen - Vanitas (1535) Palais des Beaux-Arts de Lille

Les inscriptions

L’ inscription autour du miroir est une phrase-choc :

« Voici la rapine de toute chose ». « Ecce Rapinam Rerum Omnium. »

Précisée par  la  banderole qui s’enroule autour du poignet de l’ange :

« Contemple la fin de la Force, de la Beauté, et de la Richesse ».

« Inspice Roboris Formae opumque finem »


Les ailes de papillon

Cette iconographie unique reste difficile à interpréter : les ailes font-elles référence à la fugacité, comme c’est en général le cas pour les papillons dans les Vanités ? Mais  un ange éphémère serait contre-intuitif .

Font-elle plutôt référence à l‘immortalité de l’âme ? Déjà, les Grecs  utilisaient le même mot « Psyché », pour désigner l’âme humaine et le papillon. Et la symbolique chrétienne avait développé une métaphore en trois phases :  la chenille, c’est la vie terrestre ; la chrysalide, c’est le linceul ; et le papillon, c’est l’âme immortelle qui rejoint le ciel. (Voir Le crâne et la papillon )


Un panneau orphelin ?

Par analogie avec les autres miroirs macabres, on a supposé  que cette oeuvre formait la partie gauche d’un diptyque, la partie droite étant le portrait d’un personnage vivant,  homme ou femme, auquel l’ange montre son futur dans le miroir.



Jan Sanders van Hemessen - Vanitas (1535) Palais des Beaux-Arts de Lille crane
La difficulté étant que le reflet présente sur sa gauche une fenêtre à meneaux :  le personnage hypothétique se trouvait donc dans une pièce assez obscure, le spectateur étant supposé se situer lui aussi à l’intérieur de la pièce, entre le personnage et la fenêtre, tandis que l’ange est à l’extérieur : ce qui rend la composition difficilement concevable.


Un sujet universel

Jan Sanders van Hemessen - Vanitas (1535) Palais des Beaux-Arts de Lille phrase
Par ailleurs, remarquons que les inscriptions ne comportent aucun élément personnel. La première   « la rapine de tout » est portée par deux nus, homme et femme.

Et la formulation  de la seconde (« la fin de la Force, de la Beauté, et de la Richesse ») semble choisie pour ratisser large : jeunes hommes, jeunes femmes et personnes aisées.


Un effet « spécial »

Une explication plus simple est donc de considérer que ce panneau :

  • ne faisait pas partie d’un diptyque,
  • avait été conçu pour le lieu précis qui est montré dans le miroir (une chapelle funéraire ?),
  • était accroché assez haut.

Ainsi, le visiteur de la chapelle, quel qu’il soit, voyait en levant les yeux :

  • en premier, une tête de mort surgissant du miroir ;
  • juste derrière, un ange, équipé  d’ailes de papillon qui semblent les excroissances du crâne ;
  • et encore derrière, trouant le mur par la fenêtre du tableau , le ciel, les bois et une église lointaine.

Ainsi le spectateur pouvait-il,  médusé, assister en 3D à l’envol de sa propre âme immortelle.

 

Antoine_Wiertz_Coquette_Dress 1856
La coquette habillée
Antoine Wiertz, 1856,
Musée Wiertz, Bruxelles
Antoine Wiertz-Le miroir du diable
Le miroir du Diable
Antoine Wiertz, 1856,
Musée Wiertz, Bruxelles

Entre les deux tableaux, les accessoires de vanité (le collier de perles autour du cou, la montre, la bague, le flacon de parfum sur le guéridon) n’ont pas bougé, pas plus que le voile de gaze, ni le ruban et la fleur dans la chevelure, ni la position des doigts de la coquette :

il faut comprendre que la robe de satin gris a été  enlevée d’un coup, par l’intervention du démon cornu  qui se glisse derrière la glace.

Bien avant les rayons X et Delvaux, Wiertz invente un miroir qui rend nu, qui révèle le triangle du pubis sous celui du bustier, et le collier d’or qui se cachait sous la manche : transfiguration  destiné non à la coquette, qui n’a pas bougé d’un cil :  mais au spectateur, invité à contempler la chair nue sous le satin.

Antoine Wiertz-La belle Rosine

La belle Rosine (Deux jeunes filles)
Antoine Wiertz, 1847, Musée Wiertz, Bruxelles

L’étape suivante, Wiertz nous l’avait déjà montrée dix ans plus tôt : la confrontation

  • de la chair nue avec le squelette,
  • des roses dans les cheveux avec l’étiquette macabre (La Belle Rosine),
  • de la Peinture  (le chevalet, la palette) côté chair avec la Sculpture (la tête, le pied) côté os,
  • de la subjectivité de la Vivante avec l’objectivité de la Morte..

La question  étant : de ces deux jeunes filles, laquelle nargue l’autre ?

All is Vanity optical illlusion Charles Allan Gilbert 1892

All is Vanity optical illusion Charles Allan Gilbert  1892

Autre exemple d’un miroir qui, très astucieusement,  transforme la coquette en squelette.


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James Ensor-Miroir au squelette 1890 Collection privee

Miroir au squelette
James Ensor, 1890, Collection privée

Au milieu de tous ces masques et de toutes ces expressions grotesques, le miroir est le seul à montrer la Vérité et la seule expression qui convienne : la tristesse.


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Miroir au squelette
Gustave Adolf Mossa, Collection privée

Vidée de toute couleur, cette femme à la toilette semble plus médusée qu’effrayée par la coquetterie du squelette, tandis que le papier-peint les enserre  de ses volutes violines, et que les fleurs rougeoyantes du  dossier absorbent tout ce qui reste de vie.


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Jamais durable (never lasting),
Yuumei, vers 2010

Le baiser à sa propre mort cumule les thèmes de la vie éphémère, de la coquetterie fatale et de l’introspection effrayante.


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Toilette - Frau vor dem Spiegel Ernst Ludwig Kirchner, 1913, Centre PompidouLa toilette – Femme au miroir (Toilette – Frau vor dem Spiegel)
Ernst Ludwig Kirchner, 1913, Centre Pompidou, Paris

Le miroir renvoie une image de la mélancolie (la main sur la joue) à la jeune femme qui se fait belle : réinterprétation expressionniste de la Vanité au miroir, mais aussi portait psychologique : car la modèle est la compagne de Kirchner, Erna Schilling, une danseuse que le peintre décrit dans  son journal intime comme une fille attirante, mais triste.


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Brochure de propagande US, 1944-45

Courtesy  http://ww2propaganda.eu/sell1.htm

Terminons par cette double transfiguration quelque peu déconcertante (la pinup en soldat, le beau gosse en squelette qui l’étrangle).

Elle illustre en fait une petite histoire moralisante, dont voici la substance :

Pendant que John est au front, Joan (la pinup) se prépare pour sortir avec Bob (le beau gosse), un ami du couple. Heureusement, en ouvrant les yeux après un long baiser, le miroir lui montre « John ! John  dans les bras d’une autre ! Dans les bras de la Mort !
Mais non, ce n’était pas John embrassé par la Mort… c’était VOUS, et ce n’était pas Joan qui regardait dans le miroir, mais votre FEMME.
Joan est toujours seule. Ainsi que tous les millions de femmes et de filles. Car la guerre continue. »

Voir la suite dans Le miroir transformant 3 : hallucination, transgression

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