4 Le bouc au Paradis

La gravure de Dürer a eu un grand retentissement, et a influencé pour longtemps l’iconographie de la Chute. Plusieurs successeurs, admirateurs ou imitateurs du maître de Nuremberg ont repris l’idée du bouc au Paradis, avec des significations variables…

Adam and Eve

1509, Lucas Cranach Le Vieux

1509_Adam_Eve_Cranach

Commençons par une gravure de Cranach, cinq ans à peine après celle de Dürer. Bien qu’elle ne contienne qu’une chèvre à peine visible, elle constitue un développement intéressant sur la symbolique des bêtes à cornes.

Pour lire la composition, traçons la diagonale qui passe par le sexe d’Eve et la pomme qu’Adam se prépare à manger.


Côté Adam

Dans le triangle de gauche s’étagent cinq animaux virils : un lion, puis quatre cerfs aux bois impressionnants.  Dans la paix du Paradis, les proies ne craignent pas le prédateur.

Côté Eve

1509_Adam_Eve_Cranach_detail

Dans le triangle de droite, les animaux s’entassent. De bas en haut   un jeune cerf ,  un bélier et une brebis, une chèvre dont on ne voit que la tête, une biche tachetée, un cheval et tout au fond un porc ou un sanglier hirsute. Dans la paix du Paradis, les animaux sauvages se mélangent aux domestiques.

Les cheveux d’Eve

Du côté droit  de l’arbre, les boucles foisonnent : la toison d’Eve se confond avec celle des animaux, comme si les boucles du serpent, tombées de l’arbre dans la chevelure, étaient en train de contaminer tous les habitants du jardin d’Eden.


Les cornes d’Adam

Du côté gauche de l’arbre, ce sont les pointes qui prolifèrent, courbées vers le haut, en écho au bras gauche d’Eve qui se  tend vers le fruit défendu : ainsi Adam se trouve-t-il encagé entre toutes ces pointes qui le menacent, et le bras droit d’Eve qui se pose sur son épaule.

1509_Adam_Eve_Cranach_Pointes

D’un côté un excès de poils, de l’autre un excès de cornes  : formellement, la gravure semble sous-entendre que la Chute est la conséquence d’une féminité débordante, et que l’Expulsion  s’apparente à un retournement de virilité, des bêtes contre l’Homme.

 

Le paradis terrestre

1573, Bassan, Galerie Doria Pamphili, Rome

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Ici, nous n’avons plus que des animaux domestiques : un coq, un lapin , trois agneaux, une chèvre ou un bouc  noir, un paon, et aucun serpent dans le décor. Ce paradis n’est-il pour autant qu’une paisible basse-cour ?

A droite le paon, symbole de la vanité féminine, se dresse sur un tronc  coupé : mauvais présage.  Ne peut-on  voir dans le coq, à côté des trois moutons immaculés  une allusion au triple reniement du  Christ ? Et avec un rien de mauvais esprit, le lapin et le bouc tête-bêche, de part et d’autre des trois innocents, n’évoquent-ils pas les deux sexualités, de la femme et de l’homme ?

Quoiqu’il en soit, de lourds nuages noirs s’amoncellent au dessus des oiseaux du Paradis.

La Chute

1583 Jan Sadeler

gravure d’après Crispin van den Broeck
Seconde édition, Theatrum Biblicum  publié par Claes Jan Visscher (Amsterdam, 1643)

1585_La Chute_Sadeler_J_Broeck

La légende en bas de la gravure paraphrase la Genèse : « Remplis de peur à la voix courroucée du Père, ils s’enfuirent, chacun reconnaissant sa faute » (Ad patris irati uocem formidine capti Aufugiunt; culpam noscit uterq suam. Genes. c.3. v.9).

Les deux halos

Les deux cercles rayonnants, marqué au centre par le tétragramme « Yahweh »,  matérialisent la présence divine. La première édition de la gravure plus explicite,  montrait  Dieu le Père en personne à l’emplacement des deux cercles (publiée  par Gerard de Jode dans  Thesaurus Sacrum Historiam Veteris Testamenti, Anvers, 1583)

Il faut lire d’abord le texte du cercle de droite « Adam où es-tu ? (Adam ubi es ?) » puis  celui de gauche,  : « Dieu leur fit des tuniques de peau  (Deus fecit ipsis tunicas pelliceas) ».

Première conséquence de la Chute

C’est le sujet principal de la gravure :  la honte de la nudité oblige désormais les humains à se vêtir de peaux de bêtes.

Deuxième conséquence

Maudit à tout jamais par Dieu, le serpent s’est évanoui, en laissant comme trace de sa fuite le lierre enroulé autour de l’arbre.

Troisième conséquence

Troisième conséquence, plus subtile : tous les animaux ont déserté le jardin sauf un bouc et un ours, représentant respectivement les domestiques et les sauvages, que sépare désormais une fracture dans le sol.

Ces deux représentants du règne animal n’ont pas été choisis au hasard : peau de bouc ou peau d’ours, tels sont les ersatz puants dont l’humanité devra désormais se contenter, à la place des feuilles de vigne.

Quatrième conséquence

Pour se racheter du Péché Originel, l’Homme devra désormais faire des sacrifices à Dieu. Voilà pourquoi le bouc-émissaire se profile devant le cercle de flammes, image du brasier des sacrifices ; tandis que sous l’autre halo, en pendant,  gît à terre le fruit défendu, abandonné  par les fautifs.

Le bouc luxurieux

 

Mais le bouc n’est pas qu’un animal sacrificiel : c’est surtout, comme le dit Horace, un animal «libidinosus», digne de figurer avantageusement au premier plan  d’une allégorie  de la Luxure .

1590_Martin de Voos Luxure

La Luxure
Vers 1590, d’après Martin de Voos, série « Les sept vices ou péchés capitaux »

Plus discrètement, pour évoquer le même vice, Golzius se contente d’un cerf et d’un bouc emblasonnés, au dessus  d’une strip-teaseuse.

1592_Goltzius La Luxure

 La Luxure
1592 ,  Goltzius, série « Les sept vices ou péchés capitaux »

La chute de l’Homme

1597, Goltzius, gravure

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Cinq ans plus tard, Goltzius se livre à un remake remarquable de la gravure de Dürer (voir La Chute de l’Homme ). Il conserve le perroquet, mais en le déplaçant sur le côté droit de la gravure. Le chat, au premier plan et au milieu est une copie conforme. Mais le couple chat-souris, qui illustrait la relation prédateur-proie , est remplacé par un couple chat-chien qui insiste plutôt sur l’antagonisme entre Adam et Eve : celle-ci fourbe et caressante, celui-là fidèle mais faible.


Le bouc

Quant au bouc, il est descendu de son rocher et a pris au premier plan à droite une place conséquente.  Bouc luxurieux, comme dans la gravure de 1592 ? Ce serait quelque peu irrévérencieux pour une scène de l’Histoire Sainte. Bouc satanique ? Dans ce rôle nous avons déjà le serpent à pattes et à tête de femme.  Bouc-émissaire ? Rien ne le corrobore. Goltzius devait avoir une autre idée derrière la tête…

Les deux couples

Première remarque : une brebis courbe la tête tristement, juste à côté de celle du bouc. Deuxième remarque :  Adam et Eve ne sont pas assis sur le rocher, mais sur une fourrure  : déjà  la peau de bête les unit, avant de les envelopper…

Golzius développe et éclaircit ce que Dürer avait simplement suggéré : le bouc solitaire – qui préfigurait la condition humaine après la chute, est remplacé par le couple bouc/brebis, qui illustre ce qui  va arriver incessamment à nos arrières grands-parents :  faire l’amour dans la honte et dans la peau des bêtes.

La chute de l’Homme

1616, Goltzius, National Gallery, Washington

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Bouc et chèvre

Vingt ans plus tard, Goltzius reprendra la même idée, cette fois en peinture. La chèvre au second plan attend  la bestialisation annoncée en mâchonnant une branchette, tandis que son bouc la lorgne.

Adam et Eve

Chacun prend un fruit de sa main droite, et pose sa main gauche sur la peau de l’autre : la pomme n’est qu’une métaphore de la chair, et la connaissance du Bien et du Mal n’est qu’une métaphore de celle du rapport charnel.

Bien plus que le couple caprin, c’est véritablement le couple de nus voluptueux qui tire le tableau dans le sens de la Luxure.

Le chat sévère

Mais comment justifier le chat, en l’absence de souris ou de chien ? Remarquons que sa qualité d’animal domestique et sa position au tout premier plan en font une sorte d‘objet-limite, tout prêt à quitter l’espace du tableau pour bondir dans celui du spectateur…

Si le couple bouc et chèvre illustre le futur immédiat d’Adam et Eve,  le chat célibataire ne peut correspondre qu’au troisième personnage de l’histoire, le  serpent à la chevelure blonde. De même que celui-ci observe ses proies, de même le chat nous tient à l’oeil , nous, les descendants dans notre lointain futur, toujours prêts à faire des bêtises…

1616_ Golzius_ LOTH ET SES FILLES_Rijkmuseum

Loth et ses filles
1616, Hendrik Goltzius, Rijkmuseum Amsterdam

Il est amusant de remarquer que, la même année, Golzius réutilisera les postures d’Eve et d’Adam, en féminisant ce dernier,  dans un autre tableau de nus (à moins que ce ne soit l’inverse).

Un renard à l’arrière plan illustre la fourberie des filles de Loth occupées à saouler leur père. Le  petit chien au premier plan, la patte posée sur un caillou, mime la posture de Loth : manière de nous faire comprendre que celui-ci n’est qu’un toutou soumis aux caprices de ses filles.

Le jardin d’Eden

1616, Brueghel le Vieux et Rubens, Mauritshuis, La Haye

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Une parade animale

La même année 1616, un Jardin d’Eden particulièrement séduisant nous fait regretter d’en avoir été bannis. A titre de révision générale, nous allons retrouver tous les animaux qui nous ont déjà été présentés en compagnie d’Adam et d’Eve. Ceux de Dürer : perroquets,   cerfs, boeuf, lapin, chat et  souris (en l’espèce un couple de cochons d’Inde au premier plan, espèce nouvellement arrivée en Europe). Plus ceux de Cranach : cheval et cochon. Plus ceux de Bassan : coq et  paon.

Une logique ludique

 A l’inverse de la composition  de Dürer, structurée par la théorie des Tempéraments, le seul principe qui règne ici semble être celui de la fantaisie et de la variété : le spectateur est incité à explorer le tableau dans tous les sens pour  un jeu d’appariement. Car la plupart des animaux vont par couples, comme pour monter dans l’arche, mais pas tous.  Ainsi le spectateur déçu et ravi va-t-il  chercher vainement une second bovin ou une seconde autruche, puis trouver trois chiens.

Les deux chats

1616_Jan-Brueghel-the-Elder-and-Peter_Paul_Rubens-Garden-of-Eden_detail chat

Le premier, minuscule,  se frotte langoureusement derrière le pied d’Eve ; l’autre est perché dans le second arbre à l’arrière-plan. Rien ne distingue les deux arbres, qui regorgent pareillement de fruits et d’oiseaux exotiques, sauf la présence du serpent sur l’Arbre du Bien et du Mal, et du chat sur l’Arbre de Vie.

Malgré leurs queues serpentines, les deux chats apparaissent donc ici comme des animaux sympathiques : l’un signale l’arbre autorisé, l’autre tente  de détourner l’attention d’Eve en caressant son talon, antithèse du serpent qui mord.

Du chat au bouc

1616_Jan-Brueghel-the-Elder-and-Peter_Paul_Rubens-Garden-of-Eden_detail chevre

Le chat perché a été repéré par une chèvre qui se dresse contre le tronc. Indifférent au chat, le bouc regarde ailleurs.

Un trio d’imitateurs

Le trio d’animaux qui se forme autour du second arbre – chèvre bouc et chat, imite le trio des personnages principaux groupés autour du premier arbre : Adam Eve et le serpent.

Dans une oeuvre aussi foisonnante le fait que le chat, le bouc et la chèvre se regroupent autour du second arbre peut sembler pure coïncidence.

Une logique de projection


Cependant, si nous traçons une ligne entre le serpent et son correspondant dans le second arbre, le chat, on découvre qu’aux perroquets du premier arbre correspond un perroquet dans le second.

De même, en traçant une ligne entre le couple humain et le couple caprin, on retrouve deux autres correspondances, entre chevaux et cerfs. Et peut être le lion célibataire, au pied du second tronc, est-il l’écho humoristique de l’écureuil craintif tapi au pied du premier.

Il n’est sans doute pas fortuit que nous retrouvions, dissimulé au coeur de ce tableau surpeuplé, le même sextuor que dans la Chute de Goltzius réalisée la même année. Bien que les tonalités des deux oeuvres soient presque antagonistes –  splendeur et luxuriance de la Nature pour l’un, luxure et châtiment de l’Homme pour l’autre – le trio chat/bouc/chèvre  apparaît bien comme un clin d’oeil de Rubens à Golztuis – ou de Golzius à Rubens.

Chez le vieux Goltzius (58 ans en 1616, il va mourir l’année d’après), ces animaux illustraient  la triste  condition des descendants d’Adam et Eve :  faire l’amour dans les poils et le suin, sous l’oeil sévère d’un matou.

Chez Rubens le bon vivant (39 ans en 1616), ils montrent que nos aieux auraient mieux  fait de faire comme les chèvres : ne pas essayer de grimper sur les arbres, et rester à bonne distance du serpent.

Adam and Eve

vers 1625, Cornelis Corneliszoon van Haarlem, Collection privée

 

Vingt ans plus tard, un collègue qui avait bien connu Goltzius ne se fatiguera pas trop les méninges pour produire des Adam et Eve en série. Dans cette version, Cornelis s’est contenté de recopier le coin en bas à droite de la gravure de Goltzius.

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Plus quelques détails-chocs : le singe, le squelette et le seins du serpent.

 

Adam and Eve

1625, Cornelis Corneliszoon van Haarlem Van Haarlem, Quimper

 

Ici c’est du coin en bas à gauche  qu’il s’est inspiré, en portraiturant sans doute son propre chien, plus une tête de chat peu convaincante.

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La chute de l’Homme

1592, Cornelis Corneliszoon van Haarlem, Rijksmuseum, Amsterdam

 

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Cependant, ne nous moquons pas de ces facilités de fin de carrière : car Cornelis avait produit dès 1592, cinq ans avant la gravure de Gotzius, une Chute très ambitieuse et très remarquée, à l’évidente inspiration dürérienne.

On y trouve déjà  le chien, le chat (embrassé par un singe en signe de parfaite harmonie), le bouc et la chèvre. Plus de nombreuse autres bestioles volantes ou rampantes telles que chouette, crapaud, limace, hérisson, porc-épic . Plus un énorme lion dissimulé dans l’ombre.

Plus Dieu le Père en forme de nuage, à gauche. Et Satan sous forme d’une sorte de dragon indistinct, à droite.

Plus au beau milieu un détail que Dürer n’avait pas osé : une déchirure de l’écorce qui unit une queue et deux pommes… Evocation de l’accouchement dans la douleur pour les esprits simples, ou d’une autre opportunité pour les mauvais esprits.

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Adam and Eve

1622, Cornelis Corneliszoon van Haarlem, Hamburger Kunsthalle, Hamburg

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Nous conclurons ce panorama des boucs au Paradis avec une oeuvre de la fin de carrière de Cornelis,  moins tape-à l’oeil mais plus énigmatique. Car en tant que spécialiste reconnu du Paradis, Cornelis n’a certainement pas choisi au hasard les quatre animaux qui y figurent. Et tous ont des symboliques complexes.

 

Aparté sur la chouette
Dans le monde antique, c’est le symbole de la sagesse. Elle est liée à la déesse Athéna,  pour sa capacité à voir dans les ténèbres (de la nuit pour l’oiseau et de l’ignorance pour la déesse).

Au Moyen Âge, elle devient un symbole négatif, associé à la rouerie ou  à la tromperie, puisqu’elle  profite de sa vision nocturne pour chasser des proies aveugles. On pense aussi qu’elle annonce la mort, et on la cloue volontiers sur les portes pour conjurer le mauvais sort.


Aparté sur le pigeon
Dans le monde antique, la colombe blanche est l’emblème de Vénus.

Dans le monde chrétien, la colombe blanche est celui du Saint Esprit, messager de Dieu.

Lorsqu’il n’est pas blanc, le pigeon garde la même ambivalence : tantôt on met en avant son côté lubrique, tantôt son coté fidèle.


Aparté sur le crapaud
Enfin un animal  franchement négatif !  Associé à la sorcellerie, aux maléfices et à la laideur, il entrait dans la composition des philtres et était utilisé dans des rituels magiques.

Au Moyen Âge, le crapaud représente le péché de la Luxure : c’est pourquoi on le représente souvent abouché aux parties génitales des cadavres (voir Le Polyptyque de Strasbourg )

Selon une ancienne tradition (reprise dans le Paradis Perdu de Milton), Satan aurait pris la forme d’un crapaud pour venir instiller son venin dans l’oreille d’Ève


1622-Adam-Eve-Cornelisz-van-Haarlem

Lecture verticale

Revenons à la devinette de Cornelis et tentons une lecture verticale : en haut, deux oiseaux perchés dont le symbolisme sexuel est ambivalent (négatif ou positif) ; en bas deux quadrupèdes franchement négatifs.

Ainsi la lecture de haut en bas correspond au passage du Ciel à la Terre, et de l’ambivalence amoureuse des oiseaux sacrés, à la luxure clairement affirmée : autrement dit à la Chute ?

Lecture horizontale

Les quatre animaux invitent aussi à une lecture  horizontale :  car les deux de droite sont des animaux nocturnes et les deux de gauche des animaux diurnes.

Autre différence plus subtile : tandis que les animaux de droite sont des créatures impures, le bouc et le pigeon font partie des rares animaux qui, d’après la Bible, peuvent  être offerts en sacrifice à Dieu :   Et Yahweh lui dit:  » Prends une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et un jeune pigeon. «  Genèse 15,9

L’interprétation biblique

Nous voici en mesure de proposer une interprétation biblique  :

  • Eve avant la Chute avait le choix entre Sagesse et Obscurité (la chouette) ; après la Chute, il ne lui reste que la Luxure (le crapaud)
  • De même Adam avait le choix entre le respect de la Parole Divine ou l’obéissance à sa compagne (pigeon-messager ou pigeon fidèle) : la Chute ne lui laisse que le côté lubrique  (le Bouc).

Tandis que la Chute place la Femme résolument du côté de la Nuit et des animaux impurs, l’Homme reste du côté du Jour et des animaux sacrificiels.

Une interpétation trop raffinée ?

L’interprétation biblique fonctionne, mais garde un côté insatisfaisant s’agissant  de Cornelis. Car ce n’est pas un peintre compliqué, ni un théologien raffiné. Ses autres oeuvres font montre d’un maniement plutôt basique des symboles, et ses innovations iconographiques, dans sa célèbre « Chute » de 1592, sont plutôt du genre tape-à-l’oeil (Dieu en forme de nuage, la déchirure de l’écorce) ou anecdotiques (limaces hérisson…). Une chouette et deux crapauds y figurent d’ailleurs déjà sans signification particulière.

L’interprétation durérienne

Souvenons-nous que Cornelis connaissait parfaitement la Chute de Dürer : en 1592, il admire sa science anatomique, et recopie trait pour trait celles d’Adam et Eve.

En 1622, plus âgé et plus philosophe, il s’intéresse maintenant à l’arrière-plan intellectuel, la théorie des Quatre Tempéraments. Et pour éviter le plagiat, il  transpose en quatre bestioles de son propre répertoire animalier,  les quatre animaux éponymes de Dürer :

  • le bouc qui n’en fait qu’à sa tête incarne le  Colérique (à la place du chat)
  • le pigeon en état permanent de surchauffe amoureuse incarne le Sanguin (à la place du lapin)
  • la chouette  triste et ténébreuse le Mélancolique  (à la place du cerf)
  • le crapaud lent et aquatique le Flegmatique ( à la place du boeuf)

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