Boilly

1 Les pendants de Boilly : Ancien Régime et Révolution

11 décembre 2019

Dans l’oeuvre prolifique de Boilly, (4500 portraits et cinq cents scènes de genre), on trouve une quarantaine de pendants. Je les ai présentés autant que possible par ordre chronologique, à partir du catalogue de référence [1].

L’ensemble est intéressant sur la durée, puisque la longue carrière de Boilly (1761-1845) commence sous l’Ancien Régime, traverse la Révolution, fleurit sous l’Empire et s’étiole sous la Restauration.



Dans le style hollandais

Boilly Le jeune commissionnaire et la cuisiniere Coll priv
Le jeune commissionnaire et la cuisinière
Boilly Vieillard presentant un melon a une fruitiere Coll priv
Vieillard présentant un melon à une fruitière

Boilly, date inconnue, Collection privée

Un jeune couple se rapproche autour de deux cerises, que la jeune fille tient par la queue tout en touchant délicatement l’index tendu du garçon.

Un couple âgé est séparée par une table sur lequel un couple d’oiseaux morts est posé : tenant en main un poireau étique, la vieille désigne du doigt son compagnon, lequel montre d’un oeil entendu un melon largement ouvert : ainsi chacun se moque du sexe déficient de l’autre.

Mêlant les métaphores galantes du XVIIIème siècle au vocabulaire spécifique de Boilly (sur le melon, voir Surprises et sous-entendus), ce pendant, qui n’est bienséant qu’en apparence, est construit sur des symétries rigoureuses : centre fermé/centre ouvert ; jeunesse et vieillesse ; femme debout/femme assise ; homme assis/homme debout ; légumes en haut sur le baril ; légumes en bas sur la panier.

Le vêtement strictement identique de la jeune et de la vieille femme laisse entendre qu’il s’agit de la même personne : le sujet du pendant est donc le début et la fin de la vie amoureuse.



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Boilly 1787 D1 La lettre Collection Bemberg Toulouse
La lettre
Boilly 1787 D1 Le cadeau delicat Collection Bemberg Toulouse
Le cadeau délicat

Boilly, vers 1787, Collection Bemberg, Toulouse

Boilly transpose, en costumes modernes, l’esprit et la technique des peintres hollandais du XVIIème siècle : on croirait voir un pendant épistolaire à la Ter Borch (voir 1.1 Diptyques épistolaires : les précurseurs). Si les décors se répondent (porte ouverte, paravent), les sujets sont loin d’être symétriques : à gauche un couple, à droite un trio. Et la même jeune femme (à en juger par sa robe) est montrée en situation d' »envoi » :

Boilly 1787 D1 La lettre Collection Bemberg Toulouse detail
Boilly 1787 D1 Le cadeau delicat Collection Bemberg Toulouse detail
  • à gauche elle écrit une lettre en présence d’un homme souriant qui tient une fleur à la main ;
  • à droite elle vient apporter à domicile un médaillon la représentant, à l’insu de l’homme qui lit une lettre ; son chaperon regarde peureusement dans l’escalier et tente de retenir sa main : sans doute par crainte que quelqu’un ne voit cette visite compromettante et parce que le don est par trop audacieux.


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La logique du pendant (SCOOP!)

Boilly 1787 D1 La lettre Collection Bemberg Toulouse homme
Boilly 1787 D1 Le cadeau delicat Collection Bemberg Toulouse homme

 

L’astuce du pendant est qu’en nous montrant la même femme, Boilly nous pousse à imaginer toute une histoire romanesque : quel rôle jouent par rapport à elle ces deux hommes d’âge et de condition différents (un jeune gandin à la mode et un monsieur dans sa bibliothèque) ? ; et pourquoi sa compagne est-elle effrayée ?

Je pense quant à moi que les deux scènes doivent être lues, non comme deux moments d’un même histoire, mais comme deux variantes d’une même situation.

Cela pourrait-être l’Agréable cadeau : un jeune homme offre une fleur, une jeune femme offre une image d’elle-même.

Mais il est plus satisfaisant de considérer la chose du point de vue du scripteur :

  • il faut comprendre que le jeune homme est entré à l’insu de l’épistolière, et vient de la chatouiller avec sa rose : elle lève la tête avec surprise, tandis que celui à qui elle a écrit tant de lettres vient de se matérialiser dans son dos ;
  • l’homme mûr est lui-aussi en train d’écrire quand la jeune femme, échappant à toute prudence, vient « se livrer à lui » (pour l’instant sous forme d’image).

Le sujet du pendant est donc « L’agréable surprise ».



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http://collections.lesartsdecoratifs.fr/le-cadeau-delicatLe conseil maternel LOUVRE RF 1961.19) http://collections.lesartsdecoratifs.fr/le-conseil-maternelLe cadeau délicat (LOUVRE RF 1961.18)t 

Boilly, 1787, Musée des Arts Décoratifs, Paris

Ce pendant illustre une spécialité de Boilly à cette époque : l' »imitation de l’estampe » par des peintures en grisaille.

On reconnaît Le cadeau délicat, apparié ici à un tout autre sujet : une jeune fille éplorée, qui lisait près du poêle, a laissé tomber son roman ou son journal intime, et la porte ouverte laisse voir une lettre qui brûle. Sa mère la met en garde contre l’amour hors du mariage, comme l’indique le cartel sous la statue :

Vois le perfide Amour étouffant son flambeau
Quand l’Hymen de ses yeux enlève le bandeau


La logique du pendant (SCOOP ! )

Ici la logique du pendant est clairement binaire :

  • dans le premier tableau, la jeune fille, morigénée par sa mère, montre son inexpérience amoureuse ;
  • dans le second, elle montre au contraire un esprit de décision, en se rendant chez son amant pour lui donner un portrait d’elle, sans se laisser dissuader par son chaperon.

Sous les apparences d’un pendant narratif (le jeune fille échappe à sa mère pour se rendre chez son amant), il s’agit en fait d’un pendant thématique, opposant les incertitudes des aventures aux certitudes de l’Amour.


La période Calvet de Lapalun


Boilly 1792 Les Conseils Maternels Coll privee
Les conseils maternels (N°10), Collection privée
Boilly 1792 L'Amant constant Coll privee
L’amant constant (N°18), localisation inconnue

Boilly, 1791

Le sujet du Conseil Maternel n’est pas une invention de Bailly : il provient de cet autre pendant, où il est apparié selon une logique très similaire : opposer les amourettes purement physiques, qui n’amènent que pleurs et grincements de dents, à une cour sérieuse, menée avec persévérance dans les règles de la courtoisie.

Les deux toiles ont été commandées par un aristocrate avignonnais, Calvet de Lapalun. Un texte du commanditaire, « Sujets pour des tableaux », décrit précisément les deux sujets au N° 10 et 18.


Les conseils maternels

Dans sa description N°10, « deux amies moralisant sur les mariages d’amourette », Calvet de Lapalun avait prévu une mère expliquant à sa fille la signification du groupe sculpté, à savoir « la folie des mariages d’amourettes et les dangers que l’on court lorsque l’on n’a en vue en se mariant que de satisfaire une passion ».



Boilly 1792 Les Conseils Maternels Coll privee detail

Le thème, y compris le groupe sculpté, n’a donc pas été inventé par Bailly, mais par son patron.



Boilly 1792 Les Conseils Maternels Coll privee detail amoureux

Il lui a laissé rajouter l’amant repoussé, convié à prendre la porte malgré sa mine désespérée (remplacé dans la réplique en grisaille par le carnet jeté par terre). Mais il a tenu à faire inscrire au dos une tableau une réserve quant au texte :

« au lieu de vers on voulait que le peintre mit simplement / L’hymen ote à l’amour son bandeau. / Danger des marriages d’amourette./ Inventé par M. de Calvet la Palun peint par Louis Boilly 1791 ou leçon d’un mère a sa fille »


L’amant constant ( N°18 )

Dans « Sujets pour des tableaux », cette oeuvre n’est pas consécutive à la précédente, et il n’est pas indiqué qu’elle en soit le pendant. Néanmoins la composition est identique : une figure d’autorité (homme ou mère) désigne à une jeune fille une statue allégorique.

Le tableau est très fidèle à la description : l’homme montre ce qui est inscrit sur le piédestal : « avec le tems », tandis que le Cupidon en statue commence à percer le rocher avec sa flèche. Le message à comprendre est que « l’amour avec de la constance rend sensibles les coeurs les plus durs« .

Pour le geste de la jeune fille, Calvet de Lapalun laissait le choix entre deux options:

  • une noble : « air dédaigneux, tournant un peu la tête et ayant les deux bras dans l’attitude d’une personne qui repousse ce qu’on lui propose » ;
  • une gaie : « avec un air riant et folâtre, (elle) frotte l’index de sa main gauche, avec celui de la droite. Elle a l’air de répondre au jeune homme : même avec le tems vous ne m’aurez pas ».

Sans surprise, Boilly a choisi la version « gaie », l’index barré signifiant à l’époque, de manière assez crue : « vas te faire voir, tu n’y toucheras pas ». A noter au premier plan le chien couché sur le tabouret, qui signifie peu pu prou  « La Fidélité vaincra ».

Ainsi l’amant constant venge, par sa patience, l’amant repoussé du premier tableau.


Danloux Ah Si je te tenois 1784. gravure de BeljambeAh Si je te tenois
Danloux Je t'en ratisse 1784. gravure de Beljambe
Je t’en ratisse

Danloux, 1784, gravure de Beljambe

L’idée des gestes opposés sort peut être de ce pendant de Danloux, l‘index étant une métaphore virile transparente (d’autant plus qu’il est associé au bâton).



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Boilly 1791 ca Prends ce biscuit coll priv
Prends ce biscuit
 
Boilly 1791 ca Nous etions deux nous voila trois coll privee
Nous étions deux nous voilà trois

Boilly, vers 1791, Collection privée [2]

Dans cet autre pendant plus trivial, Boilly a recyclé le décor imaginé par Calbet de Lapalun : le groupe sculpté, qui représente maintenant Bacchus revigorant Cupidon avec une coupe de vin, commente le geste de la jeune femme envers son amoureux flapi. Sur le socle est inscrit : « Vive Bacchus ! L’amour repousse ».

Le second tableau  inverse les positions : c’est la femme qui est est fourbue et l’homme,debout, qui lui présente ce qui résulte du biscuit.



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Boilly 1789 La-visite-recue Musee Sandelin Saint Omer
La visite reçue,Musée Sandelin, Saint Omer 
Boilly 1789 La-visite-rendue Wallace Collection
La visite rendue,Wallace Collection, Londres 

Boilly, 1789

Ces deux toiles constituent les N° 1 et 2 du « Rôle des tableaux de Boilly », la liste des oeuvres effectivement possédées par Calvet de Lapalun, distincte des dix neufs projets décrits en détail dans « Sujets pour des tableaux ». Le Rôle précise que la première toile appartenait à un ami de Calvet, Alexandre de Tulle, qui le lui avait offert ; et que la seconde a été « inventée par Mr de Tulle ». L’absence de toute description  fait que le sujet du pendant reste encore en grande partie énigmatique.


La visite rendue

Boilly 1789 La-visite-rendue Wallace Collection
La visite rendue
Boilly 1787 D1 Le cadeau delicat Collection Bemberg Toulouse inverse
Le cadeau délicat (inversé)

On reconnait dans cette seconde toile, en format rectangulaire, et inversé, la composition du « Cadeau délicat », réalisé deux ans plus tôt par Boilly. Les inventions d’Alexandre de Tulle sont des différences en apparence mineures, mais qui modifient le sens général :

  • la jeune femme ne tient plus de médaillon, mais ses gants ; elle ne porte plus de chapeau ;
  • sa compagne n’est plus effrayée, et tient une ombrelle ;
  • le chapeau sur le fauteuil n’est plus un haut de forme, mais un bicorne excentrique (qui préfigure ceux que porteront les Incroyables quelques années plus tard);
  • l’homme n’est plus de dos, mais il se retourne en souriant ;
  • un portrait ovale de femme est accroché au dessus du secrétaire.


La visite reçue

Boilly 1789 La-visite-rendue Wallace Collection
La visite reçue
Boilly 1787 D1 La lettre Collection Bemberg Toulouse
La lettre

La composition se rapproche de « La lettre », dans le pendant de 1787 que nous avions baptisé « L’agréable surprise », mais en plus complexe, car elle se compose en fait de deux scènes simultanées.



Boilly 1789 La-visite-recue Musee Sandelin Saint Omer eclairci detail

Dans la moitié gauche, le souper est servi dans un logement en désordre : la boîte en carton est posée par terre, on a jeté sur le fauteuil une miche de pain, puis une cape, et une guitare par dessus. Un tableau est retourné contre un meuble. La carafe est vide, et la serviette posée dans l’assiette : on n’a pas commencé à souper.



Boilly 1789 La-visite-recue Musee Sandelin Saint Omer eclairci droite

La moitié droite du tableau est tout aussi énigmatique : un jeune messager vient d’amener (ou va prendre) une lettre adressée à « Un Mons<ieur> »..que le jeune femme tient dans la main gauche, en faisant de la droite un geste d’arrêt (à moins qu’elle ne vienne de tourner la clé). S’agit-il d’empêcher le messager de voir l’officier, ou l’officier de voir le messager ?


Un sujet délibérément ambigu

Les habits identiques de la jeune femme, ainsi que le titre, suggèrent que la visitée et la visiteuse sont une seule et même personne. Ainsi se met en route une mécanique interprétative entre deux scènes que rien de tangible ne relie, exercice d’imagination qui est sans doute l’effet même recherché par ce pendant.

Car le titre « La visite reçue » est volontairement ambigu : désigne-t-il celle de l’officier ? ou bien l’irruption du petit messager ? ou bien encore une autre visite, que le tableau ne montre pas ? Et en quoi la visite rendue est-elle la conséquence de la visite reçue, bien que l’officier et l’écrivain ne soient manifestement pas le même homme ? S’agit-il d’un titre ironique, suggérant que la jeune femme ne manque pas de visiteurs ?

Les possibilités narratives sont nombreuses.


La logique du pendant (SCOOP !)

Je pense que c’est A. M. de Poncheville qui a flairé la meilleure explication [3], que je vais développer ici.

La jeune fille allait souper quand l’officier est arrivé à l’improviste (cape sur la miche). Ils ont vidé la carafe en buvant dans le même verre et joué de la musique, la jeune guitariste s’asseyant sur les genoux du claveciniste (pas de chaise visible). Mais un jeune messager a interrompu le concert, probablement pour annoncer l’arrivée d’un autre visiteur. Tout en l’empêchant de voir celui qui est déjà dans la pièce, elle lui donne un billet décommandant l’importun.

Le titre « La visite reçue » a donc un bien aspect ironique, puisque l’un des visiteurs a chassé l’autre.

Nous sommes ici dans le même registre que dans « La Lettre » (sauf que l’écriture du billet n’est pas montrée ou dans « Les conseils maternels » (mais sans les pleurs) : celui des amourettes d’avant mariage, avec leur lot de complications et de coups de théâtre.

Le second tableau nous montre, comme dans « L’amant constant » ou « Le cadeau délicat », une Amour stable. La jeune femme rend visite à son futur, chez lequel elle a ses habitudes. Nous ne sommes plus au stade du médaillon échangé, mais du portrait accroché au dessus du secrétaire.

Ce tableau exposé, s’opposant au tableau retourné, symbolise bien la différence entre l’Amour déclaré et les amourettes versatiles. Nous ne sommes pas dans une histoire ne deux épisodes, mais bien dans un pendant thématique, comme les autres.


Boilly Amourettes amours stable schema

Ce schéma récapitule les relations entre ces quatre pendants qui, tout comme le groupe sculpté imaginé par Calvet, illustrent tous l’opposition entre les Amourettes (« le perfide Amour ») et l’Amour Stable (L’hymen).

Ajoutons que Boilly exposa en 1792 un autre pendant du même genre, dont il ne reste que les titres : « La pensée trouvée » et « Femme attachant un médaillon » ([4], p 37)


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Boilly 1791 ca L amant jaloux Hotel Sandelin Saint Omer

L’amant jaloux
Boilly 1791, Musée Sandelin Saint Omer

Le N°8 de la suite pour Calvet de Lapalun devait initialement illustrer un opéra comique, « Les fausses apparences ou L’amant jaloux » : derrière le paravent devait se cacher une jeune fille, ce qui ridiculisait le vieillard jaloux. Boilly adopte ici un parti moins convenable : la jeune femme a véritablement un amant et nie l’évidence malgré le souper fin et le portefeuille empli de billets doux, sa mère et sa fille faisant également barrage ; et elle a bien raison, vu l’aspect repoussant du mari qui, de rage, piétine un médaillon.

Boilly 1791 A2 Le souper interrompu Poussez fort Pasadena
Le souper interrompu (Poussez ferme !)
Boilly 1791 A2 Ah Le vieillard Jaloux Ah qu'il est sot Pasadena
Le vieillard Jaloux (Ah Ah qu’il est sot !)

Boilly, vers 1791, Norton Simon Art Foundation, Pasadena

Boilly a repris la même scène à son propre profit, dans ce pendant moins élégant qui sera ensuite gravé par Simon Petit sous les titres graveleux de « Poussez ferme ! » et « Ah Ah qu’il est sot ! ».

Susan L. Siegfried ([4], p 8) note combien Boilly adapte l’expression des convenances selon son public, transformant des allusions acceptables pour un aristocrate en détails crus appréciés par des spectateurs moins raffinés. Ainsi, dans cette version vulgaire :

  • le souper fin est constitué d’un melon ouvert (côté féminin) et d’une saucisse (côté masculin) ;
  • l’amant empoigne le goulot de la bouteille en souriant à la poitrine dénudée de sa partenaire ;
  • le vieillard jaloux bourre de coups de poings le chapeau de l’amant ;
  • la complice fait le geste des index croisés, qui moque la virilité du jaloux.


La logique du pendant (SCOOP !)

On pourrait croire à deux moments d’une scène de vaudeville (le mari légitime est retardé derrière la porte, puis il réussit à entrer tandis que l’amant se réfugie derrière le paravent) ; mais l’inversion des décors et du sein visible de la jeune femme, les couleurs différentes de la chaise renversée et du ruban dans les cheveux, indiquent que ce n’est pas le cas.

Le titre à double-sens des gravures incite à les considérer comme les métaphores de deux stades d’un processus plus anatomique : celui où l’intéressé est dans la place (« Poussez ferme ! ») et celui où il doit la quitter. Dans les deux cas, le « vieillard » symbolise ce qui peut gêner la plaisir : le manque de vigueur et l’interruption prématurée.



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Boilly 1791 ca Amante decue
L’amante déçue
Boilly 1791 ca Le vieux jaloux
Le vieillard jaloux

Boilly, vers 1791, autrefois dans la collection Paul Sohège [5]

Dans cette autre pendant, Boilly modifie Le Vieillard jaloux pour l’apparier avec une toile bien différente.

En rentrant chez elle (la cape jetée sur la table), la dame a trouvé une lettre de rupture. De rage elle piétine le portrait de l’amant et arrache son médaillon qu’elle portait au cou. Mais par la porte de droite la servante, l’esprit pratique, amène l’écritoire pour raccommoder les choses.

En rentrant chez lui, le vieux mari a trouve sa femme lisant une lettre d’amour. De rage il piétine le médaillon et laisse tomber sa canne. Mais à droite l’alcôve ouverte laisse entendre qu’une réconciliation sur l’oreiller est possible.

Là encore, il ne s’agit pas malgré les apparences d’un histoire en deux temps, mais de la mise en parallèle ironique d’une même situation : la lettre qui déclenche la colère.



Les commandes de tableaux de genre se raréfiant durant la Révolution, Boilly se lance dans toute une série de gravures alimentaires de qualité très variables, souvent vendues en pendants.

Boilly Voila ma mere nous sommes perdus gravure de Beauble
Voilà ma mère, nous sommes perdus !
Boilly Jouir par surprise n'alarme pas la pudeur gravure de Beauble
Jouir par surprise n’alarme pas la pudeur

Boilly, date inconnue, gravures de Beaublé

Dans ces deux scènes très convenues, l’effet comique tient à la figure qui apparaît à l’arrière plan, par la porte ou le rideau :

  • la vieille mère interrompt les ébats à peine amorcés sur la chaise (le corsage pend mais le lit n’est pas défait) ; les linges posés sur les différents ustensiles signifient, comme dans les tableaux flamands, le ménage négligé ; mais ils évoquent aussi comiquement, par une métaphore visuelle, la situation du galant réfugié sous le couvre-lit ;
  • le voyeur, en revanche, « n’alarme pas » (ne gêne pas) la jeune fille qui lace sa jarretière (les chaussons plats qu’elle porte encore montrent qu’elle est en train de s’habiller, et donc que le jeune homme a déjà assisté au meilleur) ; le minou – comme souvent au XVIIIème siècle, effectue à l’intérieur de la gravure le rôle espéré par le galant : attraper le ruban et empêcher le rhabillage.



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Boilly 1791 ca Ah Qu'il est gentil La cocarde Nationale
« Ah, Qu’il est gentil ! » (La Cocarde Nationale)
Boilly 1791 ca Ah Qu'elle est gentille gravure de Bonnefoy
« Ah, Qu’elle est gentille ! »

Boilly, 1791, gravures de Bonnefoy

  • D’un côté, une jeune femme au buste avantageux ajuste un bicorne républicain sur un séduisant militaire, en lui tenant le menton.
  • De l’autre, un jeune mari au jabot avantageux ajuste une couronne de rose sur un séduisante mère en lui tenant le menton.

Le petit garçon vient, par une sorte d’automatisme d’Ancien Régime, classer ce pendant dans la catégorie Amourette/ Amour durable.


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Boilly 1789-93 La precaution gravures de TrescaJ
La Précaution
Boilly 1789-93 L'amusement de la campagne gravure de Tresca
L’Amusement de la Campagne
Boilly 1789-93 La solitude gravure de Tresca
La Solitude
Boilly 1789-93 La jarretiere gravure de Tresca
La Jarretière
Boilly 1789-93 la jardiniere (Jeune femme deposant un panier de fleurs sur un banc)
La Jardinière
Boilly 1789-93 L'attention dangereuse coll priv
L’Attention dangereuse

Entre 1789 et 1793, Boilly réalise une série de six jeunes filles en extérieur, destinées à être gravées par Tresca. Les appariements proposés ici sont arbitraires, les motifs étant conçus pour se répondre à volonté. A noter, dans la dernière gravure, le détail qui suscite l’attention de la demoiselle, et que nous allons tout de suite retrouver.


Les pendants grivois


Boilly 1791, la serinette

La serinette, 1791, Boilly, Collection privée

Ce tableau détourne un thème déjà traité par Chardin (voir La douce prison) : le serinette, boîte à musique destinée à entraîner les oiseaux à chanter, les incite ici à copuler, et leur maîtresse toute émotionnée à dégrafer son corsage.

Le tableau a été gravé par Honoré, avec pour pendant « Ils sont éclos » de Van Gorp, qui montrait visiblement le résultat de l’opération


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Boilly 1791 La dispute de la rose gravure Eymar
La dispute de la rose
Boilly 1791 La rose prise gravure Eymar
La rose prise

Boilly, 1791, gravures de Eymar

Le sujet de la rose à défendre contre les avances masculines était un poncif de l’époque (voir 4 La cruche cassée (version révolutionnaire) ):

Le corsage dégrafé de la fille, sa main entre les cuisses, son sourire plus satisfait que moqueur, et la rose posée maintenant sur l’entrejambe du garçon, invitent à une lecture Avant-Après qui laisse deviner ce qui s’est passé entre les deux (voir Une transformation).

C’est alors qu’un alibi purement graphique et parfaitement hypocrite vient démentir la lecture séquentielle : l’inversion des décors, les deux races de chiens, la modification de la statue de l’Amour (qui fait le geste de la discrétion, puis celui de la douleur) prétendent qu’il ne faut pas lire le pendant comme une histoire en deux temps, mais comme une opposition parfaitement morale : la Fille sérieuse et le Galant puni (qui s’y frotte se pique… le doigt).

Ce pendant audacieux, mais pas encore osé, va laisser place à des productions de plus en plus grivoises.


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Schall 1790 Le Modele dispose gravure Chaponnier
Le Modèle disposé, Schall
Boilly 1790 Le Prelude de Nina gravure Chaponnier
Le Prélude de Nina, Boilly

1790, gravures de Chaponnier

Tandis que Schall peint une scène galante, mais prosaïque (la chaufferette ne sert qu’à réchauffer), Boilly met en musique, de manière aussi inventive que suggestive, un véritable vocabulaire sexuel des objets (voir Surprises et sous-entendus).


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Boilly 1791 C1 La Comparaison des petits pieds gravure de Chaponnier
La comparaison des petits pieds
Boilly 1791 C1 L'amant favorise gravure de Chaponnier
L’amant favorisé

Boilly, 1791, gravures de Chaponnier

Les deux scènes sont surtout des prétextes à montrer une poitrine dénudée et des petits souliers pointus. Le pendant se justifie, faiblement, par le rôle des portes :

  • dans la première gravure, elle laisse passer le voyeur qui se faufile au ras du sol :
  • dans la seconde, l’une favorise la fuite de l’amant et l’autre retient le mari (ou plus probablement un autre amant, vu l’expression peu effrayée de la fille) ;

Mais le vrai sujet, sous-entendu par les titres, est celui de la comparaison et du choix : les deux filles échangent leurs souliers, la fille a choisi l‘amant qui lui va le mieux.


Boilly 1791 ca La Comparaison des petits pieds collection privee

La comparaison des petits pieds
Boilly, vers 1791, Collection privée

Boilly a réalisé en peinture une version plus décente, où les couleurs montrent bien l’échange de souliers et où le voyeur, moins audacieux, est un abbé poudré qui reste derrière la porte. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce sujet est décrit en bien plus scabreux par le bienséant Calvet de Lapalun au N°9 de « Sujets pour des tableaux » sous le titre « L’abbé, juge des petits pieds » : il y rajoute une soubrette qui se moque de la « coquetterie » de l’homme efféminé, « avec sa frisure avec art arrangée… une fleur à la boutonnière et un éventail à la main » [6]


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Boilly 1792 ca Ca ira gravure Mathias Gallica
Çà ira
Boilly 1792 ca Ca a ete gravure Texier
Çà a été

Boilly, vers 1792, gravures de Texier

Ici seule l’inversion de la position du lit et de la source de lumière s’oppose encore faiblement, comme par un reste de convention bienséante, à la lecture Avant-Après, confortée par la crudité des titres. Plus tard, le second sera d’ailleurs modifié, par prudence, en « Le lever des époux » ([7] , p 49).


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Boilly 1794, La douce resistance gravure de Tresca
La douce résistance
Boilly 1794, On la tire aujourd’hui gravure de Tresca
On la tire aujourd’hui

Boilly 1794, gravures de Tresca.

Autant la première estampe est dans la droite ligne des gravures galantes de l’Ancien Régime, autant la seconde est provocante par son titre à double-sens, qui prend comme prétexte les billets de loterie du jeune homme pour suggérer le geste que la jeune femme au téton baladeur ne fait pas (pour plus de détails sur cette estampe, voir  Surprises et sous-entendus). Il est possible également que la licence, coutumière côté aristocrate emperruqué, ait été jugée transgressive côté bourgeois en chapeau.

Quoiqu’il en soit, sous la Terreur, en avril 1794, Bailly fut dénoncé pour immoralité devant la Société Républicaine des Arts, pour les estampes dont aucun alibi ne voile l’intention érotique, telles justement que On la tire aujourd’hui ou La comparaison des petits pieds .



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Boilly 1794 ca defends-moi
Défends-moi
Boilly 1794 ca Le lecon d'union conjugale
La leçon d’union conjugale

Boilly, date inconnue, gravures de Petit

Ce pendant un peu plus acceptable renoue avec la veine Amourette – Amour stable : à gauche la fille fait mine de pousser son bichon à attaquer le jeune homme qui dénoue sa jarretière, mais le geste de sa main tendue est toujours aussi suggestif. A droite l’union stable est sanctifiée par les deux tourterelles et les deux gants blancs (voir Les oiseaux licencieux).


Boilly 1794 ca defends-moi
Défends-moi
Boilly 1794 ca Tu saurais ma pensee
Tu saurais ma pensée

Boilly, date inconnue, gravures de Petit

La gravure la plus osée, « Défends-moi », était parfois contrebalancée par cette autre gravure, à la moralité irréprochable : les deux prennent le café, et la belle superstitieuse refuse de boire dans la tasse de son soupirant, ce qui lui révélerait ses pensées. En illusionniste confirmé, Boilly attire l’oeil sur la main qui refuse et laisse dans l’ombre celle qui traîne au dessous de la table.


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Boilly La lecon de dessin la lecon de musique dessin coll priv

La leçon de dessin, la leçon de musique
Boilly, date inconnue, dessin, collection privée

Après toutes ces scènes tendancieuses, ce pendant de couple frappe par l’absence de tout sous-entendu : l’homme est simplement un maître de dessin et de musique, son crayon n’est qu’un crayon et son archet qu’un archet.


Boilly repos_pendant_la_lecon_de_musique.

Le repos durant la Leçon de Musique
Boilly, date inconnue, dessin, collection privée

Il existe néanmoins une version plus intrusive, dans laquelle le chien a sauté du tabouret sur les cuisses de sa maîtresse, et où la main a abandonné l’archet on ne sait où.


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Boilly 1796 Le Sommeil trompeur coll priv
Le Sommeil trompeur
Boilly 1796 Le Reveil premedite
Le Réveil prémédité

Boilly, 1796, collection privée

Cet autre pendant très sage est sans doute le dernier de Boilly dans le style Ancien Régime :

  • une jeune femme qui rentre de promenade (avec sa canne et à demi gantée) récupère le livre que le musicien endormi allait laisser tomber par terre ;
  • une jeune femme sur le point de sortir est soudainement enlacée par le musicien, qui faisait semblant de dormir, et le livre tombe quand même.

Le grand intérêt de ce pensant est qu’il nous livre une autre raison de la réticence de Boilly à traiter dans un même décor et avec les mêmes personnage deux scènes clairement conçues pour être consécutives (comme le prouve le détail du livre). Il ne s’agit pas ici d’éluder une scène intermédiaire scandaleuse mais, dans une optique d’artisan consciencieux, de justifier ses prix en livrant une composition graphiquement complète, couleurs chaudes contre couleurs froides, cheveux blonds contre cheveux bruns : deux types de beauté féminine.

La préférence pour la richesse visuelle contre la vérité narrative est une convention raffinée, dont la mode touche à sa fin.



Les pendants sentimentaux

Boilly a fort peu exploité la veine du sentimentalisme à la Greuze et, lorsqu’il le fait, c’est avec une forme de crudité visuelle, d’alternance du chaud et du froid, qui confine à la Cruauté.

boilly 1785 ca La crainte mal fondee coll part
La crainte mal fondée
boilly 1785 ca La tourterelle coll part
La tourterelle

Boilly, vers 1785, collection privée

Ce pendant non daté remonte probablement aux premières années de Boilly à Paris, à la fin du règne de Louis XVI.

Dans le premier tableau, la grande soeur console son petit frère, effrayé par le chien (qu’elle s’est sans doute amusé à exciter contre lui). Dans le second, pour se faire pardonner, elle se laisse bécoter les lèvres par l’oiseau sorti de sa cage.

Sous une apparence charmante, le pendant n’est pas exempt d’arrières-pensée : encore à l’âge tendre, la fillette s’exerce déjà à son métier de femme (sur le thème du baiser de l’oiseau, voir L’oiseau chéri).



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Boilly 1790 ca l'affligeante-nouvelle
L’Affligeante Nouvelle
Boilly 1790 ca Les coeurs reconnaissants The Ramsbury Manor Foundation - Photo (c) courtesy the Trustees
Les Coeurs reconnaissants, The Ramsbury Manor Foundation

Boilly, 1791

Le pendant existe en couleur, et en imitation d’estampe (j’ai ici mélangé les deux).

Dans l’ordre d’accrochage optimiste :

  • le malheur : un curé, suivi par son bedeau, vient apprendre à une mère de famille le décès de son époux ;
  • le bonheur : sous l’oeil approbateur d’une bonne soeur, une dame riche, suivie d’un laquais, offre une bourse à une famille méritante.

Mais un détail – la brouette-jouet avec le tambour cachés sous la table – nous indique que la femme en deuil est riche. Du coup vient l’idée d’un accrochage pessimiste :

Boilly 1790 ca Les coeurs reconnaissants The Ramsbury Manor Foundation - Photo (c) courtesy the Trustees
Les Coeurs reconnaissants, The Ramsbury Manor Foundation
Boilly 1790 ca l'affligeante-nouvelle
L’Affligeante Nouvelle

La riche dame a beau faire la charité aux pauvres, elle aussi finira frappée par le malheur.


Pour la suite de la carrière de Boilly, voir 2 Les pendants de Boilly : du Directoire à la Restauration

Références :
[1] Henry Harrisse « L. L. Boilly, peintre, dessinateur, et lithographe; sa vie et son œuvre, 1761-1845; étude suivie d’une description de treize cent soixante tableaux, portraits, dessins et lithographies de cet artiste »  https://archive.org/details/gri_33125003381288/page/n165
[2] Catalogue de quatre tableaux célèbres par L.-L. Boilly.- COLLECTION PAUL SOHEGE – 1900
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k12483698.texteImage
[3] A. M. de Poncheville « A L’EXPOSITION BOILLY », Revue des Deux Mondes, SEPTIÈME PÉRIODE, Vol. 58, No. 1 (1er JUILLET 1930), pp. 224-229
https://www.jstor.org/stable/44850579
[4] Susan L. Siegfried, « The Art of Louis-Leopold Boilly – Modern Life in Napoleonic France »
[5] Catalogue de quatre tableaux célèbres par L.-L. Boilly.- COLLECTION PAUL SOHEGE – 1900
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k12483698.texteImage
[6] John S. Hallam, « Boilly et Calvet de Lapalun », Bulletin de la Société de l’histoire de l’art français, 1985, Page 177  et ss
[7] André Mabille de Poncheville, Boilly, 1931

2 Les pendants de Boilly : du Directoire à la Restauration

11 décembre 2019

Boilly n’adoptera jamais les courants dominants du néo-classicisme, ni du romantisme. Fidèle à ses sources flamandes, il passera des salons aux cabarets en louvoyant entre les modes, sans rien perdre de sa méticulosité ; ce qui en fait un témoin irremplaçable des bouleversements de l’époque.

Pour les pendants du début de la carrière, voir 1 Les pendants de Boilly : Ancien Régime et Révolution.



Les Incroyables

Deux pendants satiriques sont consacrés par Bailly à la mode excentrique des Incroyables et des Merveilleuses, qui se développe en réaction à la Terreur. Les gravures issues des tableaux, parues en mars avril 1797, font partie d’une série d’une vingtaine, par différents artistes, caricaturant les moeurs du jour : leur format commun est l’absence de décors et la présence de deux ou trois personnages au maximum. ([1], p 73)


boilly 1797 A2 Faites la paix
Faites la paix
Boilly 1797 A2 Les Croyables
Les Croyables

Boilly, 1796

  • Après s’être affrontés avec leurs cannes, un Muscadin et un Patriote en sont à tirer l’épée : une Merveilleuse s’interpose entre eux.
  • Un jeune dandy qui tente de revendre ses « Mandats territoriaux » dévalués est escroqué par un spéculateur tandis que par derrière un complice lui vole son mouchoir. Le spéculateur est habillé en homme de tous les régimes, avec à la fois la cocarde tricolore et le « bâton démocratique » des royalistes ([1], p 74).

Le thème commun est ici celui de l’ingénue ou du naïf, pris en sandwich entre deux terribles.


boilly 1797 A1 La folie du jour Staedel Museum
La folie du jour, Staedel Museum
boilly 1797 A1 Point de Convention (Absolutely no agreement)
Point de Convention (Le désaccord)

Boilly, 1796

  • Un violoneux aviné lève un archer concupiscent vers une Merveilleuse en tenue extrêmement provocante, qui danse avec un Merveilleux.
  • Tout en faisant cirer ses bottes, un Merveilleux tend une pièce à une Merveilleuse en robe si transparente qu’il la prend pour une prostituée : et celle-ci lui répond comme telle, en faisant des deux index le signe que quelque chose est trop court (la bourse ou la virilité du jeune homme).

Le thème est l’Accord et le Désaccord du couple ; mais au delà, la critique est féroce contre ces riches jeunes gens qui arborent leur tenue ridicule devant la misère du petit peuple : musicien étique ou gamin des rues.

Il faut remarquer que, pour faciliter la vente, les appariements sont assez lâches. On pourrait tout aussi bien remonter les pendants comme suit :

Boilly 1797 A2 Les Croyables
Les Croyables
boilly 1797 A1 Point de Convention (Absolutely no agreement)
Point de Convention

« La transaction inéquitable »

boilly 1797 A1 La folie du jour Staedel Museum
La folie du jour
boilly 1797 A2 Faites la paix
Faites la paix

« Le Couple encouragé, Le Couple menacé »



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Boilly 1804 Mes petits soldats The Ramsbury Manor Foundation - Photo(c) courtesy the Trustees
Les petits soldats, 1804, The Ramsbury Manor Foundation – Photo(c) courtesy the Trustees
Boilly 1809 Les petites coquettes gravure de Jacques-Louis Bance
Les petites coquettes, 1809

Exposé au salon de 1804 (l’année du camp de Boulogne), le premier tableau montre trois des fils de Boilly, Julien, Edouard et Alphonse (il aura au total dix enfants de deux mariages, dont cinq survivront). Réalisé cinq ans plus tard, le second ne montre pas ses filles, qui n’ont jamais atteint cet âge.

L‘aîné(e) joue dans les deux cas un rôle paternel (maternel) par rapport au (à la ) plus jeune, rectifiant la position de la tête ou celle du ruban. Et le chien prend part à l’action, avec bâton ou bonnet.


Boilly 1825 ca Le bonnet de la grand mere litho de Delpech
Le bonnet de la Grand mère
Boilly 1825 ca La perruque du Grand pere litho de Delpech
La perruque du Grand père

Boilly, vers 1825, lithographies de Delpech

Le thème des enfants et du chien en bonnet réapparaîtra bien plus tard dans cette paire de lithographies, qui fait partie de la série des Grimaces (édition Aubert 1837).


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Boilly-1803-04-La-petite-chapelle-32.4-×-40.3-cm-The-Ramsbury-Manor-Foundation.-Photo-c-courtesy-the-Trustees
La petite chapelle (La Fête des petits autels)
Boilly-1803-04-Peage-urbain-31.7-×-39.8-cm-The-Ramsbury-Manor-Foundation.-Photo-c-courtesy-the-Trustees.jpg
Passez-payez (ou L’averse)

Boilly 1803-04 , The Ramsbury Manor Foundation.

Ce pendant existait en peinture, mais le premier a été détruit lors du bombardement du musée de Douai durant la Seconde Guerre Mondiale. Je présente ici les deux aquarelles préparatoires.


La petite chapelle

Durant la Fête des petits autels dans les Flandres, les enfants construisaient de petites chapelles dans la rue et faisaient la quête auprès des passants. Le père donne une pièce en caressant le menton de la mignonne, tandis que la grande soeur incite son petit frère à faire la charité à un couple de vieux mendiants peu ragoûtants.


Passez-payez

Vu l’état des rues après la pluie, un petit métier de Paris consistait à proposer des planches pour passer à sec. A gauche une femme du peuple donne la pièce (ce n’est pas la servante, comme le propose Wikipedia ([1a]), tandis que la famille riche est déjà passée sans se mouiller les pattes (y compris le chien) et que le père fait semblant de ne pas voir le gagne-petit qui demande son dû.


Boilly 1805 ca Passez Payez Louvre

Passez-payez (ou L’averse)
Boilly, vers 1805, Musée du Louvre, Paris

 Dans la peinture, Boilly renforce le message de condamnation morale, avec le geste de la main et le regard sévère du riche, qui refuse clairement de payer.

Il en profite aussi pour en rajouter sur l’anecdote, , en nous montrant trois solutions au problème de voirie :

  • l’ignorer (le patriote en bonnet phrygien et en bottes qui marche tranquillement au milieu),
  • se faire porter par un Savoyard costaud (la vieille femme à droite),
  • passer sur la planche.


La logique du pendant

Certains voient une ambiguïté volontaire dans « Passez-payez » ([1], p 87 et ss) : Boilly critiquerait non pas le riche, mais la mendicité intrusive, tout en valorisant dans La petite chapelle la charité lorsqu’elle est encadrée par l’Eglise.

Autant Boilly pratiquait volontiers l’ambiguïté dans ses oeuvres galantes, autant il était capable de critiques virulentes envers les outrances des riches, comme on l’a vu à l’encontre des Merveilleux. De plus le personnage de la femme du peuple qui paye son péage sert clairement de contre-exemple à l’avarice du riche.

J’en reste donc à un pendant binaire : la Dureté et la Charité.



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Boilly-1808-The-Card-Sharp-on-the-Boulevard-National-Gallery-of-Arts-Washington1
Le tricheur du boulevard, National Gallery of Arts, Washington
BOILLY 1808 SAVOYARDS-MONTRANT-LA-MARMOTTE.-UNE-SCENE-DES-BOULEVARDS.Coll privee
Savoyards montrant la marmotte,, Collection privée

Boilly, 1808

Ces deux tableautins (24 X 33 cm) sont une prouesse technique : représenter dans une si petite surface une scène de rue à multiples personnages.
Dans Le tricheur, la foule au fond fait la queue devant une pâtisserie à la mode. Au premier plan, deux groupes se distinguent :

  • à droite, le tricheur est en train de faire entrer dans son jeu une élégante ;
  • à gauche, un couple composé d’un homme âgé (inspiré d’un portrait d’Oberkampf) et d’une jeune femme passe dignement à distance.

Boilly 1808 4

Comme souvent, chez Boilly, des thèmes secondaires viennent déjouer la moralité apparente : à la droite du digne vieillard, un gamin est visiblement en train de lui faire les poches ; à sa gauche, un chien renifle l’arrière-train d’un autre, sous-entendant un rapport à la fois intéressé et animal entre la belle et le bourgeois.




Boilly 1808 The Card Sharp on the Boulevard National Gallery of Arts, Washington detail

Une petite fille, qui se retourne pour observer les canidés, crée un lien entre le groupe du tricheur visible, et celui des deux tricheurs cachés : le pickpocket et la prostituée.

Dans l’autre pendant, la composition s’organise autour d’un seul groupe central, dans lequel la marmotte remplace le jeu de cartes comme point d’intérêt principal. On retrouve certains personnages : la fillette en robe longue, les deux élégantes, le musicien avec un bicorne à plumet à l’emplacement du tricheur. Le mendiant avec son bâton et son chapeau s’est transformé en un colporteur qui s’éloigne vers le droite.

Mis à part ces quelques correspondances et le fait qu’ils représentent tous deux une scène de la rue parisienne, les deux pendants fonctionnent essentiellement en solitaires.


Le peintre de genre Ancien Régime – avec ses types de personnages limités, impliqués dans des interactions raffinées et complexes, s’est transformé maintenant en un peintre reconnu du spectacle des rues, dans lequel d’innombrables personnages cohabitent avec simplicité. « Conteur réjoui de la réalité », Boilly travaillait à la loupe chaque détail : les spectateurs appréciaient son rendu réaliste des matières et la variété des expressions, facilement reconnaissables.

Exploitant un autre veine flamande que la « peinture , b nde », celle des scènes populaires, Boilly va désormais transporter en intérieur son habileté de metteur en scène.


La fête de la grand-mère (localisation inconnue)
Boilly 1818 La fete du grand pere Galleria Nazionale d'Arte Antica Roma
La fête du grand-père, Galleria Nazionale d’Arte Antica, Roma

Boilly, 1818

Le fête du grand-père fédère tous les âges, avec tendresse et sans ironie : tout le monde trinque, même les enfants avec l’eau de leur gobelet en étain.


Boilly 1826 ca la premiere dent coll privee
La première dent
Boilly 1826 ca la derniere dent coll privee
La dernière dent

Boilly, vers 1826

C’est ici un événement trivial qui rassemble la famille, dans un cadrage serré où chaque tableau  devient une véritable étude d’expressions
2] :

  • attendrissement et inquiétude chez la nourrice qui touche du doigt et la mère qui la retient ;
  • surprise et mélancolie côté grands-parents, tandis qu’un nourrisson endormi est encore bien loin de ces problèmes.



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Boilly 1824 Mon pied de boeuf Palais des Beaux Arts Lille
Mon pied de boeuf, Palais des Beaux Arts, Lille
Boilly 1824 La main chaude Musee de Chateauroux
La main chaude, musée de Chateauroux

Boilly, 1824

Ce pendant est consacré à deux jeux familiaux qui ne demandent d’autre accessoire que les mains :

  • dans l’un on les dépile soudainement et le moins rapide se fait prendre ;
  • dans l’autre on frappe celle de la victime, qui doit deviner le coupable parmi tous ces bras tendus.

Le premier jeu rassemble toute la maisonnée, sauf les plus jeunes (la fillette au chien, le bébé dans les bras), les plus vieux (le vieux qui fume près de l’âtre) et les plus indépendants (le chat qui chipe dans l’assiette).

En revanche le second jeu passionne tout le monde, y compris la grand-mère (trop loin pour frapper dans la main) et la jeune femme dont les bras sont occupés par le bébé.

Exposé lors de la dernière participation de Boilly au Salon, ce pendant attachant, mais dans le style démodé des scènes flamandes à la Teniers, ne trouva pas d’acheteur.



A côté des scènes familiales et de l’intimité de la maison, Boilly déploie la même verve dans la description minutieuse des lieux publics : ceux qui lui conviennent le mieux, car tous les âges conditions sociales et humeurs s’y rencontrent, sont les cabarets.

Boilly 1818-_Les_Hommes_se_disputent coll privee
Les Hommes se disputent
Boilly 1818-_Les Femmes se battent coll privee
Les Femmes se battent

Boilly, 1818, collection privée

Dans la pénombre du cabaret, sous l’effet de la boisson, les hommes s’affrontent du regard, mais les femmes s’empoignent férocement.


Boilly 1818-_Les Femmes Les hommes se battent schema

Mis à part la partie gauche perturbée par le combat, le reste de la composition s’ordonne rigoureusement. On trouve ainsi, de droite à gauche :

  • un couple de portefaix attablés, formant repoussoir (en rose) ;
  • un(e) combattant(e) retenu(e) par sa moitié (en bleu) ;
  • des figures d’interposition : le cabaretier avec sa toque et l’enfant (en blanc) ;
  • un résumé à quatre pattes : le chien que le simulacre n’inquiète pas, mais que le vrai combat terrorise (en jaune).



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Boilly 1792 Cafe de la Regence

Au café de la Régence
Boilly, 1792

Boilly aurait observé cette partie d’échec au café de la Régence et elle montrerait les deux meilleurs joueurs de l’époque : Philidor le joueur de gauche et Legall le vieil homme en manteau vert debout sur la droite [3].


BOILLY 1810 Le jeu des echecs
Le jeu d’échec
Boilly 1810 Le jeu de cartes
Le jeu de cartes

Boilly, 1810-20, lithographies de Lemercier [4]

Vers 1810, Bailly la déclina en une série de quatre jeux de société. Ces deux scènes comptent chacune douze personnages.


Boilly 1810 Le jeu de dames Le jeu de dominos lithos de Lemercier

Le jeu de dames Le jeu de dominos
Boilly, 1810-20, lithographies de Lemercier

Les deux autres, à treize personnages cette fois, apparient elles-aussi un jeu à deux et un jeu à quatre.


Boilly 1845 La partie de dames
Le jeu de dames
Boilly 1845 La partie de cartes
Le jeu de cartes

Boilly, 1845

L’année de sa mort, Boilly reviendra une dernière fois sur cette opposition, dans ces deux magnifiques lavis.


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Boilly 1828a Le jeu de billard
Le jeu de billard
Boilly 1828a Le jeu de l'ecarte
Le jeu de l’écarté (gallica)

Boilly, 1828, lithographies de Villain

Après les jeux d’hommes, Boilly illustre ici deux jeux où s’affrontent un homme et une femme C’est l’occasion d’une comparaison d’éclairage (lumière zénithale brutale contre lueurs des bougies, du feu et de la salle de bal) ; mais aussi de deux lieux contrastés :

  • une salle de jeux ouverte à tous les âges, aux bourgeois comme aux serviteurs (vour les nourrices sur le banc du premier plan) ;
  • un hôtel particulier où l’on vient en habit et en couple, pour s’ennuyer à danser avec des vieux messieurs, et où le jeu de cartes constitue une distraction intéressante.



Boilly 1828a Le jeu de billard detail

On notera l’enfilade centrale, délimitée au fond par la carte de géographie, où s’étagent les trois âges du couple.


Un antécédent célèbre

Boilly 1808 Le jeu de billard Ermitage

Le jeu de billard
Boilly, Salon de 1808, Ermitage, Saint Peterbourg

La lithographie reprend, dans le goût Restauration un des tableaux de Boilly qui avait fait sa célébrité sous l’Empire, du temps de la sensualité moulante des longues robes à la grecque.



Boilly 1808 Le jeu de billard Ermitage centre

Dans le triangle central, les deux groupes du premier plan (le petit chien posant ses pattes sur le grand, le petit garçon enserrant dans un même cerceau une petit fille et son chien) font un écho charmant à l’enfant qui enlace son père entre ses bras.


Boilly 1808 La partie de billard dessin preparatoire

Le jeu de billard (dessin préparatoire)
Boilly, 1808, collection privée

Par rapport au dessin préparatoire, avec son splendide effet de lumière oblique, on note la suppression d’éléments parasites (le lustre éteint et la fresque du fond – un loup attaqué par des chiens) ; et l’ajout de deux détails : un troisième chien sous la table et un chariot-jouet au premier-plan, qui attire l’oeil sur la femme en train de viser.

Boilly 1808 La partie de billard dessin preparatoire detail

Boilly 1808 Le jeu de billard Ermitage detail

Vue de profil dans le dessin préparatoire, elle est maintenant penchée vers la table, ce qui la fait paraître plus petite tout en mettant en valeur ses appas : de mère indiscutable, elle est devenue grande fille. Si l’on ajoute la substitution du fils qui enlaçait son père par une petite soeur, on constate que ces discrètes modifications vont toutes dans le même sens : remplacer la symétrie familiale de la scène centrale (un couple montre à ses enfants comment on joue au billard) par une scène plus sensuelle et beaucoup plus équivoque : un homme puissant entouré de jeunes filles, toutes séduisantes et élégantes. Pour desserrer l’étreinte devenue trop ambigüe, Boilly a néanmoins déplacé la canne de la main droite à la main gauche de l’homme, sans illogisme puisqu’il attend son tour pour jouer.

Au final, les deux pseudo-couples du premier plan apparaissent moins charmants que troublants   :

  • désir canin (accentué par le regard du troisième chien sous la table) ;
  • désir enfantin (le garçon a laissé tomber son chariot pour prendre la petite fille avec son propre cerceau).

Cette toile magistrale nous laisse dans l’expectative : salon privé ou lieu public ? vertu publique ou vice privé ? libération de la femme (jouant au billard comme les hommes) et libération de son corps ? Sous-entendus sexuels propres à ce jeu ?


Boilly 1808 Le jeu de billard Ermitage femme
Boilly 1828a Le jeu de billard femme

Il est en tout cas flagrant que le pendant de 1829 normalise le sujet, éradiquant consciencieusement toute lecture déviante.


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Boilly 1828 Le jeu de tonneau
Le jeu du tonneau
Boilly 1828 L'interieur d'un cabaret
L’intérieur d’un cabaret

Boilly, 1828, lithographies de Villain

C’est sans doute par association d’idée que Boilly a situé son « jeu de tonneau » à l’entrée d’un cabaret, pour un classique pendant Extérieur / Intérieur.



Boilly 1828 Le jeu de tonneau detail

Son talent pour la narration de la comédie humaine se lit dans la direction des regards : tous se concentrent sur le palet qui va être lancé (même le chien), sauf les buveurs et les amoureux à l’arrière-plan, qui ont d’autres préoccupations.



Boilly 1828 L'interieur d'un cabaret detail

Dans le second tableau au contraire, les regards vont de tous côtés, et une scène secondaire, sous la table, occupe les enfants et le chien : un petit savoyard joue de la vielle en faisant danser des marionnettes avec son pied.



Sujets sociaux

boilly 1804 premiere scene-de-voleurs coll privee
Première scène de voleurs
boilly 1804 seconde scene-de-voleurs (les voleurs arretes)
Seconde scène de voleurs (l’arrestation)

D’après les toiles de Boilly exposés au Salon de 1804, collection privée

Pour une fois, Boilly nous montre une histoire en deux temps ; mais, privilégiant le graphisme au réalisme, il inverse les décors :

  • les trois voleurs dévalisent une pauvre femme et à son fils endormis ; une voisine terrorisée observe la scène par le vasistas mais heureusement des secours se profilent dans l’escalier ;
  • une petite fille (sans doute est-ce elle qui a donné l’alarme) se jette dans les bras de sa mère (qui se réveille avec terreur) et de son frère (que tout ce vacarme n’a pas dérangé) tandis que les trois malandrins sont désarmés (pistolet, sabre) et mis à mal par les sauveteurs et le chien. Le rideau du vasistas est retombé.

Malgré leur côté théâtral et forcé, ces pendants, qui eurent un grand succès, reflètent les inquiétudes des contemporains quant à l’insécurité.


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boilly 1825-30 premiere scene_de_voleurs
Première scène de voleurs
boilly 1825-30 scenes_de_voleurs
Seconde scène de voleurs (l’arrestation)

Boilly 1825-30, collection privée, 23,8 x 32,4 cm6]

Boilly reprendra la même séquence une vingtaine d’années plus tard, cette fois sans inverser les décors, avec des costumes remis au goût du jour et quelques modifications significatives :

  • dans la première scène, les sauveteurs arrivent désormais de partout (de tous les étages et par le vasitas) et les voleurs sont pauvres (habits rapiécés) et faiblement armés (un seul pistolet pour trois) ;
  • dans la seconde, maintenant que tout danger est écarté, des voisines se pressent dans l’escalier et dans le vasistas ; le personnage émouvant de la petite fille a disparu ; et le troisième voleur tente de sauver sa peau en se réfugiant sous le canapé.

La caricature évolue ici dans le sens d’une double charge :

  • contre les voleurs, dont les trognes reflètent plus la bêtise que la cruauté ;
  • mais surtout contre les bourgeois, toujours prêt à rappliquer en surnombre quand leurs intérêts sont menacés.


boilly 1804 avant la scene-de-voleurs coll privee
Les voleurs dans le jardin Collection privée

Boilly a également peint cette scène préliminaire de la même taille, expliquant comment les voleurs se sont introduits dans la pièce et comment les voisins ont été prévenus : ce qui explique incidemment pourquoi le personnage de la petite fille n’était plus nécessaire.



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Boilly 1830 Une Loge Musee Lambinet Versailles
Spectacle gratis (Une loge)
Boilly 1830 L'effet_du_melodrame Musee Lambinet Versailles
L’effet du mélodrame

Boilly, 1830, Musée Lambinet, Versailles

Comme le remarque avec finesse Susan L. Siegfried ([1], p 163), Boilly invente un théâtre fictif où le peuple et les bourgeois seraient dans des loges adjacentes (et non au poulailler et au balcon). Ce qui lui permet de caricaturer simultanément les deux classes :

  • une bourgeoise réclame des sels, dans une pose plus mélodramatique que le spectacle en cours ;
  • le populaire se tourne vers ce « spectacle gratis » (avec toutes les expressions de la curiosité à la jalousie)au lieu lui-aussi de s’intéresser à ce qui se passe sur scène.

Le spectateur qui observe les deux pendants se trouve du même coup inclus dans ce théâtre, et placé dans la situation inconfortable de l’acteur dont tous les regards se détournent.



Suite et fin dans 3 Les pendants de Boilly : humour et caricature

Références :
[1] Susan L. Siegfried, « The Art of Louis-Leopold Boilly – Modern Life in Napoleonic France »
[4] Le Palamède: revue mensuelle des échecs et autres jeux, Cercle des échecs, 1845, p 402 https://books.google.fr/books?id=5f0lMil7n0wC&pg=PA402

3 Les pendants de Boilly : humour et caricature

11 décembre 2019

En avançant dans sa carrière, Boilly se consacrera de plus en plus à des paires ou à des séries déclinant un même thème, souvent de manière humoristique ou caricaturale.


Boilly 1818 Le liberal grav Hulot Caroline
Le Libéral (Jean qui rit)
Boilly 1818 L'Ultra a mi-corps, pleure sa defaite aux elections d'octobre 1818 et le triomphe du parti liberal grav Hulot Caroline Gallica
L’Ultra (Jean qui pleure)

Boilly, 1818 , gravure de Caroline Hulot

Ces deux études d’expression reprennent une classique opposition souvent traitée au XVIIème siècle dans les figures d’Epicure – le Philosophe qui rit – et de Démocrite – le Philosophe qui pleure (voir Pendants solo : homme homme). Le pendant transpose ces types dans le domaine politique : le Libéral, un jeune homme rieur inspiré d’un autoportrait de Boilly, se moque du vieux royaliste chauve, qui a perdu les élections d’octobre 1818 .


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Les Grimaces

Cette série, constituée de 93 lithographies éditées entre 1823 et 1828, connut un succès constant et apporta à l’artiste de quoi vivre à la fin de sa vie. Elle comporte quelques pendants, qui se passent de commentaires :

Boilly 1823 Consultation des medecins 1760 Les grimaces
Consultation des médecins, 1723
Boilly 1823 Consultation des medecins 1723 Les grimaces
Consultation des médecins, 1823

Boilly, 1823, Les Grimaces

Boilly 1824 La punition Musee National de l'Education Les grimaces
La punition
V
La récompense

Boilly, 1824, Les Grimaces, Musée National de l’Education

Boilly 1824 Les petits ramoneurs Les grimaces
Les petits ramoneurs
Boilly 1824 Les savoyardes Les grimaces
Les Savoyardes

Boilly, 1824, Les Grimaces

Boilly 1824 Les Oreilles percees Les grimaces
Les Oreilles percées
Boilly 1824 Les Papillottes Les grimaces
Les Papillottes

Boilly, 1824, Les Grimaces

Boilly 1825 Les cornes Les grimaces
Les cornes
Boilly 1825 La Frayeur Les grimaces
La frayeur 

Boilly, 1825, Les Grimaces

Boilly 1825 Les mangeurs d'huitres Les grimaces
Les mangeurs d’huîtres
Boilly 1825 Les mangeurs de glace Les grimaces
Les mangeurs de glace

Boilly, 1825, Les Grimaces

Un hors d’oeuvre et un dessert qui se servent dans des récipients.

Boilly 1825 Les mangeurs de raisins Les grimaces
Les mangeurs de raisins, 1825
Boilly 1826 Les mangeurs de noix Les grimaces
Les mangeurs de noix, 1826

Boilly, Les Grimaces

Un fruit tendre et un fruit coriace.

Boilly 1826 Rejouissances publiques Depart pour et retour de la distribution Les grimaces

Réjouissances publiques : Départ pour et retour de la distribution
Boilly, 1826, Les Grimaces

Boilly 1825 ca La rosiere Les grimaces
La rosière
Boilly 1825 ca La mariee Les grimaces
La mariée

Boilly, non daté, Les Grimaces



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Additions aux Grimaces (édition Aubert 1837)

V
La Bonne Nouvelle
Boilly 1824 La Bonne Nouvelle Les grimaces Aubert
La Bonne Nouvelle

Boilly, 1824

Boilly 1825 Le depart (du conscrit) Les grimaces Aubert
Le départ du conscrit
Boilly 1825 Le retour (du conscrit) Les grimaces Aubert
Le retour du conscrit

Boilly, 1825

Sur le même thème, voir Départ et retour.



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Boilly 1825 ca Le second mois
Le second mois
Boilly 1825 ca Le neuvieme mois
Le neuvième mois

Boilly, non daté, Les Grimaces

Fidèle à sa répugnance pour les histoires en deux temps, Boilly prend soin de nous montrer deux couples différents :

  • au second mois un mari brun fait respirer des sels à son épouse blonde en robe décolletée ;
  • au neuvième mois, un mari blond pose sa main sur le ventre rebondi de son épouse brune, emmitouflée.


Boilly 1807 La tendresse conjugale dessin coll priv

Boilly 1807 ca La tendresse conjugale coll priv

La tendresse conjugale, Boilly, 1807, dessin, collection privée

L’origine du thème est probablement ce dessin daté de 1807, qui montre le couple (et son chien) à la fin de la layette : l’épouse était en train de coudre la layette et l’époux attentionné en train de lui faire la lecture quand soudain le bébé a tressauté, attirant l’attention de tous.

Le tableau inverse les couleurs des chevelures, et montre l’épouse cette fois en robe décolletée.


Boilly 1790 ca A1 Le premier mois risdmuseum Rhode island
Le premier mois
Boilly 1790 ca A1 Le neuvieme mois risdmuseum Rhode island
Le neuvième mois

Boilly, vers 1790 ?, Risd museum, Rhode island

Il existe un pendant peint avec le même sujet, que le site du musée date de 1790 (période où Boilly était surtout occupé à des sujets galants) : ce qui impliquerait qu’il aurait repris en caricature, 35 ans après, un pendant invendu traité sur le mode élégant : le flacon de sel est presque invisible et la femme du neuvième mois porte la même robe qu’au second.
Il serait plus logique que ce pendant, sorte de synthèse du dessin et du tableau, ait été réalisé après 1807.


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Boilly 1829 Diane et Medor Musee Carnavalet
Diane et Médor
Boilly 1829 Flore au Tombeau Musee Carnavalet
Flore au Tombeau

Boilly, 1829, Musée Carnavalet

Dans ce pendant improbable, Boilly s’essaie, en version canine, à un pastiche des pendants mythologiques du siècle précédent.Mais c’est surtout une caricature de deux oeuvres de confrères sérieux :

Louis Hersent 1822 Ruth et Booz coll priv
Ruth et Booz , Louis Hersent, 1822, collection privée
Atala_au_tombeau,1808,Girodet_de_Roussy_-Trioson,_Louvre
Atala au tombeau, Girodet de Roussy-Trioson, 1808, Louvre


Pendants non retrouvés

Les numéros sont ceux du catalogue de Harrisse [1] :

  • Levrette habillée à la grecque (367), Barbet en costume élégant (93) : vers 1797 (Satire des Incroyables)
  • Hercule et Alceste (301), Persée et Andromède (301 bis)
  • Le Rendez-vous (472), La promenade (461)
  • La Toilette, La toilette (après N° 538, p 133)
  • Parc de Versailles (551), Le bassin des Suisses à Versailles (552)
  • La Porte Saint Denis (568), La Porte Saint Martin (569)
  • L’amitié filiale (865), Le sommeil de l’innocence (866)
  • La couturière (906), La modiste (1096)
  • La solitude (1160), L’innocence ?



Références :
[1] Henry Harrisse « L. L. Boilly, peintre, dessinateur, et lithographe; sa vie et son œuvre, 1761-1845; étude suivie d’une description de treize cent soixante tableaux, portraits, dessins et lithographies de cet artiste » https://archive.org/details/gri_33125003381288/page/n165

Les oiseaux licencieux

26 décembre 2014

 Volontiers phallique lorsqu’il est isolé, l’oiseau en couple  devient parfois lubrique

Vénus et l’Amour attendant Mars

Lambert Sustris, XVIème siècle, Musée du Louvre
Lambert Sustris Venus et amour attendant Mars

Poussées par la main de Vénus, les deux colombes blanches en sont aux bécots. Sa flèche à la main, Cupidon interroge sa mère  du regard  : est-il  temps de porter l’estocade ?.



La Lascivité (Lascivia)

Abraham Janssens , vers 1618, Collection privée
Janssens Abraham lascivia

La lascivité est un mélange:

  • de paresse  – voir l’indolence de la pose  ;
  • de sensualité – voir  le vin ;
  • et d’inclination à la luxure – voir les deux moineaux dont l’un est perché sur l’index et l’autre est perché sur le premier.

Dédaignant les nourritures spirituelles  – le pain  et la la fiole d’eau  bouchée – , la femme emprunte aux oiseaux leur nourriture naturelle : le raisin et les figues.


Janssens, Abraham lascivia detail

 

Le couple d’oiseau renvoie à l’image dupliquée de la femme dans le miroir :

comme si, pour se reproduire,  la lascivité se suffisait à elle-même.


Nature morte avec un couple de moineaux

Cornelis de Heem, 1657, Städelmuseum, Frankfort
1657_de_Heem_Nature morte avec moineaux copulant Stadel Frankfort

 

Le couple de moineaux sur la branche  attire l’oeil vers le miroir, lequel nous montre la branche posée sur le cul du melon fendu, une image assez transparente (voir Surprises et sous-entendus).

Nous découvrons ensuite le gland du rideau à l’aplomb d’une figue béante, le coquillage au bout de la flûte, sans parler des huitres aphrodisiaques et de la bogue de châtaigne explosée :

à l’exemple des deux passereaux, la digne nature morte se ranime pour une copulation générale.



Jeune fille avec des colombes

Greuze, date inconnue
Greuze jeune fille avec des colombes

Dans ce dessin très enlevé, deux colombes ont profité de l’émoi de leur maîtresse pour copuler hors de la cage.



Jeune fille avec des oiseaux

Greuze, 1780-82 National Gallery of Art,  Washington
greuze Girl With Birds 1780-82 National Gallery of Art Washington

Ici, une jeune fille se dépoitraille devant deux moineaux affamés.

La justification littéraire de cette bizarrerie zoophile est peut être à chercher chez Catulle :

« Passereau, délices de ma jeune maîtresse, compagnon de ses jeux, toi qu’elle cache dans son sein, toi qu’elle agace du doigt et dont elle provoque les ardentes morsures, lorsqu’elle s’efforce, par je ne sais quels tendres ébats, de tromper l’ennui de mon absence ; puissé-je me livrer avec toi à de semblables jeux, pour calmer l’ardeur qui me dévore, et soulager les peines de mon âme ».
Poésies de Catulle, Au passereau de Lesbie, II



La gourmandise des oiseaux pour les poitrines des jeunes filles s’explique aussi  par un point de terminologie :

« Boutons de rose : Pour le bout des tétons d’une femme, qu’on appelle aussi la fraise ».
Dictionnaire comique, satyrique, critique, burlesque, libre et proverbial, Philibert-Joseph Le Roux Beringos, 1752



Exemple d’adaptation  littéraire  :

« Ta gorge est comme un marbre, et la lumière arrose
Sur ses fermes contours deux frais boutons de rose. »
Banville, Les Stalactites,1846, p. 304.



Exemple d’adaptation graphique :Leonnec oiselets en cage

Les oiselets en cage

Illustration de Léonnec pour la revue « Le sourire »

A noter la robe décorée de larges aréoles pour faciliter la compréhension.



Vénus sortant de sa couche

James Ward, 1828, Yale Centre for British Art,

Hartford, Connecticut, USA
James Ward Venus sortant de sa couche 1828

Dans ce tableau syncrétique, Vénus a dû emprunter un couple de cygnes à Léda, pour compléter  son couple de colombes traditionnel.


Parfois c’est un groupe d’oiseaux qui rend hommage à une demoiselle…

henry-stacy-marks
Waiting and Watching
Henry Stacy Marks, aquarelle,  1854, The Maas Gallery, London
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« Mollie, In silence I stood your unkindness to hear…' »
George Dunlop Leslie,1882, Russel-Cotes Art Galley & Museum, Bournemouth, England

Il y a chez certains Victoriens une part d’humour et d’allusion largement sous-estimée de nos jours.

Ainsi,  à gauche, rien n’empêche de penser que les deux grues couronnées symbolisent, non pas  deux états d’âme de la femme (Attendre et Regarder) mais deux états du corps de l’homme qu’elle attend et espère regarder.

A droite, le sujet est une vieille chanson ( « Wapping old stairs ») qui joue elle-aussi dans le registre de l’attente. Mollie se plaint que son Tom la néglige, bien qu’elle soit toute prête à laver son pantalon et à faire son grog (« Still your trousers I’ll wash and your grog too I’ll made »).  Le verre vide illustre le futur grog, d’accord. Mais que suggèrent la cuillère dans le verre, la pipe, la tabatière qui baille et la proue du bateau qui se dresse au dessus de la jeune fille ?


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Gelés (Frozen out)
George-Dunlop Leslie
frozen-out-george-dunlop-leslie-detail

Le centre du tableau recèle le détail pré-surréaliste d’un cou prêt à s’emmancher dans  un moignon .


Un numéro égyptien au temps d’Auguste

(An Egyptian Difficulty in the Time of Augustus)

John Reinhard Weguelin,  1885, Collection privée

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Dans cette iconographie improbable, une compagnie de flamants se trouve dressée par une forte femme, qui désigne de sa baguette le cerceau  feuillu  à travers lesquels ils sont invités à passer.


Lorenzo Lotto - Venus and Cupid.jpg
Rappelons que, depuis Lotto, la traversée d’un cerceau métaphorise allègrement un autre type de pénétration.


Fantaisie victorienne (Victorian Fantasy)

Arthur Drummond, 1893, Collection Privée

Arthur Drummond, Victorian Fantasy 1893

Dans cette production spectaculaire d’un jeune peintre de 23 ans, la famille de pélicans (le père, la mère et les deux petits) est sans doute conçue comme une leçon d’amour vrai, aux pieds de la brune hautaine qui ne songe qu’à faire valoir ses appas et de la rousse, dont l’instinct maternel se réveille à nourrir le petit pélican.

L’oeil soupçonneux retient plutôt la taille extraordinaire des nénuphars qui, combinée au pélican tête basse et au pélican tête haute, suggère une érection généralisée  déclenchée par la spectaculaire Beauté brune – tandis que la rousse s’intéresse à des modèles plus petits.


Le bassin doré

Gaston La Touche, fin XIXème, Collection privée

bassin_dore_latouche

On devine, dans le bloc de statues doré, une nymphe cernée par des amours. Dans le  bassin, deux baigneuses sont entreprises par une flottille de cygnes. Le jet d’eau blanc, qui retombe en parabole, épouse la forme des cous.


Richard Muller Les rivaux 1911 Collection privee
Les Rivaux (Rivalen)
Richard Müller, 1911, Collection privée
 
richard-muller-rivalen-1912
 
Les Rivaux (Rivalen)
Richard Müller, 1912

Dans un nid d’arabesques, deux oiseaux de Paradis se disputent une femelle, dont les longues pattes, l’éventail déployable et le bicorne en forme de bec disent bien qu’elle est de la même espèce qu’eux.


L’étudiante aux champs

Emile Friant, vers 1920

Friant etudiante aux champs
Sous prétexte d’étudier le contraste entre la fille des champs (debout, avec se baguette) et la fille des villes (vautrée par terre avec un livre),  Friant titille tout bonnement, avec cette garçonne cul par dessus tête sous l’égide d’un clocher campagnard,  le phantasme du gang-bang aviaire (voir également L’oiseau Chéri).


L’alerte

Vallotton, 1895

vallotton-lalerte-1895

Depuis 1875 (Oscar Hertwig), on a compris les secrets de la fécondation. Vallotton en donne ici une allégorie lumineuse. Au fond, la famille nombreuse qui ne veut pas d’un nouveau  frère (je plaisante…).


martin van maele 1907

Martin Van Maele, Gravure de La Grande Danse Macabre Des Vifs , 1905

Lequel est illustré parfois très explicitement…

 


Quand les dindons attaquent

Adolfo Busi, carte postale, vers 1925

ADOLFO BUSI. Quand les dindes attaquent

Becs balourds contre mollets de soie : la fille moderne se joue à la fois des robes longues et de la vie à la campagne.


La femme et les oiseaux

Icart, 1922
Louis Icart femme aux oiseaux

Cette brune contrôle encore quelque peu ses oiseaux et son corsage…


Icart Les ailes blanches

Les Ailes Blanches

Cette blonde ne contrôle plus grand chose…


icart elegante place vendome

Elégante place Vendôme

Cette élégante en revanche contrôle tout du bout de son escarpin, y compris le célèbre symbole phallique fait du fût de mille canons…


Quelques exemples récents exploitant la sensualité multipliée des longs becs, des long cous et des plumes :



Erik Thor Sandberg Receptivity 2011

Receptivity
Erik Thor Sandberg,  2011



Erik Thor Sandberg Sasn titre vers 2010

Sans titre
Erik Thor Sandberg, vers 2010



Whitfield-FreshHorses-2009

FreshHorses
Barnaby Whitfield, 2010


A l’opposé de ces encouragements à la luxure, il existe heureusement des couples d’oiseaux exemplaires.

Mars et Vénus, Allégorie de la Paix

Lagrenée, 1770, Geyy Museum, Los AngelesLagrenee allegorie de l'amour getty

Ici une colombe mâle apporte, en symbole d’abondance future,  un épi de blé à sa dame, qui a élu domicile dans le casque désormais inutile : le tout sous les yeux attendris des divinités éponymes.


La leçon d’union conjugale

Gravure de Petit, d’après Boilly, début XIXèmeBoilly La leçon d'union conjugale

Même notion d’exemplarité aviaire dans cette gravure édifiante.Boilly La leçon d'union conjugale detail


Le chapeau de Monsieur remplace le casque, et ses gants se chevauchent sans vergogne sur le tabouret, tandis que les colombes restent chastes…Boilly La leçon d'union conjugale Cupidon


… encouragées par Cupidon qui leur fait le signe de la discrétion


Vénus jouant avec deux colombes

(Portrait de Carlotta Chabert)

Hayez, 1830, museo di arte moderna e contemporanea di Trento e Rovereto

Hayez ballerina-carlotta-chabert-as-venus-1830

Vous êtes un comte trentinois, et vous avez pour maîtresse une danseuse : vous commandez d’elle un portrait mythologique, et vous le montrez à tout le monde pour susciter le scandale.

Mais, pas fou, vous demandez à l’artiste de bien montrer le fil à la patte qui relie les deux colombes de Vénus et, accessoirement, retient les lombes de Carlotta contre le marbre de votre palais, et ses pieds dans le lac de Trente.


Leçon d’amour

Icart, vers 1920

Louis Icart deux colombes

L’Ecole des Oiseaux est encore ouverte au début du XXème siècle, ainsi qu’un peu du corsage il est vrai…


Louis Icart 1922

Mélancolie
Icart, vers 1920

Autre cas où la magie des colombes agit sur les décolletés


Il peut même arriver qu’un groupe d’oiseaux vienne sauver une jeune fille vertueuse…


Bertall Les_Cygnes_sauvages2
La princesse Elisa embrasse le cygne
Illustration de Bertall, fin XIXème

Une des représentations les plus torrides  d’un cygne ithyphallique montre  en fait l’amour fraternel...

The Wild Swans  Svend Otto Soerensen

Les cygnes sauvages
Illustration– Svend Otto Sørensen

Dans le conte d’Andersen « Les cygnes sauvages », c’est de joie que rayonne la jeune fille lorsque ses frères, transformés en cygnes, viennent la délivrer du bûcher.

L’oiseau licencieux

11 novembre 2014

L’oiseau devient parfois le support lubrique d’une imagerie licencieuse…

Phallus ailé et vagins sur un couvercle attique,

vers 450-425 av. J.-C., Musée national archéologique, Athènes

NAMA_Phallus_aile

Trois noms sont inscrits : Philonides (sous le phallus), Auletria, et Anemone. Celui de la troisième demoiselle nous est inconnu.


Tintinnabulum

Bronze pompéien, 1er siècle ap JC

tintinabullum pompei
Le phallus ailé, orné de grelots,  était un porte-bonheur courant chez les Romains. On n’en connaît pas la signification précise : allusion aux performances  ascensionnelles de l’objet, au caractère volage de son possesseur, ou culte de la fertilité  ?



« Purinega tien duro »

Cuivre gravé fin XVème, Italie du Nord, National Gallery of Art, Washington

Purinega tien duro
Dans cette scène érotique exceptionnelle pour l’époque, un volatile à grelot sorti, tel un dinosaure, de la plus haute l’Antiquité, vient rejoindre, sur une sorte d’étagère posée sur une branche, un couple pratiquant une position non orthodoxe.

A noter qu’en italien, le terme « ucello » désigne le membre viril. Nous sommes donc en présence d’un oiseau monstrueux rejoignant un oiseau humain manipulant son oiseau.

Il ne faut pas trop compter sur le texte pour fournir une explication limpide  : la traduction proposée par d’éminents spécialistes se rapproche de « Même si çà les détruisait (pur i (a)nega), que çà tienne dur ».

Une explication serait que les amulettes en forme de phallus ailé étaient une protection contre les mauvais sorts jetés à l’encontre de la virilité (voir [1])



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De vita et honestate clericorum, XIVeme, BNF, ms latin 4014 fol1
De vita et honestate clericorum, XIVeme, BNF, ms latin 4014 fol1
1794-95 Ce_quelle_voit_en_songe Lequeu_Jea detail
Ce qu’elle voit en songe, Dessin de Jean Jacques Lequeu, 1794-95, Gallica

Cliquer pour voir l’ensemble

Notons que, depuis les Romains et  bien avant Freud, l‘oiseau est associé au phallus et l’extension des ailes à l’érection.


Jeune homme avec un chardonneret et un nid dans un pot à oiseaau

Carel de Moor (II), vers 1700,  Dulwich Picture Gallery.

Carel de Moor (II) Boy with a goldfinch and its nest in a bird-pot vers 1700 Dulwich Picture Gallery

A quoi le jeune homme sourit-il, sinon à la dimension manifestement masturbatoire du pot à oiseaux ?



L’oiseau privé, dit aussi Le couple et l’oiseau envolé

Boilly, fin XVIIIème, Louvre, Paris

Boilly L oiseau prive dit aussi le couple et l oiseau envole
Ainsi un tout petit oiseau  peut parfaitement faire image : les particularités remarquables étant de se faufiler partout et de se déployer en envergure.

Ici la femme mesure, de ses deux mains, l’écart entre le signifiant et le signifié.


Mais de manière générale, l’oiseau le plus lubrique  est le cygne au long cou. En voici quelques exemples choisis…

Léda et le cygne

Tintoret, 1555, Musée des Offices, Florence.

tintoret Leda

En figurant Leda et son cygne dans une chambre à coucher, Tintoret acclimate le mythe antique au décor des courtisanes vénitiennes.

« À droite de l’image, Jupiter transformé en  cygne entre dans la pièce, séduit par la nudité de Léda ; un petit chien vient à sa rencontre. De l’autre côté, une servante amène une grande cage en bois contenant un canard ; un petit chat curieux le regarde intensément.
tintoret Leda detail
Les deux côtés de la toile se répondent de manière spéculaire. Le cygne et la cage sont coupés par le cadrage serré, et les actions des deux femmes, reliées par un jeu de regards et une correspondance de gestes, semblent narrativement coordonnées. Alors que Léda attire le cygne en le saisissant par le cou, la domestique apporte une cage suffisamment grande pour l’enfermer. Jupiter, traditionnellement au centre de l’action, est sur le point d’être piégé, victime de l’entente silencieuse entre les deux femmes…. Le chef des dieux, en se transformant en cygne, devient un « oiseau » comme un autre qui, séduit par Léda, est attiré dans un piège… Le perroquet et le canard encagés préfigurent la future situation de Jupiter. Ils ne sont pas de simples ornements de la chambre, mais des métaphores « de l’amour et de ses dangers » ». [2], p 56 et ss

Plus précisément :

« La cage est une métaphore courante du sexe féminin ; la présence du canard dans la cage figurerait un moment postérieur lors duquel Jupiter, pénétrant dans la métaphore du sexe de Léda, se trouve pris au piège et devient un simple animal domestique comme les autres présents dans l’image. »

Cette iconographie exceptionnelle visait probablement à produire un effet comique  quant  aux malheurs de Jupiter  :

« Dans toutes les oeuvres et les textes antérieurs, le dieu fait coucher Léda sous ses ailes et il s’unit avec elle en utilisant l’astuce ou la force ; dans l’oeuvre de Tintoret, en revanche, Léda dirige l’action et Jupiter trompé devient la victime….En se transformant en oiseau, le dieu est littéralement « uccellato » et « fa una figura da uccello », c’est-à-dire qu’il « est pris au piège » et qu’il « se rend ridicule »… Non seulement il sera enfermé dans une cage, mais il devra partager cet espace confiné avec un canard, un animal beaucoup plus humble que lui »  [2], p 58 et ss

La langue italienne complétait le comique de la situation de Jupiter par un comique verbal :

« À la Renaissance, le terme uccello désigne comme aujourd’hui le membre masculin  et dans les comédies de la première moitié du XVIème siècle, l’archétype de l’homme piégé par ses excès libidineux est Calandrino, dont le nom signifie « oiseau enfermé dans une cage » … Pour un spectateur de l’époque, la vision de Jupiter représenté sous forme de cygne, le cou dressé entre les mains de la princesse  est vraisemblablement très comique. » [2], p 63

Leda, quant à elle, prend la pose d’une courtisane vénitienne :

tintoret Leda mains
« La main de Léda, posée sur l’aile du palmipède, présente l’index allongé comme un digitus impudicus, les doigts de l’autre main glissent entre les draps défaits ; ces gestes, qui évoquent notamment l’acte sexuel, sont utilisés par Titien dans sa seconde version de Danaé. »

La cage est également à comprendre comme une spécialité vénitienne :

« Quant à la grande cage carrée, on peut facilement l’interpréter comme une allusion au supplice de la Cheba, utilisé jusqu’en 1518 par la Justice vénitienne pour punir les crimes les plus graves. La Cheba était une cage carrée suspendue à une poutre du clocher de saint Marc ou du palais des doges ; le condamné y était enfermé et exposé à la vindicte populaire jusqu’à ce qu’il meure parfois de faim et de soif. [2], p 63

Le couple  du canard et du chat (voir Le chat et l’oiseau)  fait comprendre la situation d’ensemble, ramenant le cygne divin à un vulgaire palmipède et réduisant la corps de la princesse à son centre principal d’intérêt .


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Léda et le Cygne

Attribué à Boucher, vers 1740, Collection privée

Attribue_a_Francois_Boucher,_Leda_et_le_Cygne_(vers_1740)

Le long cou du cygne est ici exploité avec franchise, sans hypocrisie ni rétraction mythologique.


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Thermidor

Gravure coloriée, entre 1804 et 1806

Thermidor

« Sous un soleil brûlant l’eau qui tombe en cascade
Et les jeux séduisants de ce Signe amoureux
Aux délices du bain invitent la Naïade
Qui dans l’onde limpide attiédira ses feux. »

D’une manière plus didactique, Léda démocratisée en une quelconque naïade est ici associée au signe du Lion, que l’on voit à la fois dans le ciel et sous forme de robinet dans la baignoire.



Thermidor detail

En porte-savon, un faune marin manie entre ses jambes une métaphore du bec, finalement plus prude que la version Ancien Régime de Boucher.

A noter le calembour de la légende : le Signe amoureux désignant non pas le félin astral, mais le palmipède entreprenant.


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Leda Luca Cambiaso 1570 Coll privee
Luca Cambiaso, 1570, Collection privée
gericault leda et le cygne 1818
Géricault ,1818, Collection privée
Leda-gerda-wegener 1925
Gerda Wegener, 1925
Leda padua paul mathias 1939 Collection Hitler
Padua (Paul Mathias), 1939, anciennement Collection Hitler

Leda et le cygne

Concernant l’iconographie foisonnante de Leda et du Cygne, nous nous limiterons à ces quatre exemples peu connus, dans lesquels la plasticité du cou de l’animal est exploitée de manière particulièrement méritante.


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L’éducation d’Orphée

Georges Callot, 1884, Châlons-en-Champagne, musée municipal

Georges Callot, L enfance d'Orphee

Une naïade jouant de la lyre attire un cygne jouant des ailes et du cou.

Le petit Orphée, encore incapable d’imiter la femme, imite l’oiseau, les bras ouverts, le cou dressé et l’oreille tendue. Un épi de roseau figure ce qui lui manque encore.


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L’odalisque

Lord Leighton, 1862, Collection privée

leighton odalisque-huge

Cette odalisque alanguie , dénudée d’un bras et d’un sein, observe le cygne blanc qui tend son cou vers elle et  arrondit ses ailes. L’odalisque était, au harem, un jeune fille vierge mise au service des concubines en titre, dont le seul espoir était d’obtenir les faveurs sexuelles du sultan : d’où  son regard rêveur. Les papillons, emblèmes de la beauté fugace, lui rappellent que son temps est compté.

L’éventail  suggère que le cygne réagit à l’excitation sexuelle de la même manière que le paon,  par cet  hérissement de plumes.

« Suis-je assez belle pour attirer le sultan ? » telle est la question de l’odalisque.

[
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Nicholas Kalmakoff a tout du cliché improbable : aristocrate russe né dans le luxe, il vécut dans la misère à Paris en se nourrissant de bouillon Kub et en voyant le diable à l’occasion ; mysogyne, narcissique et hautain pour se rendre insupportable à tous, mort à l’asile  : quarante de ses tableaux furent retrouvés aux Puces en 1962 signés d’un K mystérieux (pour un aperçu de sa vie et de son oeuvre, voir http://visionaryrevue.com/webtext3/kal1.html).

Léda

Nicholas Kalmakoff, 1917

Kalmakoff Nicholas leda and the white swan 1917

Léda et le cygne dans l’eau
Nicholas Kalmakoff, pastel, 1917

Léda vivait sur Terre, Jupiter dans le Ciel : en prenant forme de cygne, il la rencontra dans l’Eau, élément intermédiaire, dangereux pour elle, propice pour lui.

Rousse et couverte de bijoux comme une princesse sarmate, elle le repousse mollement sans perdre de l’oeil son bec avantageux.



Kalmakoff Nicholas leda and the white swan 1917 schema

Tandis qu’en haut le bras et le cou s’opposent dans un affrontement simulé, en bas les rotondités de la cuisse et du jabot s’accolent dans un rapprochement consenti.


Kalmakoff Nicholas - Leda and the Black Swan - 1917

Léda et le cygne sur terre
Nicholas Kalmakoff, 1917

L’animal de l’Air et de l’Eau s’est aventuré sur la Terre, dans un lit vert comme la fertilité et rouge comme la passion.

Le bras tendu vers son compagnon noir, la femme brune accueille simultanément le Sexe et la Nuit.


Kalmakoff Nicholas - Leda and the Black Swan - 1917 detail
Attiré par le bec turgescent et les feuilles de lierre vulvaires,  l’oeil ne prête pas  attention à la patte griffue : le coït symbolique éclipse le coït physique.


Pour ses deux Léda, pour ces deux moments de l’Amour que sont la séduction et la satisfaction, Kalmakoff  recourt au même procédé de composition  :

le haut du tableau montre le simulacre, le bas la réalité.


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Carte postale de la série Geishas

Raphael Kirschner, 1901

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Traduction en version japonaise par le brillantissime  Kirschner : les trois  Lédas-geisha aux cheveux ornés de nénuphars – une blonde, une rousse et une brune – s’occupent chacune de son cygne,  sous l’égide triangulaire du mont Fuji à l’horizon.


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Léda

Jean-Adrien Mercier,août 1929, Archives  municipales, Angers

Jean-Adrien Mercier_Leda_1929
De la Sinuosité Serpentine d’un cou(p) de Signe…


Autre caractéristique intéressante s’ajoutant à la longueur du cou : la longueur des pattes. C’est pourquoi, en variante du cygne trop connu, un autre type d’oiseau symbolique a été parfois utilisé comme accessoire pour dames : l’échassier.

 

Odalisque

Francesco Paolo Michetti, 1873

Francesco Paolo Michetti Odalisque 1873

Commençons par un modèle miniature  : l’ibis égyptien, noble comme l’orientalisme, rose et maniable comme un sex-toy avant la lettre.



Le Flamant rose

Benjamin Constant, 1876, Musée des beaux-arts de Montréal

benjamin constant Le Flamant rose, 1876

Ce tranquille flamant tenté par un pamplemousse pourrait sembler tout à fait anodin, n’était la jarre béante qui lui fait  pendant.


Le Marabout dans le Harem

Gérôme, vers 1889, Collection privée

Jean-Leon Gereme Le Marabout in the Harem

Cagneux et chauve, inconscient de sa laideur, le marabout  déambule dans le bassin, déplaçant des poissons rouges qui ne le craignent pas,  sous le regard moqueur des odalisques.

Il y a bien sûr de l’humour dans cette exhibition,  par un vieil oiseau libidineux, d’un organe démesuré au milieu de femmes sarcastiques : les amateurs fortunés de la peinture de Gérôme étaient capables d’apprécier les nus voluptueux tout autant que leur propre caricature.

 

Diadumenè

Edward John Poynter, 1883, Royal Albert Memorial Museum, Exeter

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L’alibi du classicisme permet à Poynter de risquer cette nudité, très crue pour l’époque en Angleterre,  et qui le fera taxer d’immoralité  : la Vénus de l’Esquilin aux Thermes.



Venus Esquilin

Pour sa restitution des bras, Poynter imagine que la jeune fille attache ses cheveux avec un ruban, avant le bain. Dans une longue lettre au Times, il explique que c’est le petit doigt de la main gauche encore visible sur l’arrière de la tête, et la direction du ruban, qui lui ont inspiré cette reconstitution : bras gauche levé pour tenir les cheveux tandis que le droit enroule le ruban (voir [3])


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L’oiseau peut se comprendre comme un témoin innocent – la projection autorisée du spectateur dans le tableau – bien que sa posture le classe dans la tradition des volatiles érectiles.



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Diadumenè, 1893, Collection privée

Faute d’avoir trouvé un acheteur suffisamment audacieux, Poynter produisit cette seconde version, embarrassée de drapés et débarrassée de l’oiseau (remarquer la statue d’argent, dans la niche qui, pour enfoncer le clou, reproduit encore une fois la même  pose).


Chasseur indien

George de Forest Brush, 1887, Collection privée

 

Forest Indieb ramenant un cygne mort

Brush s’est spécialisé dans les sujets indiens, peignant toute  une série de guerriers bronzés ayant pour proie de prédilection  les cygnes et les flamants roses. Voici un exemple dans lequel le long cou rivalise avec le long pagne, dans une composition qui pourrait s’intituler : le Repos du Chasseur.


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Orphée
George de Forest Brush, 1890, Museum of fine art, Boston

A titre de curiosité, cet Orphée très athlétique, tenant sur son bas-ventre une lyre de compétition pour subjuguer des lapins sexuellement explicites.


Les oiseaux de Max Švabinský

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Gravure de Max Švabinský, « Paradiesische Sonate », Drittes Blatt des Zyklus, 1920

A gauche et à droite, un Phalangère à fleurs de lys (dit encore Bâton de Joseph) et des ombelles sont attaqués par des insectes volants. Au centre, un flamant turgescent semble disposé à faire de même avec la cible que lui propose le faune.

Oiseaux (rajky) 1904
Oiseaux (rajky) 1904
Max Svabinsky L'oiseau bleu 1907 Narodni Galerie, Prague
L’oiseau bleu (Modrá rajka)
Max Švabinský, 1907, Narodni Galerie, Prague

Le fantasme de la femme nue  visitée par un oiseau revient plusieurs fois chez Max Švabinský…


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Parasol jaune – été (Žlutý slunečník -Léto) 
Max Švabinský, 1909, Collection privée

jusqu’à cette concurrence fortuite, sur un tapis de plage, entre un faisan doré et un parasol.


Femmes et flamants roses

Hans Zatska, fin XIXème, Collection Privée

Hans Zatska Femmes et flamants

Prolifique metteur en scène de petites dames dans des compositions alimentaires, Zatska invente ici un décor composite, mi temple antique,mi boudoir, dans lequel deux prêtresses s’intéressent à deux flamants, lesquels s’intéressent… à un melon  : de la réduction des nobles intentions à la métaphore juteuse…

Hans Zatska Le soir magique

Le soir magique, Hans Zatska

Même principe de « reductio ad libido » dans cet autre décor, en extérieur cette fois : une fille en déshabillé vaporeux – qui doit être une fée vu l’étoile brillant à son diadème – tend à une autre  fille – qui doit être une princesse antique vu ses bijoux et ses sandales à la grecque – une luciole, le tout sous un croissant de lune.

Le détail scabreux est que le héron, en se tordant le cou pour lorgner l’insecte, pointe son bec vers l’entrejambe de la fée.

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La tentation (the tease), Hans Zatska

Avec son habit traditionnel, revoici notre princesse, cette fois en tête à bec avec une cigogne en extension

L’ironie étant que l’objet de cette émotion manifeste n’est pas la Belle dans son ensemble, mais   la minuscule grenouille verte : le désir réduit à la gourmandise.


Le paravent japonais

Robert Lewis Reid

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Circé et Anatole, Robert Lewis Reid, 1920-26, Akron Art  Museum

Ce tableau s’inspire de la pièce Anatole de Schnitzler (1893) : ce riche séducteur est ici caricaturé sous forme d’un pantin à la mandoline démesurée, manipulé par Circé la Magicienne. Mais ce qui nous intéresse est le magnifique paravent japonais orné d’une grue, qui appartenait effectivement au peintre, et dont il a exploité dans une série de tableaux le potentiel symbolique.


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Le paravent japonais, Reid, Collection privée

 

Le paravent prend ici la première place, l’oiseau crève  l’écran, dominant de toute sa taille la femme nue.


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Bleu et jaune, Reid, vers 1910, Collection privée

Acculée dans l’angle du paravent, entre la grue qui marche et la grue qui vole, la femme en kimono bleu semble résignée à subir une offensive combinée terre et air.


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Le miroir, Reid, vers 1910, Smithsonian American Art Museum

Dans cette dernière itération, la femme  en robe de soirée bleue est libre de ses mouvements.  Elle dirige vers le spectateur un miroir circulaire, tout en frôlant le paravent du bras. Sans doute faut-il comprendre qu’elle a attiré l’oiseau avec son miroir aux alouettes, et qu’elle lui tend le bras pour qu’il s’y pose.

Devenue dominante et active, la femme dirige l’oiseau et choisit le moment.



Cartes postale aviaires

 

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Chicago, vers 1920

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La princesse et le paon1932

A gauche, l’oiseau monté sur colonne est tenu à l’oeil, flatté d’une main et  mis en garde de l’autre par un index ambigu : lui est-il demandé de se tenir tranquille, ou d’atteindre la taille voulue  ?

A droite, la taille obtenue semble plus que satisfaisante.


Oiseau

Mahlon Blaine, 1946, Collection privée

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« Dans ce travail, le deuxième de la série, un oiseau mécanique menace la déesse nue à la chevelure de Méduse  qui se recroqueville au sommet d’un robot en pierre, dans une palette rouge, blanc et bleu   infusée de patriotisme américain » [4]



Le bronzage interrompu

Pinup de Gil Elvgren, 1960

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L’ombre du pélican tombe sur la jambe de la belle, qui s’offusque, moins du cou considérable  du volatile, que de cet attentat à son bronzage. L’humour réside dans les deux poissons bleus qui décorent le soutien-gorge, suggérant que l’oiseau, à la différence du spectateur, est plus attiré par le contenant que par le contenu.



pinup pelican_1960 photo
Ce sujet bizarre s’est développé à partir de l’ombre de la main sur le mollet, dans la photographie originale.


Nid douillet

Mustaphe Merchaoui

 

MUSTAPHA MERCHAOUI Nid_douillet

Références :
[2] Giove uccellato : quand les métamorphoses se font extravagantes, Francesca Alberti, n E. Boillet, C. Lastraioli (ed.), Extravagances amoureuses: l’amour au-delà de la norme à la Renaissance (Paris, Honoré Champion, 2010), p. 40-70
http://www.academia.edu/5757296/_Giove_uccellato_quand_les_m%C3%A9tamorphoses_se_font_extravagantes_in_E._Boillet_C._Lastraioli_ed._Extravagances_amoureuses_lamour_au-del%C3%A0_de_la_norme_%C3%A0_la_Renaissance_Paris_Honor%C3%A9_Champion_2010_p._40-70
[4]Sur l’artiste maudit que fut Mahlon Blaine, on peut consulter http://grapefruitmoongallery.com/9309

La cage à oiseaux : y entrer

9 novembre 2014

La cage à oiseaux est un réceptacle qui intéresse les deux sexes, selon qu’on considère ce qui y entre ou ce qui en sort.

Voici quelques exemples où elle penche côté fille, en tant que lieu accueillant pour les petits oiseaux.

Le nid d’oiseau

Nicolas Lancret, début XVIIIème, Musée des Beaux-Arts, Valenciennes

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Ce petit tableau très explicite est exceptionnel pour Lancret, habituellement plus prude.

On y voit une jeune paysanne attirant du  bras gauche un paysan qui lui présente un nid . Elle jette un regard intéressé sur l’oisillon, en s’appuyant du bras droit sur la cage  toute prête à l’accueillir.

Ce transfert du nid à la cage illustre presque littéralement  une vielle chanson vendéenne :

« C’est un petit oiseau,   Isabeau,
c’est un petit oiseau, Isabeau
l’oiseau est trop volage
il pourrait s’envoler
prête-la-moi, ta cage
il pourrait s’envoler

L’oiseau fut pas dedans, bonnes gens (bis)
Qu’il commence à s’étendre
Prendre du mouvement,
Bonnes gens,
Prendre du mouvement

Pendant c’temps-là, la belle (bis)
Prend du réjouissement,
Bonnes gens
Prend du réjouissement … »

L’oiseau volage, folklore vendéen, cité par Marc Robine : « Anthologie de la chanson française. La tradition » Albin Michel. Paris. 1994.


 

O l’estroit élargir

Daniël Heinsius, Emblemata amatoria (1607/8)

O l'estroit elargir

La métaphore est  présente dans les livres d’emblèmes, mais avec une grande hypocrisie.

Le texte latin donne ici  un sens noble et général :

Cherchant les étendues, l’oiseau est capturé. Ainsi, nos liens
nous tiennent large, mais ne nous compriment pas moins.

Laxa petens capitur volucris: sic vincula làte
Nostra patent, arctè nec minus illa premunt.

Voir Emblèmes en ligne : http://emblems.let.uu.nl/he1608012.html

L’image rend visible l’ambiguïté du texte : la plainte « O l’estroit élargir » est censée concerner l’oiseau qui se trouve dans la cage (l’amoureux qui souhaiterait reprendre le large) ; mais ce que l’image nous montre, c’est un oiseau qui, encouragé par Cupidon, risque sa tête dans l’étroit vestibule, qui  mène à la cage spacieuse où il pourra se déployer.

Le double-sens de la devise est traduit par un double sens de circulation dans l’image : de l’intérieur vers l’extérieur de la cage, ou vice versa.


En France, la signification sexuelle de la cage et de l’oiseau ne fait pas de doute :

« Cage amoureuse : métaphore pour la nature d’une femme, cage où l’oiseau de l’homme prend ses ébats »
« En sa cage amoureuse où il prit passe-temps » Parnasse des Muses

Dictionnaire comique,satyrique, critique, burlesque, libre et proverbial,Par Philibert Joseph LE ROUX,  Beringos, 1752

 

La cage dérobée

1753, Hallé, Collection particulière

La cage derobee ou le voleur adroit - Halle 1753La cage dérobée

Une Bergère qui flatte de la Main un jeune Berger - Hallé 1753Une Bergère qui flatte de la Main un jeune Berger

Dans ce charmant pendant de Hallé, une bergère dort, adossée à une botte de foin et à une palissade peu dissuasive et déjà quelque peu disjointe.  Un jeune berger passe le bras par-dessus, pour saisir la cage que la fille cache sous son jupon.

Dans un deuxième temps, la jeune fille se réveille sur le genou du garçon et, satisfaite de la prestation, lui caresse tendrement la joue.

On peut également présenter le pendant dans l’autre sens : la caresse comme préliminaire et la cage comme plat de résistance.


La cage dérobée ou Le voleur adroit - Vivant Denon d’après Hallé 1761 et 1763

La cage dérobée ou Le voleur adroit
Vivant Denon d’après Hallé, 1761 et 1763

 

Dans la gravure de Vivant Denon, la symbolique de la cage est complétée par celle de la quenouille traversant le panier.

 

La cage

Fragonard , vers 1760, 65,

The Norton Simon Foundation, Pasadena

Fragonard la cage

Le berger présente entre ses mains une blanche et fidèle colombe, qui aspire à rejoindre le nid brandi  haut  par la jeune bergère.

De l’autre main, celle-ci tient discrètement la corde qui déclenche le piège à oiseaux situé en contrebas : manière de signaler que, si la colombe n’est pas fidèle, des remplaçants sont faciles à trouver.

Les dénicheurs d’oiseaux (The Bird catchers)

Boucher, carton pour une tapisserie de Beauvais,

1748, Getty Museum, Los Angeles

Les denicheurs d'oiseaux Digital image courtesy of the Getty's Open Content Program.

Digital image courtesy of the Getty’s Open Content Program

Cette orgie pastorale contient deux chérubins, trois cages, quatre garçons, quatre oiseaux et cinq filles : c’est dire que les combinaisons possibles sont nombreuses, et devaient faire la joie des amateurs de scènes galantes.



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A l’extrême gauche, la corde tenue par un garçon fait allusion au piège que Fragonard nous montrait,  mais qu’il faut ici deviner.



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A l’extrême droite, symétriquement, un chérubin laisse voleter, en hors champ, un oiseau retenu par une ficelle.



Lus de gauche à droite, les quatre  oiseaux obéissent à une certaine  logique naturelle :

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d’abord on les embrasse…



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puis on les encourage…



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puis on s’amuse à leur faire étendre les ailes…



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…et pour finir  on les fourre dans la cage !


L’oiseau privé

Gravure de Debucourt, fin XVIIIème

L'oiseau privé Debucourt
Ici, la métaphore du piégeage, en se voulant plus directe, confine au grotesque :  une dame seule renversée devant un porche béant, agite une rose vers un oiseau qui fond droit sur elle, telle la flèche qu’aurait pu décocher la statue de Cupidon.

On comprend que l’oiseau surexcité, dédaignant la rose (comprenons les tétons dénudés) va s’engouffrer tête la première dans la cage.


Les deux cages ou La plus heureuse

Gravure d’après Lafrensen, fin XVIIIème

Les deux cages lavreince
Il se peut que deux cages se fassent concurrence, pour un seul oiseau à héberger.

Jean-François JANINET d'après Nicolas LAVREINCE LA COMPARAISON, 1786 Aquatinte
La comparaison
Aquatinte de Jean-François Janinet d’après Nicolas Lafrensen , 1786

Le thème émoustillant de la comparaison pouvait concerner d’autres appâts.

Alexandre CHAPONNIER (1753-1806) d apres Louis Léopold BOILLY LA COMPARAISON DES PETITS PIEDS Aquatinte

La comparaison des petits pieds
Aquatinte de Alexandre Chaponnier d’après Boilly, fin XVIIIème

A noter l‘amateur à genoux, cherchant à voir derrière la robe.

Ma chemise brûle

Fragonard, dessin, Louvre, Paris

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Restons dans le secret  des alcôves féminines, avec ce dessin très enlevé de Fragonard.

Nous sommes dans la chambre des filles. L’une d’elles a le feu au cul. Une compagne lui propose sa cruche, pour résoudre ce petit problème.

La solution définitive consisterait sans doute à faire descendre la cage à oiseaux que ces dames gardent près du plafond, suspendue par un système de poulies.


La Cage inaccessible

Boilly, fin XVIIIème, localisation inconnue

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Le comique tient ici au fait que la cage est inaccessible pour des raisons différentes : ni le vieux libidineux, trop vieux, ni le petit enfant, trop petit, ne réussissent à remettre l’oiseau dans la cage que leur présente la mère, ouverte juste à la bonne hauteur.

Reste au vieux ses lorgnons et son livre ; et au jeune, à attendre d’être assez grand pour comprendre et pratiquer la métaphore – si possible avec une cage moins inaccessible que celle dont il est issu.

L’oiseau s’est envolé

Ferdinand de Braekeleer, 1849, Musée de l’Ermitage, Saint Petersbourg

1800s Ferdinand de Braekeleer. (Belgian artist, 1792-1883) The Bird Has Flown

Ce tableau réchauffe tardivement le symbolisme traditionnel hollandais, en forçant quelque peu sur la métaphore.

La fille grimpée sur la table agite un épi pour attirer l’oiseau et lui faire réintégrer sa cage. Le jeune frère retient le chat. Le père prend à témoin le spectateur : « Court toujours, qu’il va revenir ! » en désignant du pouce l’arrière-salle où un jeune homme – sans doute l’amoureux volage – conte déjà fleurette à l’autre soeur.


Les amatrices de colombes (Dove Fanciers)

Elizabeth Gardner Bouguereau, fin XIXème, Collection privée

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Avec une grande ingénuité, l’épouse américaine de Bouguereau nous montre ces deux demoiselles assez intimes pour mettre l’oiseau à la cage avec des mines pénétrées.


Le canari

Carte postale portugaise, début XXième

carte postale portugaise

En première instance, on constate que le canari vient de quitter sa cage et se dirige vers sa maîtresse, attiré par son pépiement.

En appel, on se rend compte que celle-ci n’est pas assise mais accroupie cuisses ouvertes : le siège et la cage figurent donc non pas le point de départ, mais la destination anatomique proposée au volatile.

Le toucan

Pinup de Gil Elvgren

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En rajoutant la cage – qui ne figure pas sur la photographie – l’illustrateur nous plonge dans des affres interprétatives  : le toucan, double symbole phallique, est en effet capable d’attaquer la dame  côté bec et la cage côté queue.

De plus,  l‘appareil photo complique la donne : car tout comme le nid de Lancret, c’est un endroit qui héberge un petit oiseau.

Moralité : les femmes qui veulent juste faire sortir ce petit oiseau risquent fort de devoir mettre en cage un oiseau de taille redoutable.

Boilly : Surprises et sous-entendus

4 octobre 2014

A la fin du XVIIIème siècle,  l’image autrefois réservée aux églises et aux palais était devenue moins rare. Elle gardait néanmoins  de ce passé officiel une légitimité qui devait rendre  d’autant plus excitante la découverte, sous l’image sérieuse, d’une interprétation vicieuse : exercice  de déshabillage visuel à l’usage des amateurs d’estampes ou des visiteuses rosissantes.

Toujours est-il que, de ces oeuvres à double-sens, nous avons le plus souvent  perdu la clé. Il ne faut pas s’étonner qu’on ne trouve pas de texte dévoilant leurs sous-entendus – pas plus qu’on ne trouve de solutions dans les recueils de calembours. Et il est vrai que ces images s’apparentent à des sortes de calembours, dont le déclic est tantôt purement visuel, tantôt textuel, tantôt les deux.

Dans l’oeuvre prolifique de Boilly (plus d’un millier de tableaux en trois quarts de siècle), on trouve des trompe-l’oeil virtuoses, mais aussi quelques-uns de ces « trompe-la-tête«  magnifiques de duplicité : nous allons les présenter par  degré d’innocence – et donc de difficulté – croissante.



boilly Tête

Ici, pas de mécanisme compliqué : pour déclencher le déclic, il suffit tout simplement de s’approcher



boilly Tête

Tête d’homme
Boilly, date inconnue

… pour voir, littéralement, ce que cet homme a dans la tête !


boilly Tête_zoom
En regardant encore de plus près, nous constatons que l’oeil est dans le sexe, et que le sexe est dans  l’oeil – principe même des images plus subtiles que nous allons maintenant examiner.



Le Prélude de Nina

Boilly, 1786, Musée Pouchkine, Moscou

Boilly Prelude



Voici un couple  juste en train de basculer de la partie de musique à la partie de plaisir  :

  • sous la main droite de l’homme, le clavier prélude à la cuisse ;
  • dans  la main gauche de la fille, le violon  prélude à un autre instrument ;
  • déjà les autres mains sont occupées à des doigtés plus anatomiques.



Une fois notre oeil mis en verve, toutes les idées mal  tournées se mettent à grenouiller : d’une chaise à l’autre, la guitare hanchée  aguiche la canne aux multiples usages.

Et  le piano ouvert pour le prélude anticipe le lit ouvert pour les préliminaires.



« Méfie-toi du chat ! »

Boilly, 1820 ?, Neue Pinakothek, Munich

Boilly Mefie toi du chat

 

Deux jeunes filles s’intéressent à un jeune homme, qui tient dans sa main quelque chose  vers quoi un  chat tend la patte. A voir la cage vide sur le sol, on comprend qu’il s’agit d’un oiseau.

Bientôt, on remarque que la première fille, dans un geste identique à celui du félin, tend sa menotte pour soulever le chapeau du jeune homme ; tandis que par derrière sa compagne tente également de voir ce qui se cache dessous.

Nous sommes dans un jeu de trompeur trompé : le jeune homme fait croire aux filles que l’oiseau est à chercher sous le chapeau – ce qui est vrai, mais au sens figuré.

Au sens propre, le chat va mettre la patte sur lui.

A nouveau au sens figuré, il faut comprendre  que le « chat » dont il faut se méfier n’est pas celui qu’on voit, mais deux  félins autrement plus habiles !

(Sur d’autres déclinaisons  picturales de cette éternelle histoire, voir Le chat et l’oiseau )


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L’innocent (ou le panier fleuri)
Boilly, date inconnue, collection privée

Boilly avait déjà traité, en genre élégant et non pas paysan, un thème similaire : la cage n’est pas là, mais déjà le chat se demande quel drôle d’oiseau peut se dissimuler sous le bouquet.


Rêverie pendant la toilette

Boilly, 1785-90 , collection privée

the-toilet-louis-leopold-boilly 40,5 x 33,5 cm

Assise à côté de son lit, ayant laissé tomber son roman et aéré sa poitrine, la jeune fille s’intéresse moins aux baisers figés du couple de marbre qu’à l’affaire minuscule des oiseaux.


the-toilet-louis-leopold-boilly 40,5 x 33,5 cm detail

Sur le même thème, fréquent au XVIIème siècle, voir Les oiseaux licencieux



Moquerie

Boilly, vers 1787 Collection privée

boilly La Moquerie

A force de sous-entendus, cette scène lue au premier degré confine au surréalisme :

  • une vieille porte un petit chien à l’envers tout en montrant un jeune homme  du doigt ;
  • celui-ci montre un melon à la vieille ;
  • une jeune fille croise les doigts en nous souriant d’un air complice.


boilly La Moquerie_guitare
Commençons par les deux symboles que nous connaissons déjà: la guitare féminine, surplombant la canne tombée par terre, signale une confrontation dans laquelle le sexe faible a  le dessus.


Le jeune homme

Nous sommes au début d’un repas, la vieille peut être au choix l’hôtesse, la mère de la jeune fille ou l’entremetteuse d’un souper fin.



boilly La Moquerie_table
Le jeune homme vient d’être servi en vin, mais la bouteille est rebouchée et il n’y a pas d’autre verre sur la table : ce n’est pas un dîner pour deux. D’ailleurs, il a dédaigné l’assiette, la serviette et le couteau qui lui étaient destinés pour s’asseoir  directement devant le plat  (on remarque sur celui-ci des ornements dorés).

Manger dans le plat avec les doigts  suggère la hâte et un dédain des convenances que l’on peut interpréter, positivement, comme  un signe de saine  gaillardise, négativement, comme un manque de savoir-vivre.


La vieille femme

boilly La Moquerie_queue-melon
Elle interroge le jeune homme  en lui montrant la queue baissée du petit chien :  « J’espère vous avez meilleure forme ! »

En désignant la grande fente juteuse du melon, le jeune homme la rassure  : « On a de quoi s’en occuper ! ». Son mollet bien formé, qui perce avantageusement  la nappe et la serviette, renforce cette prétention.


La fille moqueuse

boilly La Moquerie_saucisse
Elle tient de la main droite une saucisse, dont elle marque avec l’index gauche  une minuscule portion :

« ce type est un vantard, pressé, mal élevé et plutôt fait pour souper seul qu’avec une jeune personne ! »


« Poussez fort ! »

Boilly, date inconnue, Musée Marmottan Monet, Paris

Boilly Poussez fort

Ce tableau de moindre  qualité fait partie des déclinaisons érotiques que Boilly réservait à des amateurs moins raffinés que ses « patrons » habituels.

Le titre concerne bien sûr la porte : il s’agit de ne pas laisser entrer le barbon tandis que l’amant de coeur est encore dans la place.

Ici, pas de complications  : il s’agit d’un souper fin pour deux, avec un melon fendu côté madame et une saucisse côté monsieur. Lequel porte la main sur le col d’une bouteille vers laquelle la femme tend aussi la main :  second substitut, appelé à jouer le même rôle que le manche du violon dans Le prélude de Nina.

Cette toile  possède un pendant, voir Ancien Régime et Révolution.

Le Melon ou l’Amant raillé

Boilly, vers 1787 Collection privée

Boilly Le melon

Dans cette variante, nous retrouvons nos trois  personnages, avec des gestes et des accessoires  légèrement différents : en particulier  le melon, qui devient le titre et le sujet central de l’histoire.

La table

Le seconde chaise a disparu, remplacée par une table de nuit frôlée par un rideau  bleu qui ne peut être que celui d’un lit. Dessus, une bouteille de vin bouchée et une miche. La table de nuit est ouverte côté jeune homme, lui offrant une vue distante sur le pot de chambre.

Sur la table à côté, on retrouve l’assiette vierge avec sa serviette et un couteau, aucun verre n’est visible.

Ce lieu n’est pas une salle-à-manger, mais une chambre  accueillante dans laquelle une collation est servie avant de passer au lit.

Le chien

Il est tombé des bras de la vieille et devenu énorme : le jeune homme retient par le collier, contre sa jambe, cette boule de vitalité animale.

La vieille femme

Boilly Le melon vieille jeune
Elle  désigne de l’index la calote découpée  du melon, qu’elle tient de la main gauche. Le spectateur qui connait le tableau précédent est amené à voir la même chose  :  une queue minuscule, celle du légume à la place de celle de du chien.

Mais l’intention de la vieille semble bien différente : plutôt que de plaisanter sur la virilité du jeune homme,  elle lui vante plutôt les vertus du  légume.Et celui-ci écoute, tout ouie.


Le jeune homme

A la différence du tableau précédent, il ne se contente pas de désigner le melon : il est en train de le découper, à l’aide d’un petit canif à peine visible dans sa main droite.

La jeune fille

Boilly Le melon fille homme
Elle ne brandit plus de saucisse infamante, mais se contente de toucher de la main la perruque du jeune homme, en prenant le spectateur à témoin.


Tous ces sous-entendus, plus opaques que dans la première version,  nécessitent pour être compris un ressort qui nous manque encore.


Le chapeau sur la caisse

Boilly Le melon_chapeau caisse
Dans le coin en bas à droite, un chapeau bleu est posé sur une caissette fermée, à côté d’une carafe d’eau.



Boilly Le melon_table nuit
Ce trio d’objets fait pendant avec l’autre : le rideau bleu posé sur la table de nuit ouverte, à coté de la bouteille de vin et de la miche.


  • La table de nuit ouverte, la bouteille et la miche résument  les plaisirs sensuels que le jeune homme pouvait   trouver ici, mais qui restent  hors de portée de sa patte.
  • La caissette close et la carafe disent probablement ce qu’il aura : porte close et eau plate.

Le melon

« La laitue, la scariole, le melon, sont des substances très rafraichissantes, et dont l’usage continu éteint à coup sûr le flambeau de l’Amour. Aussi remarque-ton que les femmes voluptueuses préparent rarement les aliments de cette espèce, et ne les servent presque jamais à la table de leur époux. » Aphrodisiaque externe, ou traité du fouet  et de ses effets sur le physique de l’Amour, Amédée Doppet, 1788

Servir du melon à un client n’est donc pas la meilleure manière d’exalter sa virilité.



Mais il y a plus : le chapeau est celui du jeune homme, posé là par la courtisane : ce pourquoi elle nous montre si ostensiblement sa tête nue.

Que veut-elle nous faire comprendre  par là ?

Sans doute, que cet homme déchapeauté est comme le melon décapité : un légume, que fuit toute vigueur  animale.


Boilly Le melon mains homme
Nous voyons alors que la main qui retient le chien est tout près de son entrecuisse ; tandis que l’autre  manie le canif dans cet alter-ego potager :

ce jeune homme est un melon qui, à force de se décalotter lui-même, 

n’est plus digne de passer au lit.


Boilly 1785 lady-in-a-white-dress-seated-at-her-desk 46x 39 cm coll priv

Jeune femme en robe blanche à son bureau
Boilly, vers 1785, collection privée.

En toute bienséance, l’index a ici quatre significations,  de plus en plus crapuleuses :

  • il est comme d’habitude le signe de la moqueuse ;
  • il intime au bichon l’ordre de dresser son bâton ;
  • il suggère ce qui manque à Cupidon pour faire de même ;
  • il montre la fente (du tiroir)


Boilly 1785 lady-in-a-white-dress-seated-at-her-desk 46x 39 cm coll priv detail

Un examen plus précis montre que le bichon, tout en approchant son bâton (une flûte ?) des lèvres de la jeune fille,  ne manque pas d’exhiber l’intérêt qu’il porteà cette situation.


L’Artiste

Boilly, vers 1785, Musée de l’Ermitage, St. Petersbourg

boilly La Moquerie_la peintre

Un des charmes de Boilly est que, d’un tableau à l’autre, il réutilise les mêmes ingrédients. De sorte que notre regard, formé ou déformé, en vient à suspecter le pire dans la plus innocente des scènes.


Ce gracieux  portrait reprend, en féminin, la pose du jeune dessinateur de Chardin.
Chardin Jeune dessinateur

Jeune dessinateur taillant son crayon
Chardin, 1737, Louvre, Paris


boilly La Moquerie_saucisse
Mais comme nous reconnaissons ici  la même femme que dans Moquerie, nous en venons  à suspecter que tailler la pointe d’un porte-mine n’est pas, pour cette  dessinatrice, une geste sans sous-entendu. Surtout lorsque la partie « fusain » pointe vers l’entrecuisse d’une statue, tandis que la partie « craie » désigne sa propre opulente poitrine.


boilly La Moquerie_la peintre_detail
Et comme un très beau  et très jeune homme aux longs cheveux, coincé  derrière cette extraordinaire cambrure, lorgne un bas-relief érotique, nous en venons à interpréter la main qui agace le bout de l’instrument,  et  le sourire entendu de la donzelle, comme une sorte de regret amusé : « Dommage !  Si petit encore…! »


victorian-burlesque-dancers-and-costumes-of-1890s-in-photos-and-postcards-vernona-jabeau

Pour ceux qui douteraient encore de la dimension symbolique du porte-mine hypertrophié….


Et voici, pour terminer, un sommet d’hypocrisie visuelle !


A l’entrée (At the Entrance)

Boilly, 1796-98, Musée de l’Ermitage, St. Petersbourg

boilly A l'entree


Première lecture

boilly A l'entree petite
Devant une porte fermée, une grande fille en robe de satin blanc, un ruban dans ses cheveux frisés, tire le cordon d’une sonnette. Sa compagne est plus petite et plus jeune, comme le montrent ses longs cheveux sans apprêt. De la main droite, elle retient le long manchon de fourrure que la grande a lâché pour sonner.


Son caractère encore enfantin se voit à son intérêt pour le chien minuscule qui vient d’accourir, alerté par le tintement.

boilly A l'entree chien

 


Deuxième lecture

La scène de genre charmante se révèle surtout l’occasion de faire chatoyer les satins, bomber les croupes et gonfler les corsages. Selon tous les critères de l’époque, ces deux filles sont des pin-ups, avec leur longues robes cachant tout, sauf le bout pointu du soulier.
boilly A l'entree souliers



La grande jouit des charmes élaborés de la coiffure et de la fourrure ; mais la petite n’est pas en reste avec son long gant de daim qui moule sa main menue et dénude son coude – équivalent technique du  bas-nylon.
boilly A l'entree peau poil


A l’une les prestiges du poil, à l’autre ceux de la peau.


Troisième lecture

Cette image d’une grande et d’une petite fille, toutes deux tellement bien roulées, finit par en rappeler d’autres, où il s’agit d’initiation.

  • Que la main de la jeune caresse distraitement le manchon long comme une cuisse, passe.
  • Que juste au dessus le poignet droit de la grande s’engouffre dans une fente à valeur possiblement didactique, passe encore.
  • Que sa main gauche empoigne avec vigueur le gland de la sonnette, passe toujours.
  • Mais que cette sollicitation fasse accourir le petit chien, symbole XVIIIème du côté animal de l’amour, voici qui coupe court à tous les doutes.



boilly A l'entree manchon

Et nous comprenons que le titre A l’entrée désigne,  outre la porte, le manchon, et outre le manchon, ce nouvel état de la femme dans laquelle la petite, instruite par son aînée,  va  pénétrer incessamment.


 L’image qui va suivre a valu à Boilly d’être inquiété brièvement  pendant la Terreur, accusé par un collègue peintre de corrompre la morale publique.

Elle  joue sur le même type de quiproquo entre le titre et l’image : c’est ici l’article « La » qui va jouer le rôle du chat.


« On la tire aujourd’hui »

Boilly, 1794, gravé par Tresca

Boilly On la tire aujourd'hui



La gravure propose un enchaînement de calembours verbaux et visuels, qui piègent le spectateur dans des interprétations de plus en plus douteuses.


Premier tiroir
Boilly On la tire aujourd'hui titre

Le titre  nous  indique que les billets que le jeune homme tient en main sont ceux d’une loterie, et qu’il est sur le point de quitter le domicile pour se rendre au tirage.



Boilly On la tire aujourd'hui_braguette
Puis  l’image nous montre que la main de la jeune fille, qui semble désigner les billets de l’index, s’attaque avec délicatesse à la braguette.


Deuxième tiroir

Boilly On la tire aujourd'hui titre

Ainsi le titre pourrait  être la proposition que cette  fille très directe  fait à ce jeune homme timide, concernant la pièce principale de son anatomie.



Boilly On la tire aujourd'hui_chapeaux
Puis l’image nous montre les chapeaux, on comprend que le couple vient de rentrer.  Un téton s’échappe du corsage  avant même que le ruban soit dénoué.



Boilly On la tire aujourd'hui_carreau
A voir le carreau recollé, on se doute que le logement n’est pas de luxe, mais de luxure : un lieu  où les virginités se cassent et se réparent.


Troisième tiroir

Boilly On la tire aujourd'hui titre modifie
Alors  le titre  se comprend comme la pensée de la  prostituée.



Boilly On la tire aujourd'hui_seconde fille
Puis l’image nous montre  l‘autre fille qui se dénoue les cheveux, assise à sa table de toilette  devant le lit.


Quatrième tiroir

Boilly On la tire aujourd'hui titre

Alors le titre nous suggère une interprétation encore plus grivoise : « Je suis la proposition que fait la racoleuse au client en parlant de sa coéquipière. »

Cette gravure possède un pendant, voir Ancien Régime et Révolution.

4 La cruche cassée (version révolutionnaire)

28 août 2011

Le peintre Michel Garnier (1753-1819) a laissé peu de traces. Deux de ses tableaux ont pour intérêt de récapituler une dernière fois,  en pleine tourmente révolutionnaire,  tous les éléments de la rhétorique de Greuze.

La rose faiblement défendue

 Michel Garnier, 1791, Minneapolis Institute of ArtsGarnier_Rose


L’amour est aveugle

Une guitare est posée contre le mur, un livre de musique ouvert est jeté par terre : la partie de musique vient de s’interrompre brutalement.

Une cage recouverte d’un tissu moucheté est accrochée au mur : sans doute un serin que la musicienne prive de lumière pour mieux lui apprendre à chanter.

Mais de même que la jeune fille a limité la vue de son oiseau, le jeune homme a insolemment jeté son chapeau à plumes sur la tête du Cupidon joufflu : manière de signifier qu’il prend le contrôle sur l’oiselle.


Cueillir la rose

Le jeune homme s’apprête à cueillir la rose (sous prétexte de l’offrir à la belle). Celle-ci lui saisit la manche (on comprend que c’est pour protéger la fleur).

Notons que le double sens entre la manche et le manche était alors le même qu’aujourd’hui.

 

Casser la cruche

L‘eau de la cruche cassée inonde le parquet en direction de la robe de la fille  : précision rajoutée par Garnier à titre pédagogique.

La feinte résistance

Schall, fin XVIIème, Collection particulière

schall La feinte resistance
Presque la même mise en scène : le violoncelle a été posé à la hâte sur le fauteuil de gauche, avec le chapeau et la canne de l’homme. Des livres gisent par terre et une cuillère a chu de la table préparée pour la collation, à droite la fameuse rose est tombée du bouquet : tout indique une accélération soudaine de l’action, sous-tendue par la canne et le manche de la théière qui bandent fort gaillardement.

Ici, la fille n’est pas idiote, ni aveugle : elle fait mine d’attraper le cordon pour sonner la servante (à proximité du gland, voir Surprises et sous-entendus  pour une métaphore identique). Mais le garçon retient le cordon d’un doigt, sans paraître forcer beaucoup.

Seul le chien, qui ne comprend rien, attaque le mollet de l’assaillant.

A noter que le tableau, vu de loin, devait émoustiller les amateurs de fouet.


La rose faiblement défendue

Gravure de Debucourt, 1791

debucourtLa rose mal defendue 1791

Dans cette gravure, plus crue que la peinture de Garnier qui l’inspire, nous voici dans la chambre à coucher. Le livre, le chapeau et le gant jetés par terre, le tiroir débordant de fanfreluches, la chaise renversée sous le manteau de l’homme, disent le désordre et la précipitation.

A la différence de la peinture , cette fois c’est la fille qui mène les opérations : elle brandit la rose le plus loin possible de l’homme, dans l’intention qu’il la bouscule.

Laquelle rose se trouve ainsi positionnée, par le plus grand des hasards, à la verticale d’une  pomme de pin.

La Lettre

 Michel Garnier, 1791, Minneapolis Institute of Arts

Garnier_Lettre

Un pendant

Garnier a réalisé un pendant de sa Rose faiblement défendue. Nous sommes dans la même pièce (on reconnaît le  parquet et les pilastres cannelés). La fille en robe blanche est  sans doute la même,  avec des couleurs inversées (ceinture bleue, chaussures  roses). La guitare a été remplacée par un piano forte sur  lequel la partition a été remise à sa place.. Et le galant par une vieille dame, qui doit  être la belle-mère.


 

La lettre tant attendue

La jeune femme vient de se mettre debout précipitamment (sa robe traîne encore sur la chaise du piano). Dans sa hâte, elle a jeté l’enveloppe par terre. Sa belle-mère a renversé sa tasse sur la table.


Le médaillon

De la main gauche, la jeune femme exhibe la miniature qui est arrivée avec la lettre. La mère émue a chaussé ses lunettes pour admirer le portrait de son fils.


Femmes au foyer

 

Garnier_Rose1 : La rose Garnier_Lettre2 : La lettre

Jouer du piano, siroter du chocolat, lire ou coudre (un livre et une boîte à ouvrage sont posés sur l’étagère du  guéridon), telle est la vie confortable que partagent l’épouse et la belle-mère, tandis que le héros de la famille vit des aventures lointaines.


Les deux grosses roses dans le vase résument le destin féminin :

être cueillies,  rester plantées là.

Un pendant réversible

L’intérêt particulier de ce pendant est qu’on peut tout aussi légitimement le présenter dans l’autre sens :

 

Garnier_Lettre1 : La lettre Garnier_Rose2 : La rose

Dans ce cas, La Lettre représente la réception de la preuve d’amour que constitue le médaillon ; la mère émotionnée est celle de la jeune fille ; et le second tableau illustre l’arrivée en chair et en os du soupirant.


Boilly Amant jaloux

L’amant jaloux
Boilly, 1791, Musée Sandelin, Saint Omer

A l’appui de la seconde lecture, ce  tableau réalisé la même année montre que l’envoi et l’acceptation d’une miniature était le dernier cri de la séduction :   le protecteur,  un vieux jaloux, piétine un médaillon qu’il a trouvé dans le portefeuille de sa jeune protégée.

De sa colère,

  • la mère protège sa fille,
  • le chien protège sa maîtresse,
  • et le paravent protège l’amant de coeur.