1.1 Un point de méthode

Melencolia I

Dürer, 1514

Durer Melecolia I 1514

Désordre organisé ou ordre désorganisé ? La surabondance d’objets déconcerte et aiguillonne l’intuition. Saturé d’informations, notre regard se fait inquisiteur et suspecte une histoire sous le brouillage.

Les objets majeurs que sont le carré magique, la sphère et le polyèdre  exigeront chacun une étude détaillée.

Les autres, posés à des emplacements secondaires, semblent servir de bouche-trous. Souvent, on les passe sous silence dans les analyses : soit parce qu’il sont trop banals (marteau, tenaille), soit parce qu’on ne les reconnait plus (l’encrier, l’équerre).


Si l’on cherche à classifier cette profusion d’après l’emplacement, trois  groupes semblent se dégager :

  • les outils posés en désordre sur le sol (tenaille, marteau, scie, rabot, clous). Auxquels il faut ajouter les instruments de tracé (compas, équerre, règle, encrier)  qui se trouvent répartis un peu partout ; ainsi que le creuset, posé sur la margelle ;
  • les instruments suspendus au mur, chacun accroché à  son piton (balance, sablier, cadran solaire, cloche) ;
  • les deux objets attachés au corps même de Melencolia (les bourses, les clés).

Faut-il aussi regrouper les objets d’après leur utilisation pratique ? Des couples se dégagent rapidement :

  • le rabot va avec l’équerre pour dresser une planche,la scie avec la règle pour la découper ;l’encrier va avec le livre,
  • le creuset avec les pincettes ;
  • à la rigueur, les bourses complètent la balance en lui donnant quelque chose à peser ;
  • la cloche complète le sablier en sonnant l’heure qu’il nous donne.

 

Mais aux clous, faut-il associer le marteau, les tenailles ou les deux ? Enfin, un objet reste solitaire : le trousseau de clés n’a pas trouvé de serrures.


Ou bien faut-il associer les objets selon leur signification symbolique ? Aucun n’est neutre pour notre imaginaire, tous sont porteurs d’un riche champ de force. Il nous manque le mode d’emploi, le guide de lecture qui nous éviterait  de nous perdre dans leurs innombrables résonances.

La situation dans laquelle Dürer place le spectateur est somme toute  plus inconfortable que celle du policier devant une scène de crime. Ici, il ne s’agit pas de faire parler les indices :

il s’agit de les faire taire, de limiter le bavardage infini de tous à propos de tout.

Et pire, nous ne savons même pas si un crime a vraiment eu lieu, s’il y a réellement une histoire à élucider : tout ce désordre n’est peut être, en définitive, que du désordre.

Avant de nous livrer aux jeux et périls des interprétations, nous allons profiter de la précision graphique exceptionnelle de Dürer pour extorquer à ces objets, souvent négligés, quelques vérités factuelles. [1]

Références :

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